Accord de Washington : Kinshasa croit toujours à la pression américaine pour obtenir le départ des RDF

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Signature des accords de Washington pour la paix et la prospérité

Le gouvernement de la République démocratique du Congo affirme suivre avec attention l’évolution de la mise en œuvre de l’Accord de Washington, notamment sur la question du retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Cette réaction intervient après l’expiration de l’échéance évoquée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui avait souhaité voir ce retrait effectif au plus tard à la mi-juillet 2026.

Interrogé sur l’absence de réaction publique des autorités américaines après le dépassement de cette échéance, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a rappelé que les démarches diplomatiques se poursuivent et que Washington continue d’exercer des pressions sur Kigali.

« Sur votre question concernant l’ultimatum donné par le gouvernement américain, je crois que c’est le secrétaire d’État Marco Rubio qui s’exprimait devant le Congrès, le 4 juin dernier. Il avait indiqué qu’il souhaitait que, au plus tard le 15 juillet 2026, les forces rwandaises puissent quitter le territoire. N’oubliez pas que les Américains ont déjà commencé à utiliser des leviers diplomatiques pour contraindre le Rwanda », a déclaré Patrick Muyaya lors d’un briefing de presse.

Patrick Muyaya a également évoqué les réunions du comité conjoint de suivi de l’Accord de Washington, réunissant des représentants des gouvernements américain, rwandais et congolais. Il a annoncé la tenue d’une nouvelle réunion prévue le 24 juillet prochain, qui devrait permettre de faire le point sur l’évolution du processus.

« J’espère que vous et moi avons lu qu’il y avait encore, hier, une nouvelle réunion du comité conjoint de suivi, au cours de laquelle les représentants des gouvernements américain, rwandais et congolais se sont réunis pour discuter. C’est la preuve que les discussions se poursuivent. Il y aura une autre réunion le 24 juillet prochain, sur laquelle nous pourrons également communiquer », a-t-il ajouté.

Selon lui, la position américaine demeure claire : le retrait des forces rwandaises du territoire congolais constitue une exigence majeure. Toutefois, il a relevé un décalage entre les engagements pris officiellement et la situation sur le terrain.

« L’engagement du gouvernement américain est clair : le Rwanda doit quitter notre territoire. Il l’a dit et répété plusieurs fois, mais vous avez vu qu’entre la signature par le président rwandais et les actions menées sur le terrain, il existe une contradiction. Les Américains ont dit et répété qu’ils veilleraient à ce que les signatures apposées devant leur président par les deux chefs d’État produisent leurs effets », a-t-il fait savoir lors de son intervention.

Et d’ajouter :

« Je crois qu’ils utilisent déjà des moyens de pression sur le Rwanda. Voyons voir si le Rwanda continuera à rester sur notre territoire, mais il est évident que les jours qui viennent seront particulièrement déterminants, y compris en ce qui concerne l’implication du gouvernement américain dans les différents processus de paix qui ont été mis en place ».

Kinshasa présente l’Accord de Washington comme une avancée diplomatique

Pour Patrick Muyaya, l’Accord de Washington représente une avancée importante, notamment parce qu’il aurait permis, selon lui, de faire évoluer la position du Rwanda sur la présence de ses forces en RDC. Il estime que la signature de cet accord constitue une reconnaissance implicite de la réalité du conflit.

« Je rappelle que nous avons obtenu un grand acquis important avec l’accord de Washington. Pendant plusieurs années, le Rwanda a toujours été dans le déni. Il n’avait jamais reconnu la présence de ses troupes sur notre territoire. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas signer un accord de paix avec un État avec lequel vous n’êtes pas en conflit. Le fait d’avoir signé l’accord de Washington avec le Rwanda signifie que le Rwanda lui-même vient de reconnaître une vérité qu’il avait toujours niée. Nous avons donc obtenu des acquis dans le cadre de cet accord », a soutenu le porte-parole du gouvernement.

Coopération régionale : Kinshasa mise sur la paix avant l’économie

Sur les perspectives de coopération régionale, Patrick Muyaya a indiqué que la RDC reste favorable à une intégration économique régionale, mais qu’elle souhaite d’abord la consolidation de la paix. Il a rappelé la position du chef de l’État congolais sur les relations avec le Rwanda. Pour Kinshasa, l’objectif demeure de parvenir à une paix durable permettant aux populations de la région des Grands Lacs de construire un avenir commun.

« Nous ne voulons pas qu’il y ait de contraintes économiques dans le cadre de l’intégration économique régionale, parce que le Président de la République a toujours cru au rôle moteur que la République démocratique du Congo doit jouer dans la région. Dans le cadre de ces démarches, nous sommes convaincus qu’une fois l’objectif de paix atteint, nous pourrons poursuivre les discussions sur les questions économiques », a-t-il fait savoir.

Et de poursuivre :

« Je rappelle encore une fois ce que le Président de la République a dit : nous n’avons pas de problème avec le peuple rwandais. Nous avons un problème avec le président rwandais et son régime. Quoi qu’il en soit, nous sommes naturellement appelés à vivre ensemble. Il faut que nos jeunes puissent hériter de relations permettant à cette région d’Afrique de jouer pleinement son rôle, y compris avec les pays voisins ».

Alors que la crise perdure et que les affrontements se poursuivent malgré la conclusion des Accords de Washington et l’ouverture du processus de Doha, les appels à la retenue et au respect des engagements pris se multiplient aux niveaux national, régional et international. Les différentes parties sont régulièrement invitées à appliquer les dispositions issues de ces cadres de paix.

Cependant, ces exhortations n’ont pas encore produit d’effets significatifs sur le terrain. Cette situation ravive les interrogations sur le fossé qui demeure entre les avancées enregistrées dans les discussions diplomatiques et la réalité sécuritaire dans les zones de conflit. La réduction de cet écart reste un défi majeur.

Chaque partie continue de défendre sa propre interprétation des engagements contenus dans les Accords de Washington, ce qui complique davantage leur application et entretient les incertitudes autour de leur mise en œuvre effective.

Clément MUAMBA