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Fridolin Ambongo sur Kinshasa à l’ouverture de l’année pastorale 2026-2027 : « notre ville est aujourd’hui devenue une immense poubelle »

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Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque métropolitain de Kinshasa a tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation de l’environnement dans la capitale congolaise. Il s’exprimait ce samedi 26 septembre à la cathédrale Notre-Dame du Congo, à l’occasion de la messe d’ouverture de l’année pastorale 2026-2027 de l’archidiocèse de Kinshasa.

Placée sous le thème « Ensemble pour une gestion évangélique de l’environnement », cette nouvelle année pastorale entend mettre l’accent sur la protection de la création et la responsabilité collective face à la crise environnementale qui touche la ville de Kinshasa. Dans son intervention, le cardinal Ambongo a dressé un constat particulièrement préoccupant de l’état de la capitale congolaise.

L’archevêque de Kinshasa a notamment évoqué l’accumulation des déchets, la prolifération des matières plastiques, la disparition progressive des espaces verts ainsi que l’obstruction des caniveaux et des rivières. À ces difficultés s’ajoutent, selon lui, l’insuffisance des infrastructures d’assainissement, les inondations récurrentes et les conséquences sanitaires liées à l’insalubrité.

« Ce choix de thème répond à une situation devenue particulièrement préoccupante dans notre ville de Kinshasa. Jadis appelée avec fierté “Kinshasa la Belle”, notre ville est aujourd’hui devenue une immense poubelle. Kinshasa est profondément défigurée par l’insalubrité : accumulation des déchets, prolifération des plastiques, disparition des espaces verts, obstruction des caniveaux et des rivières, insuffisance des infrastructures d’assainissement. À cela s’ajoutent les inondations récurrentes et meurtrières, ainsi que les maladies liées à l’insalubrité, qui frappent durement nos familles », a déploré le cardinal Fridolin Ambongo Besungu.

Face à cette situation, l’Église catholique veut faire de l’année pastorale 2026-2027 une période consacrée à la conversion écologique et à l’écologie intégrale, dans l’esprit de l’encyclique Laudato si’ du pape François. Pour le cardinal Ambongo, la protection de l’environnement relève pleinement de la mission chrétienne.

« Cette crise environnementale n’épargne pas nos familles, nos paroisses et nos différentes structures ecclésiales. Et chacun, à son niveau, est responsable de cette dégradation de notre environnement. C’est pourquoi cette année pastorale, qui constitue une charnière entre deux programmes pastoraux, sera particulièrement consacrée à la conversion écologique et à l’écologie intégrale, dans l’esprit de Laudato si’. Prendre soin de la création n’est pas une préoccupation étrangère à l’évangélisation. Aimer Dieu, aimer le Créateur, nous engage à respecter sa création », a-t-il fait remarquer dans son discours.

Pour l’archevêque de Kinshasa, l’ampleur du défi environnemental impose une mobilisation collective. Les différentes composantes de l’Église, paroisses, commissions, services, associations de fidèles, écoles, structures sanitaires et œuvres caritatives sont appelées à coordonner leurs efforts.

« Un défi aussi vaste ne peut être relevé par des actions isolées. L’écologie intégrale exige une pastorale intégrée et profondément synodale. Autrement dit, nous continuons d’entrer de plus en plus profondément dans le thème de la synodalité qui nous accompagne. Nos paroisses, nos commissions, services, associations de fidèles, écoles, structures sanitaires et œuvres caritatives sont donc appelés à unir leurs compétences autour d’objectifs communs et d’actions coordonnées. Cette synergie devra également s’ouvrir, lorsque cela sera nécessaire, à la ville-province de Kinshasa, aux institutions publiques compétentes et aux autres acteurs engagés dans la recherche du bien commun », a indiqué le cardinal Fridolin Ambongo.

Selon le cardinal Ambongo, cette démarche ne signifie pas que l’Église entend se substituer à l’État. Elle ne peut cependant rester indifférente face aux conséquences de l’insalubrité sur les populations et l’environnement. Cette orientation pastorale intervient également dans la perspective de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat, annoncée à Addis-Abeba, en Éthiopie, en 2027.

« Certes, l’Église ne se substitue pas à l’État, mais elle ne peut demeurer indifférente lorsque la dignité humaine, la santé des populations et la sauvegarde de la création sont menacées. Cette invitation à la conversion écologique nous fait entrer dans la dynamique de la prochaine COP32, qui se tiendra en terre africaine, à Addis-Abeba, en 2027 », a déclaré Fridolin Ambongo.

Le cardinal Ambongo inscrit ainsi l’engagement de l’Église de Kinshasa en faveur de l’environnement dans une dynamique plus large de sensibilisation aux enjeux climatiques et écologiques. Par ailleurs, l’année pastorale 2026-2027 sera suivie d’un plan pastoral quinquennal qui s’étendra de 2027 à 2032.

« L’année pastorale 2026-2027 sera suivie d’un plan pastoral quinquennal qui va s’étendre de 2027 à 2032, si nous serons toujours là. Nous espérons que nous serons toujours là. Au-delà de cette année pastorale, qui est une année charnière, nos travaux au Centre Nganda ont également ouvert la réflexion sur le prochain programme pastoral quinquennal, envisagé autour du thème : “Identité chrétienne catholique, dignité et fierté”. Ce sera le thème du nouveau quinquennat qui commencera en 2027 : “Identité chrétienne catholique, dignité et fierté” », a affirmé Fridolin Ambongo Besungu.

Cette démarche de l’Église catholique intervient dans un contexte marqué par la mise en place, par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi , d’une Taskforce chargée de la salubrité et de l’assainissement de la ville de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du chef de l’État, cette nouvelle structure a pour mission d’élaborer et de coordonner un plan spécial et permanent de salubrité et d’assainissement de la ville de Kinshasa. Elle est également chargée d’identifier, de traiter et d’assurer le suivi des points critiques d’insalubrité. De surcroît, elle devra proposer et appliquer des mesures contraignantes en matière de discipline urbaine et de civisme environnemental.

Cette mission a été confiée au lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national et coordonnateur de la Taskforce. Si les éléments du Service national composant la Taskforce sont déjà à pied d’œuvre dans la ville-province de Kinshasa, les résultats semblent encore peu visibles au regard de l’ampleur et de la gravité de la situation. À cela s’ajoute la difficulté, pour une partie de la population kinoise, d’intégrer durablement les nouvelles pratiques en matière de salubrité et de civisme environnemental

Clément MUAMBA