Dévoilée en février dernier comme une œuvre musicale destinée à célébrer et promouvoir le franc congolais, la chanson « Franc congolais Nkolo Mabele » s’inscrit dans une démarche qui dépasse le simple cadre artistique. Le projet, porté par la Banque centrale du Congo (BCC) et réunissant plusieurs figures de la musique congolaise, vise notamment à renforcer l’attachement à la monnaie nationale dans un contexte marqué par la dollarisation de l’économie.
Plusieurs mois après la présentation officielle de cette œuvre, le gouverneur de la BCC, André Wameso, est revenu sur ses ambitions lors du X Space de Stanis Bujakera et ACTUALITE.CD, dans la soirée du jeudi 13 août. Interrogé sur le bilan de cette chanson et son lien avec la politique de dédollarisation, le gouverneur a expliqué que l’initiative devait être comprise dans une perspective de long terme.
« Vous savez, quand on pense avoir fait une œuvre, ce n’est pas pour un temps mais c’est pour la durée. Vous savez, la première version de la chanson franc-congolaise est encore chantée aujourd’hui, près de 30 ans après », a déclaré André Wameso.
La chanson réunit notamment Koffi Olomidé, Fally Ipupa, Ferré Gola, Héritier Watanabe et Félix Wazekwa, autour d’une composition de Souzy Kasseya. Lors de son dévoilement en février, la BCC avait présenté cette production comme une jonction entre culture, économie et citoyenneté. L’institution avait également souligné le rôle des artistes dans la promotion de la monnaie nationale.
Une chanson avant les réformes
Au cours de l’échange avec les auditeurs, André Wameso a précisé que la campagne de promotion de « Franc congolais Nkolo Mabele » n’avait pas encore véritablement commencé. Selon lui, la chanson doit accompagner les prochaines réformes monétaires et contribuer à leur compréhension par la population.
« C’est justement pour la confiance retrouvée dans notre monnaie par la population et les gens, en utilisant de plus en plus le franc et en écoutant cette chanson pour laquelle nous n’avons pas encore, je le répète, commencé une promotion active », a-t-il expliqué.
Le gouverneur a annoncé que la promotion de l’œuvre devrait intervenir parallèlement à la mise en œuvre des prochaines réformes. Pour la BCC, l’objectif est ainsi de faire de la chanson un support culturel permettant d’accompagner le changement de comportements vis-à-vis du franc congolais.
Cette orientation intervient alors que la Banque centrale défend depuis plusieurs mois une politique visant à renforcer l’utilisation de la monnaie nationale. Lors de ce même X Space, André Wameso a notamment insisté sur l’évolution des dépôts en francs congolais dans le secteur bancaire, qu’il présente comme l’un des signes d’un regain de confiance dans la monnaie nationale.
Une dimension culturelle au service de la monnaie
La démarche n’est pas entièrement nouvelle en RDC. En 1998, une première chanson consacrée au franc congolais avait déjà été réalisée au moment du lancement de la monnaie nationale, avec la participation de plusieurs grands noms de la musique congolaise tels que Papa Wemba, Lokua Kanza, Wendo Kolosay, Tabu Ley, Mbilia bel, etc.
Près de trois décennies plus tard, la BCC entend reprendre cette approche, mais dans un contexte économique différent, marqué par une forte présence du dollar américain dans les transactions et les habitudes financières des Congolais.
Pour André Wameso, « Franc congolais Nkolo Mabele » doit ainsi s’inscrire dans la durée et accompagner une nouvelle séquence de la politique monétaire congolaise. Le gouverneur a laissé entendre que le véritable sens de l’œuvre apparaîtra davantage avec les réformes annoncées.
« Lors des réformes qui vont venir, nous allons faire concomitamment la promotion de cette chanson et les réformes à venir, les gens comprendront mieux le véritable sens de cette nouvelle chanson », a-t-il ajouté.
Kuzamba Mbuangu