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Ituri: OCHA alerte sur la dégradation de la situation à Plaine Savo et réclame une protection accrue des déplacés face aux violences et à la menace d’Ebola

Les déplacés de Djugu

La situation humanitaire continue de se détériorer sur le site de déplacés de Plaine Savo, dans le territoire de Djugu, en Ituri, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Face à la multiplication des violences contre les populations civiles et au risque sanitaire lié à l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo (MVB), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) appelle les différentes parties concernées à prendre des mesures urgentes pour protéger les personnes déplacées.

Dans une note de plaidoyer consacrée à la situation sur le site de Plaine Savo, dont une copie est parvenue à la rédaction de  ACTUALITE.CD ce mercredi 12 août, la communauté humanitaire en Ituri décrit une situation « préoccupante » et formule plusieurs demandes à l’endroit des parties au conflit, des autorités nationales et provinciales ainsi que des partenaires techniques et financiers. 

Des violences qui se poursuivent

Selon OCHA, les populations déplacées vivant sur le site restent exposées aux conséquences des affrontements armés et des attaques visant les civils.

Le 9 juin dernier, un enfant a été tué et un autre grièvement blessé lors de tirs impliquant des acteurs armés à proximité du site de Plaine Savo, dans la localité de Bule. Un mois auparavant, le 13 mai, deux autres enfants déplacés avaient été touchés par des tirs sur le site. L’un d’eux avait succombé à ses blessures. Pour l’agence onusienne, ces incidents s’inscrivent dans un contexte de violences persistantes dans la région.

« Depuis le mois de décembre 2025, la localité de Bule et ses périphéries dans le territoire de Djugu, province d’Ituri, sont plongées dans un cycle de violences ininterrompu, caractérisé par des affrontements armés ainsi que des attaques contre les civils », relève la note de plaidoyer.

Entre janvier et juin 2026, au moins 23 personnes déplacées auraient été tuées dans et autour du site de Plaine Savo, selon des sources de la société civile locale. Plus de 54 autres personnes auraient été grièvement blessées au cours de cette période.

Les évaluations menées par les acteurs de protection font également état d’une hausse des violations des droits humains autour du site depuis le début de l’année. Ces évaluations comprennent notamment des arrestations arbitraires, des enlèvements, des exécutions extrajudiciaires ainsi que des cas de viol.

Un cessez-le-feu sans effet durable

Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu à la mi-mai par l’une des parties au conflit, la situation sécuritaire reste extrêmement volatile dans la zone. Les populations civiles continuent de vivre dans la peur, confrontées à des restrictions de mouvement et à la menace de nouvelles violences. Cette situation limite notamment leur capacité à accéder aux champs, aux marchés et aux services essentiels.

« Bien qu’un cessez-le-feu ait été annoncé à la mi-mai par l’une des parties au conflit, la situation demeure extrêmement volatile. Les populations civiles continuent de vivre dans la peur, confrontées à des restrictions de mouvement et à la menace constante de nouvelles violences. À cette insécurité s’ajoute le risque sanitaire lié à l’épidémie d’Ebola due au virus Bundibugyo (MVB), déclarée en Ituri à la mi-mai. Bien qu’aucun cas confirmé n’ait été signalé sur le site de Plaine Savo, celui-ci se trouve dans la zone de santé de Fataki, où 17 cas confirmés avaient été recensés au 27 juillet 2026, selon les autorités sanitaires », souligne l’agence onusienne.

Face à cette situation, la communauté humanitaire appelle les parties au conflit et tous les porteurs d’armes à respecter pleinement le droit international humanitaire et à mettre immédiatement fin aux attaques contre les civils et les biens de caractère civil.

Elle demande également que le caractère civil et humanitaire du site de Plaine Savo soit préservé et que les personnes déplacées soient protégées contre toute forme de violence, d’intimidation, de recrutement forcé ou d’autres violations des droits humains.

« Aux parties au conflit et à tous les porteurs d’armes : • Respecter pleinement le droit international humanitaire en mettant immédiatement fin aux attaques contre les populations civiles et les biens de caractère civil, et en garantissant la liberté et la sécurité de mouvement des personnes déplacées, notamment pour l’accès aux champs, aux marchés et aux services essentiels ; • Préserver le caractère civil et humanitaire du site de Plaine Savo et assurer la protection des populations déplacées contre toute forme de violence, d’intimidation, de recrutement forcé ou d’autres violations des droits humains ; • Garantir un accès humanitaire sûr, rapide, durable et sans entrave vers Plaine Savo et l’ensemble des zones affectées, y compris la sécurité du personnel, des biens et des opérations humanitaires », lit-on dans la note de plaidoyer.

La menace d’Ebola s’ajoute à la crise sécuritaire

OCHA réclame par ailleurs un accès humanitaire « sûr, rapide, durable et sans entrave » à Plaine Savo et aux autres zones affectées, ainsi que la sécurité du personnel, des biens et des opérations humanitaires. À l’insécurité s’ajoute désormais le risque sanitaire lié à l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo (MVB), déclarée en Ituri à la mi-mai 2026.

Dans ce contexte, l’agence onusienne appelle les autorités nationales et provinciales à renforcer les mesures de prévention, de surveillance et de riposte à la MVB dans la zone de santé de Fataki, tout en garantissant aux populations déplacées l’accès aux soins et aux activités de sensibilisation communautaire.

« Aux autorités nationales et provinciales : • Renforcer les mesures de prévention, de surveillance et de réponse à la MVB dans la zone de santé de Fataki, en veillant à l’accès des populations déplacées aux services de santé et aux activités de sensibilisation communautaire ; • Assurer la protection des populations civiles et soutenir la reprise progressive des services essentiels, notamment l’éducation », ajoute la note de plaidoyer.

Appel à une mobilisation accrue

Au-delà des questions sécuritaires et sanitaires, OCHA alerte sur les besoins humanitaires croissants des populations déplacées de Plaine Savo.

L’agence des Nations unies demande aux partenaires techniques et financiers de mobiliser des ressources supplémentaires afin de répondre aux besoins urgents dans plusieurs secteurs, notamment l’assistance alimentaire, la santé, la nutrition, l’eau, l’hygiène et l’assainissement, les abris, les articles ménagers essentiels, la protection et l’éducation d’urgence.

« Aux partenaires techniques et financiers : • Mobiliser des financements supplémentaires pour répondre aux besoins urgents en assistance alimentaire, santé, nutrition, eau-hygiène-assainissement, abris, articles ménagers essentiels, protection et éducation d’urgence », plaide OCHA RDC.

Un site sous pression

Le site de déplacés de Plaine Savo, situé dans la localité de Bule, dans le territoire de Djugu, accueille des populations ayant fui les violences armées qui secouent cette partie de la province depuis plusieurs années. Leur situation reste particulièrement précaire en raison de la persistance de l’insécurité, des déplacements répétés et de l’accès limité aux services essentiels. Depuis décembre 2025, Bule et ses environs sont régulièrement affectés par des affrontements entre groupes armés ainsi que par des attaques contre les populations civiles. 

Cette insécurité a également réduit les possibilités pour les déplacés d’accéder à leurs champs, aux marchés et aux autres moyens de subsistance, aggravant leur dépendance à l’aide humanitaire.

La crise sécuritaire intervient par ailleurs dans un contexte sanitaire préoccupant. L’Ituri est l’un des foyers de l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo, une forme d’Ebola qui présente un risque particulier dans les zones caractérisées par une forte mobilité des populations et des difficultés d’accès aux soins.

Pour les acteurs humanitaires, la proximité entre les zones touchées par l’épidémie et les sites de déplacés renforce la nécessité d’une surveillance épidémiologique accrue, d’un accès rapide aux soins et d’une sensibilisation régulière des communautés. La dégradation de la situation sécuritaire pourrait toutefois compliquer davantage les opérations humanitaires ainsi que les activités de prévention et de contrôle de l’épidémie.

Clément MUAMBA