La République démocratique du Congo, confrontée à une insécurité alimentaire aiguë aggravée par les conflits armés dans l’Est du pays et par des urgences sanitaires, a appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à renforcer son action contre l’insécurité alimentaire et à faire de sa prévention une composante à part entière de la prévention des conflits. Cet appel a été lancé mardi 25 août lors du débat public de haut niveau consacré au thème : « Maintien de la paix et de la sécurité internationales : l’alimentation prise pour cible : le rôle du Conseil de sécurité dans l’atténuation des crises alimentaires aux niveaux mondial et local ».
Prenant la parole au nom de la République Démocratique du Congo lors de cette session organisée sous la présidence du Danemark, qui assure la présidence du Conseil de sécurité durant tout le mois d’août 2026, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, a insisté sur le lien étroit entre sécurité alimentaire, paix, stabilité et développement.
Pour Kinshasa, l’insécurité alimentaire ne peut plus être considérée uniquement comme une question humanitaire ou de développement. Dans les zones affectées par les conflits, la faim peut aggraver les vulnérabilités existantes, alimenter les déplacements de populations et contribuer à l’instabilité. La RDC a ainsi relevé que, huit ans après l’adoption de la résolution 2417 du Conseil de sécurité, les conséquences des conflits sur la sécurité alimentaire demeurent particulièrement préoccupantes.
Cette résolution avait notamment consacré l’attention du Conseil de sécurité au lien entre conflit armé et famine, en reconnaissant que les conflits peuvent avoir des conséquences graves sur la sécurité alimentaire et en condamnant l’utilisation de la famine des populations civiles comme méthode de guerre.
« Au-delà de la simple réflexion, le constat sur le terrain est sans appel. Les conflits comptent aujourd’hui parmi les principaux moteurs de l’insécurité alimentaire dans le monde. Huit ans après l’adoption de la résolution 2417, les dommages causés par la faim à l’espèce humaine atteignent des proportions inquiétantes. La situation dans de nombreuses zones de conflit, conjuguée aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, démontre que la sécurité alimentaire est désormais indissociable de la paix, de la stabilité et de la sécurité internationales », a fait remarquer l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, lors de son intervention.
Face à cette situation, la délégation congolaise estime que le Conseil de sécurité doit donner une portée pleinement opérationnelle à la résolution 2417 en faisant de la prévention un véritable levier d’action. Pour la RDC, l’alerte précoce doit nécessairement déboucher sur une action précoce, concertée et proportionnée aux risques identifiés.
« Les conséquences des conflits dépassent largement les zones de combat. Les perturbations des flux énergétiques, de l’approvisionnement en engrais, des routes commerciales et maritimes, ainsi que des opérations humanitaires, peuvent rapidement transformer une crise locale en choc régional, voire mondial. Face à cette réalité, la RDC estime que le Conseil de sécurité doit donner à la résolution 2417 une portée pleinement opérationnelle en faisant de la prévention un véritable levier d’action. L’alerte précoce ne peut avoir de sens que si elle se traduit par une action précoce, concertée et proportionnée aux risques identifiés », a ajouté le diplomate congolais.
Renforcer le recours aux données et aux mécanismes d’alerte
Dans cette perspective, la RDC a appelé le Conseil de sécurité à renforcer son recours aux données, aux analyses et aux mécanismes d’alerte des agences spécialisées des Nations Unies, notamment le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA). L’objectif est de permettre au Conseil de disposer, en temps utile, d’une évaluation précise des risques pesant sur les systèmes alimentaires et de leurs conséquences potentielles sur la stabilité des populations et des États.
« Il importe, à cet égard, que les signaux d’aggravation de l’insécurité alimentaire soient considérés comme des éléments pertinents de l’analyse des situations susceptibles de menacer la paix et la sécurité internationales. Dans cette perspective, le Conseil devrait renforcer son recours aux données, aux analyses et aux mécanismes d’alerte du Programme alimentaire mondial, de la FAO, du FIDA et des autres agences compétentes afin de disposer, en temps utile, d’une évaluation claire des risques pesant sur les systèmes alimentaires et de leurs conséquences potentielles sur la stabilité des populations et des États », a fait savoir Zénon Mukongo Ngay.
Et de poursuivre :
« Ces informations devraient pouvoir éclairer les délibérations du Conseil et, lorsque les circonstances l’exigent, déclencher des consultations, une diplomatie préventive et des mesures anticipatives avant que les crises alimentaires ne s’aggravent au point de devenir des facteurs de conflits, de déplacements et d’instabilité. Cette démarche doit aller de pair avec une meilleure protection des infrastructures essentielles, des marchés et des corridors d’approvisionnement, ainsi qu’avec la garantie d’un accès humanitaire sûr, durable et sans entrave. »
Les denrées alimentaires ne doivent pas devenir des instruments de guerre
Par ailleurs, Kinshasa a insisté sur la nécessité de mieux protéger les infrastructures essentielles, les marchés et les corridors d’approvisionnement, tout en garantissant un accès humanitaire sûr, durable et sans entrave. Pour la RDC, les denrées alimentaires et les biens indispensables à la survie des populations civiles ne doivent jamais être utilisés comme instruments de guerre ou de pression.
« Les denrées alimentaires et les biens indispensables à la survie des populations civiles ne doivent en aucun cas devenir des instruments de guerre ou de pression. C’est ici le lieu d’affirmer que notre réponse ne peut s’arrêter à une simple urgence humanitaire. Elle doit s’inscrire dans la durée et être fondée sur la résilience. Cela requiert des financements adéquats et prévisibles, le renforcement de la production et des marchés locaux, l’amélioration des capacités de stockage et de distribution, ainsi que l’investissement dans des technologies agricoles adaptées aux effets des changements climatiques », a indiqué le chef de la délégation de la RDC auprès de l’ONU.
La RDC plaide pour une approche intégrée
Poursuivant son intervention au nom de la République démocratique du Congo, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a appelé à renforcer la coordination entre l’action humanitaire, les politiques de développement, la prévention des conflits et les opérations de maintien de la paix. Pour Kinshasa, une telle approche permettrait d’éviter les réponses fragmentées et de mieux s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire.
« Il est, par ailleurs, essentiel de renforcer la coordination entre l’action humanitaire, les politiques de développement, la prévention des conflits et les opérations de maintien de la paix. Une telle approche permettra d’éviter les réponses fragmentées et de mieux s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire. L’expérience de l’Afrique, et particulièrement celle de la République démocratique du Congo, nous rappelle avec force une réalité fondamentale : la faim ne peut être dissociée de la sécurité. En RDC, des millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë. Les conflits au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri ont entraîné des déplacements massifs de populations, perturbé la production agricole, les circuits d’approvisionnement et l’accès à l’aide humanitaire », a-t-il fait remarquer dans son discours.
26,5 millions de Congolais confrontés à l’insécurité alimentaire aiguë
Ces réflexions interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant en République démocratique du Congo, où les conflits persistants et les déplacements massifs de populations continuent d’aggraver la situation alimentaire. Selon les données citées dans la mise à jour de la situation humanitaire, 26,5 millions de personnes à travers la RDC se trouvent confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë et ont besoin d’une assistance alimentaire urgente. Cette situation comprend plus de 3,6 millions de personnes en phase 4 de l’IPC, correspondant au niveau « Urgence », et 22,9 millions de personnes en phase 3, correspondant au niveau « Crise », pour la période allant de janvier à juin 2026.
Dans une mise à jour publiée par OCHA le 12 mai 2026 sur les projections de la situation alimentaire dans les quatre provinces de l’Est Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika , il ressort que plus de 9,9 millions de personnes devraient continuer à faire face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë durant cette période. Bien que ce chiffre représente une légère baisse de 1,8 % par rapport à la projection établie en septembre 2025 pour la même période, la situation demeure plus dégradée que dans l’analyse courante, confirmant la persistance et la gravité de l’insécurité alimentaire dans l’Est du pays.
L’assistance alimentaire humanitaire (HFSA) n’atteint pas encore un nombre suffisant de personnes dans ces quatre provinces, laissant des millions de ménages vulnérables sans les ressources nécessaires pour réduire leurs déficits de consommation alimentaire et reconstruire leurs moyens de subsistance.
Clément MUAMBA