À Lubumbashi, l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) interpelle le chef de l’État sur trois dossiers de pollution environnementale impliquant des entreprises minières du Haut-Katanga et du Lualaba. L’organisation cite notamment les cas de SOMIKA, CDM et Chemaf et appelle à une application effective des obligations légales en matière de réparation, de santé publique et de protection de l’environnement.
Lubumbashi, 6 août 2026.
L’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) hausse le ton face à ce qu’il qualifie d’« institutionnalisation de l’impunité » dont bénéficieraient certaines entreprises minières responsables, selon lui, de graves atteintes à l’environnement dans les provinces cuprifères de la République démocratique du Congo.
Dans un mémorandum adressé au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’organisation présente trois dossiers comme des cas illustratifs : la Société Minière du Katanga (SOMIKA), Congo Dongfang International Mining (CDM) et Chemaf SA.
L’IRDH estime que ces situations sont d’autant plus préoccupantes que la RDC se trouve au cœur d’une demande internationale croissante en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques. L’organisation redoute que l’accélération de la production minière ne se fasse au détriment des droits des communautés et de la protection de l’environnement.
SOMIKA : deux incidents d’avril 2026 au cœur de l’alerte
Le dossier le plus récent concerne la Société Minière du Katanga (SOMIKA). L’IRDH affirme que deux incidents survenus les 26 et 29 avril 2026 dans les installations de l’entreprise à Kwampisha, dans le groupement Inakiluba, chefferie Kaponda, territoire de Kipushi, ont entraîné le déversement de quantités importantes d’effluents que l’organisation qualifie d’acides.
Selon l’IRDH, ces substances auraient d’abord recouvert la route menant au village de Kwampisha avant d’atteindre la rivière Kasonta, affluent de la rivière Kibunduka. Cette dernière alimente notamment le lac artificiel de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA).
L’organisation alerte sur les conséquences potentielles d’une telle contamination sur les ressources hydriques, la biodiversité aquatique, l’agriculture et la santé des populations exposées.
Le dossier avait déjà suscité une controverse publique en juin 2026. L’IRDH avait alors demandé des investigations environnementales indépendantes. De son côté, SOMIKA avait rejeté les accusations de pollution et affirmé que les analyses réalisées sur le terrain ne révélaient pas de contamination de la rivière Kibunduka. La société avait notamment évoqué un incident technique maîtrisé et indiqué que certaines analyses affichaient un pH proche de 8.
Un problème qui ne daterait pas d’avril 2026
Dans son mémorandum du 6 août, l’IRDH insiste surtout sur le caractère récurrent du problème. L’organisation affirme que les incidents de 2026 s’ajoutent à des plaintes antérieures visant SOMIKA, remontant notamment à 2021.
Cette année-là déjà, des habitants du quartier Somika, dans la périphérie de Lubumbashi, avaient dénoncé des problèmes liés à la pollution de l’eau et de l’air. Une commission mixte d’enquête avait été mise en place par les autorités provinciales afin de procéder à des prélèvements d’eau, de sol et d’air.
La situation avait également fait l’objet d’un reportage de RFI en mars 2021. Des habitants de la commune Annexe dénonçaient alors les conséquences des activités minières sur leur environnement. Le média rappelait que l’entreprise avait déjà été accusée, des années auparavant, de pollution de la nappe phréatique de Kimilolo.
Pour l’IRDH, cette succession d’alertes pose donc la question de la responsabilité environnementale de l’entreprise et surtout de l’effectivité des mécanismes de réparation.
José Mukendi