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Haut-Uélé: « le mélange d’insécurité et d’Ebola entrave sérieusement la riposte » (Geneviève Inagosi)

Photo d'illustration

La députée nationale Geneviève Inagosi Bulo Ibambi Kassongo, élue de la circonscription électorale de Wamba, dans la province du Haut-Uélé, tire la sonnette d’alarme sur la situation sanitaire et sécuritaire dans cette province. En séjour dans le Haut-Uélé depuis la semaine dernière, dans le cadre des vacances parlementaires, l’élue affirme avoir constaté sur le terrain les difficultés auxquelles sont confrontées les équipes engagées dans la riposte contre la maladie à virus Ebola, déclarée officiellement dans cette province depuis juillet de l'année en cours.

Le Haut-Uélé fait partie de six provinces actuellement touchées par l’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo en République démocratique du Congo. Selon les données communiquées dans le cadre de la riposte, l’épidémie s’est étendue à plusieurs zones de santé dans les six provinces concernées et continue de progresser, au regard du nombre de cas confirmés et de décès enregistrés depuis la déclaration officielle de l'épidémie en RDC.

Présente à Wamba avec un caucus de députés nationaux et une sénatrice, Geneviève Inagosi explique que cette mission vise notamment à renforcer la sensibilisation auprès des communautés afin de favoriser leur appropriation de la riposte et de leur permettre de mieux comprendre les risques liés à cette épidémie.

« La situation est inquiétante, je séjourne depuis la semaine dernière dans la province du Haut-Uélé et, présentement, je me trouve à Wamba. Nous sommes en mission avec le caucus des députés nationaux et une sénatrice où nous sommes venus apporter notre soutien aux efforts de sensibilisation contre la maladie à virus Ebola qui sévit ici depuis le 10 juillet 2026. Le gouverneur a voulu que nous puissions constituer cette synergie pour une plus large appropriation de la communauté parce que, comme vous le savez, il y a beaucoup de résistance, il y a beaucoup d’intoxication. Et je pense que notre présence va contribuer à rassurer et à faire passer le message pour que la communauté accepte et s’approprie la lutte contre la maladie à virus Ebola », a déclaré à la presse, lundi 24 août 2026, la députée nationale Geneviève Inagosi.

Des moyens jugés insuffisants face à l’ampleur de l’épidémie

Dans sa mise au point faite depuis son fief électoral et partagée avec la presse, l’ancienne ministre du Genre, Famille et Enfant estime que les moyens actuellement mobilisés ne correspondent pas à l’ampleur de la crise. Selon cette élue, membre de la majorité parlementaire et de la Commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale, six zones de santé sur les treize que compte la province du Haut-Uélé sont touchées, avec, dans certaines zones, un taux de létalité pouvant atteindre 90 %.

« La situation est grave, elle est préoccupante, comme je vous l’ai dit, parce qu’en dehors de la maladie à virus Ebola, il y a aussi l’insécurité. Mais, pour parler de la maladie à virus Ebola, les efforts qui sont fournis tant par le gouvernement central que par le gouvernement provincial sont loin d’être à même de répondre aux besoins, en fonction de l’ampleur et de la progression atteintes par la maladie. Six zones de santé sur les 13 que compte la province du Haut-Uélé sont touchées, avec parfois un taux de létalité qui va jusqu’à 90 %. Je donne comme exemple la zone de santé de Pawa, dans le territoire de Wamba, qui dénombre 17 décès sur les 19 cas confirmés », a-t-elle fait remarquer.

Des structures de prise en charge qui ne répondent pas aux normes

Poursuivant son intervention, Geneviève Inagosi s’inquiète également des conditions dans lesquelles les malades sont pris en charge, estimant que les infrastructures disponibles ne répondent pas aux normes requises. Elle évoque notamment l’Hôpital général d’Isiro, où des espaces sont utilisés pour accueillir à la fois des cas suspects et des cas confirmés.

« Et toutes les trois zones de santé du territoire de Wamba, donc la zone de santé de Pawa, la zone de santé de Wamba, la zone de santé de Bomangwetu, sont toutes atteintes, en plus de celles d’Isiro, de Gombari et de Rungu. Et je vais vous dire que, jusque-là, la province ne dispose vraiment pas d’un seul centre de prise en charge qui réponde aux normes requises », a fait savoir Geneviève Inagosi.

Et d’ajouter :

« Ce sont des hôpitaux, l’Hôpital général d’Isiro par exemple, qui disponibilisent un pavillon où, d’un côté, vous avez les malades suspects, donc des cas qui ne sont pas encore confirmés, et des malades confirmés. Mais vous savez, tout cas suspect n’est pas forcément positif à la maladie à virus Ebola. Donc, on n’a pas de centre de traitement qui réponde aux normes. »

Appel à l’implication personnelle des autorités nationales

Pour Geneviève Inagosi, plusieurs annonces faites dans le cadre de la riposte peinent jusque-là à se concrétiser et restent encore au niveau des intentions. Face à la progression de l’épidémie, la députée demande une implication accrue des autorités nationales. Elle sollicite notamment l’intervention personnelle du président de la République, Félix Tshisekedi, qu’elle rappelle être à la tête de la Task Force nationale de riposte, ainsi que celle de la Première ministre, Judith Suminwa, et du ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba.

« Et les annonces que vous suivez des partenaires sont jusqu’ici encore des promesses. Il y a, par exemple, des hangars qui ont été promis par l’OMS, qui sont toujours en chantier, qui ne sont pas terminés. Et je souhaite que les promesses donnent lieu à des actes concrets, à des actions concrètes, parce que la maladie prend vraiment de l’ampleur. C’est comme ça que je voudrais solliciter vraiment l’implication personnelle du président de la République. Il est le président de la Task Force nationale, pour une disponibilité de ressources conséquentes pour la riposte dans la province du Haut-Uélé », a-t-elle plaidé.

Et de poursuivre :

« J’invite également la Première ministre à venir s’imprégner de la réalité sur le terrain. Nous l’avons vue en Ituri, nous l’avons vue à la Tshopo. Je pense qu’il est temps qu’elle vienne aussi dans le Haut-Uélé. Le ministre de la Santé ne peut pas gérer la riposte pour le compte du gouvernement à partir de Kinshasa. Il faut qu’il descende sur le terrain. Il faut qu’il vienne voir ce qui se fait, ce qui se passe, quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les services qui s’occupent de la riposte ici, parce que sa présence physique, comme membre du gouvernement, peut aider à décanter beaucoup de choses. »

L’insécurité, un autre obstacle à la riposte

Par ailleurs, Geneviève Inagosi affirme que des violences récentes ont frappé plusieurs communautés du territoire de Wamba. Elle évoque notamment l’assassinat d’un chef de groupement et de plusieurs membres de sa famille, ainsi que d’autres victimes civiles et des cas de violences sexuelles. Elle pointe également du doigt l’activisme des ADF, qui, selon elle, se sont étendus dans certaines zones de la province du Haut-Uélé.

« J’ai parlé également de l’insécurité qui entrave la riposte. Je vous dis, par exemple, qu’il y a deux jours, un chef de groupement, c’est le groupement B.D. Gao, dans la cité de Matchinga, dans la chefferie de Malamba, en territoire de Wamba, le chef s’appelle Mamboli, a été tué, décapité avec ses enfants. Je crois que c’est deux ou trois de ses enfants, et plus de 21 personnes tuées dans cette chefferie. En plus de ça, on dénonce des viols par-ci, par-là. Finalement, on ne sait plus. Je crois que c’est le mode opératoire des ADF qui sont déjà dans ces territoires-là, qui sont déjà dans ces coins-là », a indiqué Geneviève Inagosi.

Une double urgence : Ebola et insécurité 

Pour Geneviève Inagosi, l’urgence est donc double : contenir la propagation de la maladie à virus Ebola et restaurer la sécurité dans les zones affectées. L’élue de Wamba appelle ainsi à une mobilisation exceptionnelle des moyens humains, financiers, sanitaires et sécuritaires afin de permettre une riposte à la hauteur des défis auxquels la province est confrontée.

« Alors, le mélange d’insécurité et d’Ebola entrave sérieusement la riposte. Je pense que la province du Haut-Uélé a besoin de beaucoup de moyens, d’une mobilisation, comme ça s’est passé ailleurs, pour venir à bout de ces fléaux. Il y a la maladie à virus Ebola, il y a l’insécurité, et il faut vraiment une intervention importante pour que la riposte soit effective et pour que la riposte réponde à la réalité qui est sur le terrain », a-t-elle plaidé dans sa réaction une fois de plus.

Alors que l’épidémie de Bundibugyo continue de s’étendre en RDC, le Haut-Uélé apparaît comme l’un des principaux fronts de la crise. La progression de la maladie, la défiance d’une partie de la population, les insuffisances des infrastructures sanitaires et l’insécurité constituent autant de défis qui compliquent considérablement la riposte des autorités et de leurs partenaires.

En dépit de cette situation, le gouvernement reste optimiste et affirme pouvoir s’appuyer sur son expérience acquise au cours des 16 précédentes épidémies d’Ebola. Il ne s’inscrit donc pas dans une logique alarmiste et assure poursuivre les efforts engagés pour contenir la propagation de la maladie.

Clément MUAMBA