Les rebelles des Allied Democratic Forces (ADF) continuent de semer la mort et la désolation dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ils sont accusés d’avoir lâchement exécuté 26 civils lors d’une nouvelle incursion ciblant les entités de Katerain, Mangambo et leurs environs, dans le secteur de Beni-Mbau, à la limite entre les territoires de Beni au Nord-Kivu et d’Irumu en Ituri.
Selon la société civile de Mamove, par le biais de son président, Kinos Katuo, les assaillants ont surgi dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 mai 2026. Après avoir tué deux personnes à Katerain, les rebelles ADF ont également tué 24 autres civils à Matsumbu, Musangwa, Wasafi et Mangambo, portant le bilan à 26 morts en deux jours.
Cette situation n’a pas laissé indifférente Washington, à travers Massad Boulos, Conseiller principal pour l’Afrique au Département d’État américain, qui a condamné cette attaque. Selon le responsable américain, ces violences illustrent la gravité de la menace et il réaffirme la détermination des États-Unis à promouvoir la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs.
" L'État islamique en RDC a perpétré des attaques brutales contre des civils dans l'est de la RDC, notamment des violences ciblées contre des communautés chrétiennes. Nous présentons nos plus sincères condoléances aux familles des victimes. Les attaques signalées à Beni dans la nuit du 5 au 6 mai soulignent l'urgence de cette menace. Les États-Unis restent déterminés à œuvrer avec la RDC et ses voisins pour promouvoir la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs. Nous sommes solidaires des communautés chrétiennes victimes de violence et de persécution ", a réagi sur X jeudi 7 mai Massad Boulos, Conseiller principal pour l’Afrique au Département d’État américain.
La RDC reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans. La violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise depuis mai 2021.
Cette problématique était au cœur de la rentrée parlementaire de mars 2026 à Kinshasa. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, a demandé au gouvernement d’accorder plus d’attention au phénomène ADF et d’en faire un sujet de démarches internationales, comme c’est le cas pour la crise liée à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui occupe de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. M. Boji suggère même que la question des ADF soit portée auprès des États-Unis, garants des accords de Washington.
D’après un nouveau rapport d’Amnesty International, organisation non gouvernementale internationale de défense des droits humains intitulé « Je n’avais jamais vu autant de corps » : les crimes de guerre commis par les Forces démocratiques alliées dans l’est de la République démocratique du Congo, ce document met en évidence les attaques violentes des ADF contre des civils, les enlèvements, le travail forcé, le recrutement et l’utilisation d’enfants, ainsi que d’autres abus visant particulièrement les femmes et les filles, notamment les mariages forcés, les grossesses forcées et diverses formes de violences sexuelles.
Selon ce rapport, les actes commis par les ADF, groupe lié à l’État islamique, constituent de graves violations du droit international humanitaire, dont plusieurs s’apparentent à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité. Ces attaques se produisent sur de vastes zones de l’est de la RDC, où le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, est également impliqué dans des offensives de grande ampleur contre des civils. Alors que l’attention nationale et internationale était concentrée sur les avancées du M23 au début de l’année 2025, les ADF ont profité de ce détournement de l’attention et des forces militaires pour intensifier leurs exactions.
Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) combattent les ADF depuis plusieurs années, avec le soutien de la mission des Nations unies, la MONUSCO. Les FARDC et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) ont lancé une opération militaire conjointe contre les ADF en novembre 2021. Toutefois, les résultats sur le terrain restent limités, en raison de la persistance, voire de la recrudescence, des violences dans la région.
Selon les données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), en 2025, les membres des ADF ont été responsables de 465 atteintes ayant fait 1 749 victimes, dont 344 femmes et 129 enfants, dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo. Les exécutions sommaires représentent 46,45 % des cas (216), suivies des atteintes à l’intégrité physique (24 %, soit 111 cas) et des atteintes au droit à la propriété (15 %, soit 71 cas).
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Clément MUAMBA