Le gouvernement congolais est résolument engagé à mener jusqu’au bout les opérations du deuxième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2) dont le coût global est de 192 millions dollars américains sur une durée de 3 ans. Il est néanmoins buté sur son incapacité d'accéder à une grande partie des provinces des Nord et Sud-Kivu, qui est sous occupation des rebelles de l’AFC-M23 depuis plus d’une année déjà.
Malgré ce défi énorme, Kinshasa tient à réaliser le recensement sur l’ensemble du territoire national, en activant un plan B pour les zones inaccessibles en raison de l'existence d'une administration parallèle installée par la rébellion soutenue par le Rwanda.
Lors d’une séance académique animée conjointement par le ministre d’Etat chargé du plan et de la coordination de l’aide au développement et le Représentant pays de l’UNFPA, jeudi dernier à Kinshasa, l’Institut National de la Statistique (INS), plaque tournante du RGPH-2, a annoncé qu’il fera notamment recours au recensement « hydride » et à l’imagerie satellitaire, permettant de collecter des chiffres proches de la réalité. Il a rassuré que ces techniques sont par ailleurs approuvées par l’ONU et attestées dans plusieurs pays en guerre à travers le monde entier.
«Des mécanismes sont en train d'être déployés pour pouvoir faciliter le recensement dans tous les coins du pays. Maintenant, s'il arrivait qu'il y a des coins où, quelles que soient les dispositions prises, on a toujours du mal à accéder, nous avons prévu un plan B qui consiste à recourir à ce qu'on appelle un recensement hybride. Et ce sont des techniques déjà approuvées par les Nations Unies, qui ont été testées dans un certain nombre de pays en guerre, notamment en Afghanistan, en Irak. Et chez nous, c'est un plan B, mais sinon le plan A, c'est qu'on aille partout pour faire un recensement purement classique, en passant de ménage à ménage. Et si cela n'arrive pas, à ce moment-là, nous avons ce plan B qui nous permet d'avoir des statistiques proches de la réalité à partir d'une combinaison d'un certain nombre d'outils dans l'imagerie satellitaire », a dit un expert de l’INS lors des échanges.
Pour Kinshasa le RGPH-2 est une priorité nationale de souveraineté, venue briser la limite d’une planification du développement de qualité. Il a précisé aux parlementaires que cette opération d’une durée de trois ans, vise à connaître avec précision le nombre et la répartition de la population ; recueillir des données sur les conditions de vie, l’emploi, les migrations et l’habitat ; fournir des statistiques fiables pour orienter les politiques publiques, la répartition des ressources et les investissements.
Au regard de l’importance que revêt ce projet, Guylain Nyembo a invité les députés nationaux et sénateurs à jouer un rôle actif dans la sensibilisation des populations, à soutenir le financement du RGPH-2, à combattre la désinformation et à devenir de véritables ambassadeurs du recensement dans leurs circonscriptions.
Lors d’une table ronde organisée par le gouvernement en mars dernier avec des partenaires, le président de la République avait annoncé que le gouvernement congolais dispose déjà de 30 millions USD sur les 192 millions, mobilisés et transférés dans le panier commun dédié au projet, sous gestion fiduciaire de UNFPA. Par la même occasion, la Banque mondiale, elle, annonçait un décaissement de 100 millions USD dont 75 millions destinés à ces opérations de recensement. La Banque africaine de développement (BAD) avait, de son côté, promis 50 millions USD dont 30 millions pour le renforcement des capacités des agents, tandis que l’UNICEF et l’UNFPA vont ensemble contribuer avec un total de 3 millions USD. La Côte d’Ivoire a promis d’appuyer la RDC notamment dans la logistique des opérations et dans les formations des agents.
Samyr LUKOMBO