Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales a réagi à l'annonce du transfert de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Aubin Minaku, et d'Emmanuel Ramazani Shadary, ancien Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur à l'Auditorat général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Déplorant leur arrestation ainsi que leur transfert devant l'Auditeur général après plus de deux cents (200) jours de détention au secret, dans des conditions demeurées inconnues de leurs familles, de leurs avocats et de l'opinion publique, cette organisation dit prendre acte de cette décision. Elle fustige toutefois le fait que ces deux personnalités, cadres du PPRD de Joseph Kabila et civils de leur état, ne soient pas traduites devant leur juge naturel.
Dans une déclaration publiée ce vendredi 7 août, cette organisation sociopolitique, composée notamment d'acteurs politiques tels que le député national honoraire Claudel André Lubaya, estime que ce transfert ne constitue en rien une réparation et ne saurait effacer ni régulariser plus de six mois de privation de liberté subis en violation des lois de la République et des engagements internationaux de la RDC.
« Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales prend acte de cette évolution qu'il considère comme un premier pas vers le rétablissement de la légalité. Il rappelle toutefois que la présentation tardive de ces personnalités devant l'Auditorat militaire, juridiction qui n'est pas leur juge naturel, ne fait que prolonger le vice de procédure qui entoure leur dossier, du reste vide. Elle ne saurait, en aucun cas, réparer, effacer ou régulariser plus de six mois de privation de liberté subis en violation des lois de la République et des engagements internationaux de la RDC. L'arbitraire ne disparaît pas sous le simple habillage d'une procédure engagée avec plusieurs mois de retard », dénonce cette organisation sociopolitique.
Pour le Cadre de concertation des forces politiques et sociales, les violations commises à l'encontre des intéressés demeurent entières. Selon cette organisation, elles engagent la responsabilité politique du président de la République, qui les aurait cautionnées et laissées perdurer malgré les alertes répétées.
Plus grave encore, poursuit l'organisation, au lieu de mettre un terme à ces dérives, de hauts responsables de l'État, agissant sous son autorité, notamment le ministre de la Justice, le vice-président de l'Assemblée nationale et le président de la Commission nationale des droits de l'homme, ont tenté de les défendre publiquement, allant jusqu'à leur donner une apparence de légalité.
« Face à la gravité de ces violations, qui portent atteinte aux fondements mêmes de l'État de droit et accablent les pouvoirs publics, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales exige la libération immédiate et sans condition de MM. Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, ainsi que de toutes les autres personnes arbitrairement privées de liberté ou maintenues en détention en violation de leurs droits fondamentaux », plaide l'organisation dans sa déclaration.
Cette évolution de la situation intervient après de nombreuses dénonciations. Selon plusieurs témoignages de leur famille politique ainsi que de certains membres de leurs familles, ces cadres du PPRD, formation politique de l'ancien président de la République Joseph Kabila, étaient détenus au Conseil national de cyberdéfense (CNC), un service spécialisé rattaché à la Présidence de la République.
Après plus de 200 jours de détention, Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary devraient enfin être entendus ce vendredi 7 août dans le cadre du dossier ouvert contre eux par l'Auditorat militaire général. C'est ce qu'affirme une source proche du dossier, jointe par ACTUALITÉ.CD. Selon cette source, l'audition des deux cadres du PPRD, le parti de Joseph Kabila, était initialement prévue le jeudi 6 août. Elle aurait été reportée afin d'éviter un attroupement de militants devant le bâtiment de l'Auditorat militaire général, comme cela s'était produit lors d'une précédente convocation.
Minaku et Shadary devraient être entendus vendredi matin avant d'être conduits dans un lieu tenu secret pour y être interrogés. À ce stade, les charges retenues contre eux n'ont pas été rendues publiques. La même source précise que leur dossier a désormais quitté le Conseil national de cyberdéfense (CNC) pour être transmis à la justice militaire.
Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga, respectivement secrétaire permanent, vice-président et secrétaire national chargé de la mobilisation du PPRD, avaient été arrêtés à leur domicile entre décembre 2025 et janvier 2026, dans des circonstances similaires, par des hommes armés, certains en uniforme et d'autres en tenue civile.
Clément MUAMBA