RDC : pour la dixième année consécutive, le pays figure parmi les principales crises de déplacement négligées au monde, une situation qui s’aggrave alerte le NRC

Le site des déplacés de Kanyaruchinya à Nyiragongo
Le site des déplacés de Kanyaruchinya à Nyiragongo

La République démocratique du Congo (RDC) pays confronté aux conflits armés et autres crises figure pour la dixième année consécutive parmi les crises de déplacement les plus négligées au monde, selon le dernier rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) publié au mois de juin de l'année en cours et dont un exemplaire est parvenu ce samedi 18 juillet 2026 à la rédaction de ACTUALITE.CD. L’organisation humanitaire dénonce une aggravation de la négligence internationale alors que des millions de Congolais continuent de vivre dans des conditions extrêmement précaires.

Dans son classement annuel des crises de déplacement les plus oubliées, le NRC place une nouvelle fois la RDC en deuxième position, derrière le Soudan. Selon l’organisation, cette situation illustre l’incapacité persistante de la communauté internationale à répondre aux crises qui ne figurent pas parmi les priorités stratégiques des grandes puissances.

« Ceci témoigne de l’incapacité du monde à répondre aux crises qui ne sont pas considérées comme stratégiquement importantes par les pays riches. Des millions de personnes sont abandonnées parce que nous avons choisi de ne pas agir, et non parce que nous en sommes incapables. La vérité, aussi dérangeante soit-elle, est que cette négligence est un choix, et un choix que nous pouvons décider de changer », a déclaré Jan Egeland, secrétaire général du NRC.

La crise humanitaire en RDC connaît également un déficit financier historique. En 2025, seulement 27,4 % des fonds nécessaires à la réponse humanitaire ont été mobilisés, soit le niveau le plus faible enregistré depuis dix ans. Selon le document, cette insuffisance prive d’assistance ou réduit considérablement l’aide destinée à plus de 21 millions de personnes dans le besoin. Le NRC souligne qu’il y a dix ans, la communauté internationale consacrait environ 55 dollars américains par personne vulnérable en RDC, contre moins de 33 dollars aujourd’hui.

Pour l’organisation, cette baisse traduit un désengagement progressif face à une crise pourtant durable. Plusieurs autres pays africains, notamment le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Mali et le Nigeria, figurent également de manière répétée dans ce classement, certains y apparaissant six fois ou plus.

« Les gouvernements donateurs sont confrontés année après année à des preuves de négligence. Pourtant, ceux qui sont au pouvoir continuent de privilégier les investissements militaires et stratégiques, au détriment du financement, de la priorité accordée aux victimes de ces crises et de leur sort. C’est un échec de notre humanité », a déploré Jan Egeland.

Le rapport 2025 du NRC classe le Soudan comme la crise de déplacement la plus négligée au monde. Plus de 9 millions de personnes y sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que jusqu’à 4 millions d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins. Près de 19,5 millions de personnes sont confrontées à l’insécurité alimentaire sévère et à la famine, alors que l’aide internationale reste largement insuffisante.

« Il est incompréhensible qu’une crise de déplacement d’une ampleur comparable à celles qu’ont connues la Syrie et l’Ukraine à leur apogée puisse continuer de s’aggraver presque inaperçue. Alors même que les besoins au Soudan ont explosé l’an dernier et que la famine continuait de se propager, les financements ont été coupés », a déclaré Egeland. 

Le rapport du NRC, publié pour la dixième année consécutive, analyse les crises selon quatre critères : la couverture médiatique, le financement humanitaire, l’attention politique internationale et l’ampleur des déplacements.

Les dix crises les plus négligées en 2025 sont : le Soudan, la République démocratique du Congo, la Colombie, le Yémen, l’Afghanistan, le Honduras, l’Équateur, le Cameroun, le Nigeria et le Mozambique. Depuis la création de ce rapport il y a dix ans, 27 crises réparties sur quatre continents ont été recensées. Le NRC observe une tendance constante : l’Afrique reste le continent le plus représenté, notamment dans le Sahel, la Corne de l’Afrique, la région des Grands Lacs et l’Afrique de l’Ouest.

L’organisation souligne également que les crises négligées sont souvent associées à des restrictions d’accès pour les acteurs humanitaires. Dans de nombreux cas, les situations ignorées il y a dix ans continuent de l’être aujourd’hui.

Dans l’Est de la RDC, les populations déplacées doivent faire face à une combinaison de violences armées, d’insécurité alimentaire, de maladies et d’un accès limité à l’aide humanitaire. Le NRC rappelle que les communautés touchées sont déjà fragilisées par des années de déplacements forcés et d’abandon humanitaire.

Le NRC appelle ainsi les gouvernements, les bailleurs internationaux et les acteurs humanitaires à renouveler leur engagement envers les populations touchées, afin d’éviter que ces crises prolongées ne deviennent définitivement invisibles.

« Derrière chaque statistique dans l’est de la RDC se cachent des familles qui endurent des années de violence, de déplacements forcés et une profonde incertitude quant à leur avenir. Alors que l’attention se porte d’une urgence mondiale à une autre, des millions de Congolais continuent de vivre sans protection, assistance ni espoir. Le fait que la RDC figure parmi les crises les plus négligées au monde pour la dixième année consécutive devrait alerter la communauté internationale », a déclaré Eric Batonon, directeur du NRC en République démocratique du Congo.

Face à l’impact de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), avec la province de l’Ituri, déjà confrontée aux conflits armés, comme épicentre de la maladie, les besoins humanitaires et les priorités de la réponse ont été révisés afin de renforcer l’assistance aux communautés affectées jusqu’à la fin de l’année. C’est ce qu’a révélé, jeudi 16 juillet 2026, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC), organe onusien chargé de renforcer la réponse internationale aux situations d’urgence complexes et aux catastrophes naturelles.

En 2026, afin de répondre aux besoins vitaux de millions de Congolais, notamment dans l’est du pays, le gouvernement de la République démocratique du Congo et la communauté humanitaire avaient lancé, mercredi 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars américains. Alors que près de 15 millions de personnes se trouvent en situation de détresse, les ressources risquent de faire défaut en 2026. Cette situation a contraint les Nations Unies et leurs partenaires à concentrer leur assistance sur 7,3 millions de personnes parmi les plus vulnérables.

D’après l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026 rendu public par cet organe des Nations Unies, le nombre de personnes dans le besoin a été révisé à 18,5 millions. En raison des contraintes financières, le nouveau plan prévoit de cibler uniquement 10,8 millions de personnes. Concernant le financement requis, celui-ci a également été revu à la hausse et s’élève désormais à 2,13 milliards de dollars américains.

Clément MUAMBA