Lors du Space live organisé le 2 août par Stanis Bujakera Tshiamala en collaboration avec la CAYP, dans le cadre des commémorations de la campagne Genocost, Dada Stella Kitoga Bitondo, metteuse en scène et animatrice culturelle formée à l'Institut national des arts (INA) de RDC, a livré un vibrant hommage aux victimes des violences faites aux femmes dans l'Est du pays. Membre du Centre Femmes Paix et Sécurité de la RDC, une initiative portée par les femmes de Common Cause UK/RDC, et de plusieurs autres réseaux de femmes actifs en RDC et en Europe, elle milite depuis 1996 pour le développement communautaire, la construction de la paix, la cohésion sociale et l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, en utilisant le théâtre comme espace de dénonciation.
Originaire de Mwenga, dans le Sud-Kivu, Dada Stella Kitoga Bitondo est revenue sur un épisode tragique survenu en novembre 1999 : dans un contexte de partition territoriale et d'affrontements impliquant des groupes armés accusant des femmes de sorcellerie, quinze femmes auraient été enterrées vivantes après avoir subi des sévices. Elle a souligné l'ironie douloureuse de cette histoire, certains auteurs présumés de ces exactions occupant aujourd'hui, selon elle, des postes d'officiers supérieurs au sein des institutions congolaises.
Son intervention s'est achevée par le récital d'un texte écrit en 1999 par Catherine Tshefu, en hommage direct aux quinze victimes de Mwenga. En voici l'intégralité :
À mes quinze sœurs martyres enterrées vivantes en novembre 1999 à Mwenga (Kivu)
Ô douleur, quand donc quitteras-tu mon cœur ?
Ô mon cœur, garde éternelles mes quinze sœurs enterrées vivantes !
Ô mes sœurs, que jamais le souvenir de votre calvaire ne s'estompe !
Quinze étaient-elles,
Quinze à être précipitées vivantes sous terre ;
Quinze innocentes, quinze martyres !
Ô douleur dans mon cœur !
Ô douleur pour mes sœurs !
Et vous bourreaux, et vous cœurs de pierre,
Avez-vous été portés à la vie par des femmes de chair ?
Ô bourreaux, pourquoi le crime est-il votre ivresse ?
Pourquoi répandre le sang d'innocentes congolaises ?
Pourquoi souiller la terre hospitalière du Kivu ?
Ô criminels sans frontières, diables sur terre !
Ô douleur, ô mon cœur !
Ô douleur, ô mes sœurs !
Ô douleur, ô mes pleurs !
Le Kivu saigne, le Congo se pleure, l'Afrique se recueille,
Et l'humanité horrifiée ne peut en croire ses oreilles :
Est-ce donc vrai que là-bas, à Mwenga, dans les marais et les forêts,
Des lâches sans foi ont enterré vivantes quinze femmes !
Quelle loi condamnera cette barbarie, cet acte infâme ?
Le tribunal de nos cœurs a déjà jugé le crime, le crime contre l'humanité.
Ô douleur dans nos cœurs !
Ô malheur de nos sœurs !
Ô fureur de nos pleurs !
Volez au ciel, vous, mes quinze étoiles.
Partez en paix, vous pour qui se sont tues les cloches de l'Église,
Reposez en paix, vous qui êtes parties sans nos prières.
Que les ancêtres vous accueillent, âmes martyres,
Que la terre violée du Congo vous soit légère,
Et que votre sang répandu arrose nos espoirs.
Que nos bouches crient justice, Justice pour nos sœurs suppliciées !
Votre sœur éplorée,
Catherine Tshefu
Ce récital, porté avec émotion par Dada Stella Kitoga Bitondo lors du live Space organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, a inscrit le drame de Mwenga dans une mémoire plus large des massacres de femmes dans l'histoire récente de l'Est congolais, aux côtés d'autres tragédies évoquées durant l'échange, comme Makobola et Kaseka.