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Dans nos hôpitaux aussi, la violence doit cesser (Tribune)

ACTUALITE.CD

Cette tribune s’appuie sur l’article original de Momat K. F. et al. « Prévalence et impact psycho-socioprofessionnel des violences basées sur le genre chez les professionnels de santé du Katanga (RDC) : étude transversale multicentrique », Revue Africaine de Médecine et de Santé Publique, 2026, 9(2), p. 24–40. 

On associe volontiers les violences basées sur le genre aux foyers, à la rue, aux espaces de conflit ou à certains lieux de travail. Pourtant, elles peuvent également s’exercer au sein des hôpitaux, des centres de santé et des institutions sanitaires : précisément là où l’on attend protection, écoute, soin et respect de la dignité humaine. Reconnaître cette réalité ne fragilise pas nos structures de santé ; c’est la condition première pour les rendre plus justes, plus sûres et plus humaines. 

Avec une équipe pluridisciplinaire de professionnels et de chercheurs, nous avons conduit une étude dans quatre villes du Katanga (Lubumbashi, Kolwezi, Kamina et Kalemie) auprès de 239 professionnels de santé exerçant dans des établissements publics. Cette recherche, publiée dans la Revue Africaine de Médecine et de Santé Publique, en aout 2026, documente une réalité trop souvent silencieuse. 

1) Des chiffres qui obligent à regarder la réalité Près de 42% des professionnels interrogés ont déclaré avoir vécu au moins un épisode de violence basée sur le genre (VBG) dans le cadre de leur activité professionnelle. Les violences verbales étaient les plus fréquemment rapportées, suivies des violences sexuelles et physiques. Elles survenaient principalement sur les lieux de travail et, pour une part importante des personnes concernées, de façon hebdomadaire, voire quotidienne. 

Derrière ces données se trouvent des soignantes et des soignants confrontés à l’humiliation, à l’intimidation, à des abus de pouvoir ou à des atteintes à leur intégrité. Il ne s’agit pas de faits anodins ni de situations que l’on devrait considérer comme inhérentes à l’exercice d’une profession de santé. Toute violence dans un lieu de soins constitue une atteinte à la dignité de la personne et à l’éthique même du service public sanitaire. 

2) Le prix humain et sanitaire du silence 

Les conséquences dépassent la souffrance individuelle. Parmi les professionnels exposés, plus de neuf sur dix ont rapporté un effet sur leur santé mentale ; le stress en était la manifestation la plus fréquente. L’exposition aux VBG était également associée à une altération déclarée de la qualité des soins et à une intention accrue de quitter la profession ou l’institution. 

Le message est simple : un professionnel fragilisé, inquiet, humilié ou laissé sans recours ne peut être abandonné à lui-même. Protéger les soignants, c’est aussi protéger les patients. La violence compromet la disponibilité des équipes, fragilise la relation de soin, nourrit le découragement et peut accélérer la perte de ressources humaines déjà précieuses pour notre système de santé. 

3) Dépasser la réponse individuelle 

Notre étude ne permet pas d’établir une relation de causalité à elle seule, ni d’extrapoler automatiquement ses résultats à l’ensemble de la RDC ou à tous les contextes sanitaires. Elle porte sur quatre villes du Katanga et sur des professionnels du secteur public. Toutefois, les associations observées sont suffisamment préoccupantes pour justifier une réponse immédiate et structurée.

Le problème ne peut être réduit à la supposée fragilité de quelques individus. Les résultats invitent à interroger les rapports hiérarchiques, l’organisation du travail, les normes professionnelles, la peur des représailles et l’insuffisance éventuelle des voies de recours. Là où la parole n’est pas protégée, le silence peut masquer la violence au lieu de l’absoudre. 

4) Une responsabilité à traduire en actes 

La prévention des VBG en milieu sanitaire doit devenir une responsabilité institutionnelle clairement assumée. Chaque établissement doit disposer de règles connues, de codes de conduite applicables et de procédures équitables permettant de prévenir, signaler, examiner et traiter les faits de violence. 

Il importe également de mettre en place des mécanismes de signalement confidentiels, accessibles et protecteurs ; d’assurer un accompagnement psychologique, médical, social et, lorsque nécessaire, juridique aux personnes concernées ; et de garantir que les victimes et les témoins soient effectivement protégés contre les représailles. La formation des équipes, l’encadrement des responsables et le suivi régulier de la situation doivent compléter ces mesures. 

5) Faire de la protection un engagement collectif 

Les VBG en milieu de soins ne constituent pas une question secondaire. Elles touchent aux droits humains, à la sécurité au travail, à la dignité professionnelle, à la qualité des soins et à la confiance des citoyens dans les institutions sanitaires. 

Les autorités publiques, les gestionnaires d’établissements, les universités, les ordres professionnels, les organisations de la société civile et les partenaires de santé doivent faire de cette question une priorité concrète. Un système de santé ne peut pleinement protéger la population s’il tolère ou ignore la violence contre celles et ceux qui la soignent. 

Protéger les professionnels de santé contre la violence, c’est protéger les patients, préserver la qualité des soins et renforcer durablement notre système de santé 

13 août 2026 

Professeur Félix Momat Kitenge 

Gynécologue-obstétricien 

Spécialiste en Droits et Santé Sexuels et Reproductifs (DSSR)