Du 15 mai au 15 juin 2026, cela fait exactement un mois, soit 30 jours, que la République démocratique du Congo a déclaré officiellement la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola dans sa partie orientale. Un mois après cette déclaration, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a dressé un état des lieux de la situation épidémiologique, des avancées enregistrées, des défis à relever ainsi que des perspectives d'avenir, lors du briefing presse co animé lundi 15 juin avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
D'entrée de jeu, Samuel Roger Kamba a rappelé qu'au moment de la déclaration de l'épidémie, trois zones de santé de la province de l'Ituri étaient déjà touchées. Il s'agit de Bunia, Rwampara et Mungwalu. Selon lui, Mungwalu demeure à ce jour le principal foyer de l'épidémie.
" Quand nous avons déclaré cette épidémie, il y avait déjà trois zones de santé qui étaient touchées. Je les rappelle : Bunia, Rwampara et Mungwalu. L’épicentre, c’était vraiment Mungwalu. Cela reste toujours Mungwalu le point le plus chaud et le plus critique de l’épidémie ", a déclaré le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Présentant les données consolidées de la veille, Samuel Roger Kamba a indiqué que la RDC comptait désormais 808 cas confirmés d'Ebola et 192 décès confirmés. Il a également fait état d'une évolution encourageante du nombre de patients guéris, précisant que plus de 50 personnes ont déjà vaincu la maladie grâce à une prise en charge adéquate dans les structures sanitaires dédiées.
" Un mois plus tard, pour la journée d'hier, je rappelle que je vous donne toujours les éléments de la veille parce que nous terminons généralement vers minuit avant de consolider les données. Nous sommes à 808 cas confirmés, et 192 décès. Nous avons actuellement 363 personnes en isolement parce qu'elles sont confirmées ou parce qu'elles sont suspectes. Nous avons surtout aussi beaucoup de cas guéris. Officiellement, il y en a 48, mais je sais déjà qu'il y en a trois autres qui sont sortis aujourd'hui. Demain, il y en aura encore d'autres qui vont sortir. Nous sommes donc au-delà de 50 guéris ", a rapporté Samuel Roger Kamba.
L’épidémie s’est désormais étendue à 31 zones de santé réparties dans trois provinces de l’est de la RDC. L’Ituri reste cependant l’épicentre de la maladie et concentre la majorité des cas enregistrés, tandis que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent relativement moins affectés.
" Nous avons officiellement plus de 50 guéris et 192 décès. Et cela comprend tous les décès que nous comptabilisons, aussi bien dans les centres de traitement que dans la communauté. L'endroit le plus chaud, je le disais, c'est Mungwalu mais de manière générale, nous sommes à 31 zones de santé touchées au total, c'est-à-dire tenant compte de la province de l'Ituri que nous avons la situation la plus importante. Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pour l'instant, nous avons toujours trois cas, nous avons donc 31 zones de santé réparties dans les trois provinces ", a expliqué le ministre Samuel Roger Kamba
La résistance communautaire, principal défi de la riposte
Le ministre a insisté sur les difficultés rencontrées dans certaines communautés où persistent encore des réticences face aux messages de prévention. Il a déploré que certaines personnes continuent de considérer Ebola comme une invention ou une maladie mystique, ce qui retarde leur prise en charge.
" Il s’agit de faire comprendre aux communautés que ce n’est pas une maladie imaginée, ce n’est pas une maladie inventée, c’est véritablement un virus que nous avons identifié et décrit dès le premier jour. Les personnes guéries nous montrent tous les jours le contraire. Elles le disent d’ailleurs : “Venez plus tôt, parce que lorsque vous venez tôt, nous pouvons vous soigner et vous avez beaucoup plus de chances de guérir.”"a-t-il fait savoir lors de son intervention
Un taux de guérison encourageant
Samuel Roger Kamba a rappelé que le taux de mortalité actuel est de 23%, ce qui signifie qu’une majorité des patients pris en charge précocement peuvent survivre. Le ministre a lancé un appel aux leaders communautaires afin qu’ils participent activement aux efforts de sensibilisation.
" Vous avez près de 80% de chances de guérir si vous venez tôt. Ce n’est pas une maladie inventée. Ce n’est pas une maladie mystique. Plus vous vous présentez tôt dans les structures de prise en charge, plus vous avez de chances de guérir ", a insisté le ministre Samuel Roger Kamba.
Appel aux chefs coutumiers pour les enterrements sécurisés
Le patron de la santé publique a également évoqué les difficultés liées à l’organisation des enterrements dignes et sécurisés, un élément essentiel pour interrompre les chaînes de transmission. Selon lui, les rites funéraires traditionnels demeurent l’un des principaux facteurs de contamination.
" Les enterrements dignes et sécurisés, encore une fois, la résistance communautaire fait que certaines vidéos circulent, vous les voyez, certaines personnes pensent qu'elles doivent enterrer elles-mêmes leurs proches décédés, certaines vont même jusqu'à chasser les agents de santé, comme on peut le voir dans certaines vidéos qui circulent malheureusement, c'est là le plus grand risque, parce que les rites communautaires funéraires traditionnels constituent l'un des principaux moyens de contamination. Le deuxième appel que je lance s'adresse donc à tous les chefs coutumiers de l'Ituri, vraiment, dans le cadre de votre organisation et de votre rôle auprès des communautés, nous avons besoin de votre implication afin de sensibiliser les populations et de faciliter la mise en œuvre des enterrements dignes et sécurisés, le plus grand moyen de contamination reste le contact avec les personnes infectées, c'est donc véritablement un défi majeur ", a-t-il fait remarquer dans sa restitution.
Renforcement de la surveillance communautaire
Autre défi majeur : le suivi des cas contacts. Le ministre a indiqué que le taux actuel de suivi est de 63 %, alors que l’objectif fixé est de 95 %. Pour améliorer cette situation, le gouvernement mise sur les relais communautaires.
"Nous avons également d'autres défis, notamment la surveillance des cas contacts. À cause justement de certaines résistances communautaires, il arrive que nous n'arrivions pas à joindre certains contacts parce que les personnes se soustraient au suivi ou, parfois, ne veulent pas être identifiées par leur propre famille. Actuellement, notre taux de suivi est de 63 %. Notre objectif est d'atteindre 95 % pour y parvenir, nous avons formé des relais communautaires. Nous en avons déjà formé 1 200 et déployé 1 000 sur le terrain. Je pense qu'avant la fin de la semaine, nous atteindrons un total de 1 300 relais. Et d'ici début juillet, nous serons à plusieurs milliers" a rassuré le ministre de tutelle, Samuel Roger Kamba.
Ces relais sont chargés d’effectuer un travail de proximité au sein des villages et des quartiers afin d’identifier rapidement les personnes présentant des symptômes.
" Les relais communautaires sont extrêmement importants parce que ce sont eux qui vont, à raison de 15 à 20 par aire de santé, se rendre de famille en famille et de groupement en groupement afin de rapporter tous les cas présents dans la communauté. Ce défi de la surveillance communautaire à travers les relais communautaires demeure donc un défi majeur. Nous avons également d'autres défis, notamment des défis logistiques. Toutefois, ceux-ci sont pour l'instant moins préoccupants parce que nous disposons d'importantes quantités d'équipements. Il faut simplement assurer leur déploiement sur le terrain, comme vous le savez, nous sommes aujourd'hui exactement à un mois de la déclaration de l'épidémie ", a ajouté le ministre Samuel Roger Kamba.
Une riposte qui progresse
Malgré les défis communautaires et logistiques, Samuel Roger Kamba estime que les efforts engagés produisent progressivement des résultats.
" Nous avons des défis, mais la riposte progresse. Le nombre de cas identifiés ainsi que le nombre de décès enregistrés montrent également que la réponse avance, parce que nous allons chercher les personnes malades jusque dans les communautés. Et cela est très important ", a affirmé le ministre de tutelle, Samuel Roger Kamba.
Le 17 mai 2026, soit deux jours après la déclaration officielle de l'épidémie en République démocratique du Congo, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l'épidémie d'Ebola causée par le virus Bundibugyo, qui s'est propagé de la RDC vers l'Ouganda, comme une urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC).
Selon l'OMS, l'épidémie a connu une expansion géographique importante et son ampleur réelle pourrait être sous-estimée. La situation est notamment aggravée par la forte mobilité des populations, la fragilité des systèmes de santé, l'insuffisance des infrastructures sanitaires ainsi que les difficultés d'accès à certaines zones touchées par les conflits.
À ces défis s'ajoute l'absence, à ce jour, de vaccin homologué et de traitement spécifique contre le virus Bundibugyo. Malgré ce contexte préoccupant, les autorités congolaises demeurent optimistes et s'appuient sur l'expérience acquise lors des seize précédentes épidémies d'Ebola que le pays est parvenu à maîtriser.
Clément MUAMBA