RDC : Patrick Muyaya affirme que la réforme constitutionnelle n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres

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Conseil des ministres/Gouvernement Suminwa

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a indiqué que la question d'une éventuelle réforme de la Constitution pourrait être abordée dans le cadre du dialogue national annoncé à l'issue de la rencontre entre le président de la République, Félix Tshisekedi, et les responsables des confessions religieuses. Il a toutefois précisé que cette question n'a jamais figuré à l'ordre du jour des réunions du Conseil des ministres.

Répondant à une question, lors d'un briefing presse, sur l'éventualité que le dialogue conduise à des concessions entre les différentes parties, notamment sur l'abandon ou non de la réforme constitutionnelle, Patrick Muyaya a rappelé que le gouvernement n'a jamais officiellement engagé ce débat. Le ministre de la Communication et Médias a toutefois reconnu que la question demeure « pertinente », près de vingt ans après la promulgation de la Constitution, en raison de certaines dispositions qui, selon lui, mériteraient d'être réajustées.

« Vous revenez sur la question de la Constitution. Le cardinal vous a dit que nous avons parlé de plusieurs sujets et que l'objectif principal et primordial aujourd'hui. Je ne cesse de vous le dire : nous, au gouvernement, on n'a jamais parlé de la question de la Constitution. Ça n'a jamais été à l'ordre du jour du Conseil des ministres. Sinon, on en aurait parlé. Mais c'est un débat pertinent, évidemment, au regard des impératifs que nous avons. Nous avons, par exemple, la question de la nationalité. Nous avons beaucoup de choses qui doivent être réajustées vingt ans après la promulgation de cette Constitution », a expliqué Patrick Muyaya.

Patrick Muyaya a expliqué que le dialogue ne portera pas uniquement sur la situation sécuritaire liée à l'agression rwandaise dont le pays est victime, mais également sur d'autres questions d'intérêt national. Selon lui, ni le gouvernement ni le président de la République ne devraient s'interdire d'ouvrir des discussions sur des réformes susceptibles de répondre aux réalités actuelles du pays. Pour illustrer son propos, il a notamment évoqué la problématique de la nationalité en prenant l'exemple des Léopards.

« Parce que nous aurons le cadre du dialogue où nous parlerons non pas seulement de l'agression, mais aussi d'autres sujets. Je crois que ceux qui viendront, ceux qui ont des appréhensions ou qui veulent aborder ce sujet pourront en débattre dans le dialogue. Pourquoi pas ? Ici, il ne faut pas éviter, il ne faut pas nous interdire, comme gouvernement, ni même au président de la République, qui pilote ce pays depuis plusieurs années, d'aborder des choses qui doivent être réajustées. Cela pourrait, par exemple, nous permettre de faciliter l'accès à la République à nos joueurs. Nous sommes tous fiers de nos Léopards, mais je rappelle que, pour la plupart, ce sont des binationaux et que la nationalité congolaise est une et exclusive », a-t-il fait remarquer.

Patrick Muyaya a également rappelé que l'idée de modifier certaines dispositions constitutionnelles faisait déjà consensus au sein du G13, dont il était membre. Pour le porte-parole du gouvernement, le dialogue offrira à toutes les parties prenantes l'occasion de soumettre leurs propositions, dans l'objectif de renforcer la cohésion nationale et de favoriser le développement du pays.

« De mémoire, j'étais moi-même au sein du G13 à l'époque. Sur la Constitution, il existait une unanimité de vues sur la nécessité de retoucher certaines dispositions. Le dialogue sera justement le cadre permettant aux uns et aux autres d'amener ce sujet afin qu'il soit débattu. L'objectif est la cohésion nationale, l'objectif est aussi le développement de notre pays. Si cela l'exige, pourquoi ne devrions-nous pas engager ce débat ? C'est un cadre de plus offert », a affirmé le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.

Cette évolution, marquée par l'engagement ferme de Félix Tshisekedi en faveur de la convocation d'un dialogue national, intervient dans un contexte sociopolitique marqué par la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Elle survient également dans un climat de fortes divergences autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle. L’opposition accuse la majorité au pouvoir de vouloir changer la Constitution afin de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats prévue par la loi fondamentale. De son côté, le pouvoir rejette ces accusations.

Cette nouvelle séquence politique intervient également alors que les initiatives diplomatiques en cours peinent à produire des résultats tangibles. Les accords de Washington, conclus sous l’égide des États-Unis d’Amérique pour tenter de rapprocher Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha, conduit sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, n’ont pas encore permis d’améliorer significativement la situation sur le terrain. Malgré les nombreuses réunions et les efforts des médiateurs, les combats et les tensions persistent, tandis que les différentes parties continuent de s’accuser mutuellement de violer les engagements pris dans le cadre des processus de paix.

Cette étape a également été précédée par une série de consultations menées au niveau régional, notamment au Burundi, en République du Congo (Congo-Brazzaville) et en Angola. À travers ces échanges, les différents chefs d'État ont exprimé leur volonté de s'impliquer afin d'aider la République démocratique du Congo à sortir de cette impasse. Selon eux, il est indispensable de préserver l'unité nationale pour faire face ensemble aux défis liés au développement du pays et défendre l'intégrité territoriale de la RDC.

Clément MUAMBA