RDC: jusqu'à 98% de l'or extrait échappe aux circuits officiels, alerte la CIRGL

Lingots d’or / Ph. droits tiers
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Sous la présidence de la République démocratique du Congo, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu à New York aux États-Unis d'Amérique, une réunion au format Arria consacrée à « L'évaluation du déficit normatif en matière de ressources naturelles et de paix : fondements et perspectives ». Présidée par la ministre d'État, ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, cette rencontre a offert une tribune aux acteurs régionaux et internationaux pour réfléchir aux liens entre l'exploitation des ressources naturelles et les conflits armés.

Prenant la parole au nom de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), le Secrétaire exécutif, Dr Mubita Luwabelwa, a dressé un constat préoccupant de la situation dans la région, en insistant sur les pertes économiques et sécuritaires liées au commerce illicite des minerais.

« En RDC, l'exportation des minerais en provenance des zones de conflit n'est pas élevée alors que la production d'or explose. Selon les informations disponibles, parfois 90%, voire 98% de l'or extrait n'est pas déclaré. Il en va de même dans certains pays. Nous perdons ainsi des recettes importantes, mais surtout des opportunités de construire la paix, car ces ressources servent à acheter des armes, financer des milices et compromettre notre sécurité collective », a-t-il déclaré le 13 juillet dernier lors de son intervention. 

Le responsable de la CIRGL a également mis en évidence les limites des mécanismes actuels de gouvernance des ressources naturelles.

« La coordination entre les différents mécanismes demeure insuffisante. Certains dispositifs sont devenus moins efficaces alors que l'exploitation illicite se poursuit. Pourtant, des solutions existent. Avec un soutien international accru et un renforcement des capacités, ces lacunes peuvent être comblées », a-t-il affirmé.

Pour renforcer l'efficacité des dispositifs existants, Dr Mubita Luwabelwa a plaidé pour une meilleure complémentarité entre les initiatives internationales et régionales.

« Nous devons mieux coordonner nos efforts. Nous devons privilégier l'harmonisation plutôt que la concurrence entre les différents mécanismes. Le Processus de Kimberley, les mécanismes régionaux de certification ainsi que les groupes d'experts des Nations Unies doivent fonctionner de manière plus complémentaire. C'est ainsi que nous pourrons accroître leur efficacité », a-t-il soutenu. 

Il a également attiré l'attention sur le paradoxe vécu par les populations vivant dans les zones minières.

« Les minerais sont souvent transformés très loin des sites où ils sont extraits, alors même que les communautés minières manquent encore d'eau potable et de services d'assainissement. Nous devons tirer les leçons de cette réalité », a-t-il insisté.

Le Secrétaire exécutif de la CIRGL a rappelé que le Conseil de sécurité dispose déjà de bases juridiques importantes pour agir, notamment à travers les résolutions 2417 (2018) et 2457 (2019). Il a formulé plusieurs recommandations, notamment le renforcement des mécanismes de coordination entre les Nations Unies, les organisations régionales et les États, la création de bases de données communes, ainsi qu'un appui accru aux initiatives régionales.

« La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs est prête à partager son expérience, mais nous avons besoin que la communauté internationale travaille à nos côtés », a-t-il déclaré.

Évoquant son parcours personnel, Dr Mubita Luwabelwa a défendu une approche centrée sur le développement des communautés minières.

« J'en parle avec conviction, car je suis fils de mineur. J'ai grandi à la frontière entre la Zambie et la République démocratique du Congo. La véritable solution n'est pas de déployer davantage de forces de sécurité. La véritable solution consiste à créer davantage d'opportunités », a-t-il affirmé.

Il a plaidé pour davantage d'investissements dans la formalisation du secteur minier, l'accès au financement et aux technologies, avant de conclure par un appel à un engagement collectif.

« Notre vision est celle d'un système où les minerais ne seraient pas seulement certifiés, mais permettraient également d'assurer des moyens de subsistance durables. Veillons à ce que ces ressources ne servent plus à financer des insurrections. Choisissons la paix. Faisons en sorte que les richesses de la région des Grands Lacs deviennent un moteur de prospérité, non seulement pour notre région, mais également un modèle pour le reste du monde », a souligné le Secrétaire exécutif de la CIRGL. 

La RDC poursuit ainsi les activités prévues dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette réunion sur les ressources naturelles fait suite au briefing du Conseil consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, tenu le 8 juillet sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Cette séquence diplomatique s'inscrit dans la continuité des priorités fixées par la présidence congolaise. Le briefing avait notamment mis en lumière le coût humain des économies de guerre, ainsi que la nécessité de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l'impunité et les mécanismes de réparation.

Clément MUAMBA