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Ituri: plus de 76 000 déplacés à Plaine Savo confrontés aux restrictions de mouvement et au manque de moyens de subsistance

Le site des déplacés de Lushagala

La situation humanitaire continue de se détériorer sur le site de déplacés de Plaine Savo, dans le territoire de Djugu, en Ituri, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans une note de plaidoyer consacrée à la situation humanitaire sur ce site, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA RDC) a alerté mercredi 12 août 2026  notamment sur l’ampleur des déplacements de population et les restrictions d’accès aux moyens de subsistance.

Selon l’agence onusienne, l’insécurité persistante dans les villages environnants a provoqué de nouvelles vagues de déplacements. Des milliers de ménages ont ainsi rejoint le site de Plaine Savo, considéré comme une zone offrant une sécurité relative. OCHA indique que la population du site a fortement augmenté depuis le 5 décembre 2025. Elle a ainsi triplé pour atteindre plus de 76 000 personnes déplacées.

Cette population représente environ 20% de l’ensemble de personnes déplacées recensées dans le territoire de Djugu, selon les données reprises dans la note de plaidoyer.

« Des milliers de ménages ont fui les villages environnants pour se réfugier sur le site de Plaine Savo, perçu comme une zone de sécurité relative. Depuis le 5 décembre 2025, la population sur le site a triplé pour atteindre plus de 76 000 personnes déplacées, soit 20 % de toutes les populations déplacées du territoire de Djugu », relève OCHA.

Cette arrivée massive de personnes déplacées exerce une pression supplémentaire sur les capacités d’accueil et les services disponibles sur le site.

Les populations vivent dans des conditions particulièrement précaires et font face à d’importants besoins en nourriture, soins de santé, eau, hygiène et assainissement, en éducation, en abris ainsi qu’en articles ménagers essentiels.

« Ces populations vivent dans des conditions de grande précarité, avec des besoins immenses entre autres en nourriture, soins de santé, eau, hygiène et assainissement (EHA), éducation, abris et articles ménagers essentiels (AME) » souligne l’agence humanitaire des Nations unies.

Au-delà des déplacements massifs, OCHA fait état de restrictions importantes dans les mouvements des populations vivant sur le site.

Les affrontements armés et la présence d’acteurs armés aux abords de Plaine Savo limitent fortement l’accès des déplacés à leurs terres agricoles, aux marchés et aux services de base.

Cette situation compromet directement leurs moyens de subsistance et accroît leur dépendance à l’aide humanitaire.

« Le site de Plaine Savo n'est plus épargné par les conséquences directes des combats. Les affrontements armés et la présence des acteurs armés aux abords du site limitent drastiquement l'accès des populations à leurs champs, aux marchés et aux services de base », indique OCHA.

L’agence onusienne note toutefois qu’un assouplissement des restrictions de mouvement a été observé depuis la mi-mars. Malgré cette évolution, l’accès aux terres agricoles demeure limité.

Les restrictions d’accès aux champs affectent particulièrement les femmes, nombreuses à dépendre de l’agriculture pour assurer la survie de leurs familles.

Selon OCHA, lorsqu’elles tentent malgré tout d’accéder à leurs terres, elles sont davantage exposées aux risques de protection, notamment aux violences basées sur le genre.

« Bien qu'un assouplissement ait été récemment observé depuis mi-mars, les mouvements vers les terres agricoles restent limités. Cette situation affecte particulièrement les femmes, qui dépendent de l'agriculture pour la survie de leurs familles, les exposant à des risques accrus de protection, notamment les violences basées sur le genre, lorsqu'elles tentent d'accéder à leurs champs », précise la note.

À cette situation s’ajoute la fermeture des marchés locaux, qui complique davantage l’accès des populations aux produits de première nécessité et aux sources de revenus.

« Les marchés locaux demeurent fermés depuis fin mars 2026 », alerte OCHA.

Le site de déplacés de Plaine Savo, situé dans la localité de Bule, dans le territoire de Djugu, accueille des populations ayant fui les violences armées qui secouent cette partie de la province depuis plusieurs années. Leur situation reste particulièrement précaire en raison de la persistance de l’insécurité, des déplacements répétés et de l’accès limité aux services essentiels.

Depuis décembre 2025, Bule et ses environs sont régulièrement affectés par des affrontements entre groupes armés ainsi que par des attaques contre les populations civiles. 

Cette insécurité a également réduit les possibilités pour les déplacés d’accéder à leurs champs, aux marchés et aux autres moyens de subsistance, aggravant leur dépendance à l’aide humanitaire.

La crise sécuritaire intervient par ailleurs dans un contexte sanitaire préoccupant. L’Ituri est l’un des foyers de l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo, une forme d’Ebola qui présente un risque particulier dans les zones caractérisées par une forte mobilité des populations et des difficultés d’accès aux soins.

Pour les acteurs humanitaires, la proximité entre les zones touchées par l’épidémie et les sites de déplacés renforce la nécessité d’une surveillance épidémiologique accrue, d’un accès rapide aux soins et d’une sensibilisation régulière des communautés. La dégradation de la situation sécuritaire pourrait toutefois compliquer davantage les opérations humanitaires ainsi que les activités de prévention et de contrôle de l’épidémie.

Clément MUAMBA