Processus de Doha :" Comprenez cette difficulté à conclure les choses, parce que cela fait 30 ans… Je suis convaincu que nous aurons un aboutissement heureux" (Félix Tshisekedi)

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Felix Tshisekedi devant la presse à Kinshasa

Les processus de Doha, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, ainsi que le processus de Washington, consacré à la crise entre Kinshasa et Kigali, ont été abordés lors d’un échange entre Félix Tshisekedi et la presse, mercredi 6 mai 2026, au chapiteau de la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo.

Ce face-à-face avec les chevaliers de la plume et du micro, organisé en marge de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, a permis au chef de l’État congolais de faire le point sur l’évolution de ces processus engagés pour mettre fin à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Contrairement à certaines perceptions, Félix Tshisekedi estime que les négociations enregistrent déjà plusieurs avancées importantes.

"C’est toujours le processus de Doha. Attention, il ne s’agit pas d’un nouveau processus. Simplement, les délégations n’ont pas été amenées à Doha en raison du contexte régional que vous connaissez, notamment les tensions avec l’Iran et la crise actuelle. Par mesure de prudence, les autorités qataries ont souhaité que la Suisse accueille temporairement les discussions. Mais cela ne signifie pas qu’un autre processus ait commencé.Et lorsque vous dites que les choses n’avancent pas, je pense au contraire qu’elles avancent. Nous avons trouvé un accord sur le cessez-le-feu, même s’il n’est pas respecté par la partie adverse. Nous avons également trouvé un accord sur l’échange de prisonniers ainsi que sur l’ouverture des couloirs humanitaires. Si mes souvenirs sont bons, il reste encore cinq autres points, beaucoup moins importants, qui devraient nous conduire progressivement à l’issue des discussions", a déclaré le Président Félix Tshisekedi lors de son intervention.

Le Président a indiqué que plusieurs autres points restent encore à discuter avant la conclusion définitive des pourparlers. Il a estimé normales les difficultés rencontrées dans les négociations en cours, qu’il juge inhérentes à tout processus de paix, particulièrement dans le contexte de la crise sécuritaire que connaît la RDC depuis près de 30 ans. Au cours de son intervention, Félix Tshisekedi a de nouveau accusé le Rwanda de tirer profit des ressources naturelles de la RDC depuis plusieurs décennies.

"Ce que je veux vous dire ici, c’est que ne vous en faite pas, c'est normal, comprenez cette difficulté à conclure les choses parce que comme je vous le dis ça fait 30 ans que le Rwanda vit sur l'économie de la République Démocratique du Congo en pillant nos ressources, son économie, qu’il s’est affairé à raconter partout qu'il est le fruit de sa bonne gouvernance n’est en réalité qu’un leurre. Son économie reposait sur le pillage de nos ressources. Voilà pourquoi il lui est difficile aujourd’hui d’arrêter cette manœuvre", a fait remarquer le Chef de l'État Félix Tshisekedi.

En dépit de cette situation, Félix Tshisekedi a exprimé son optimisme quant à l’aboutissement d’un accord dans le cadre du processus du processus de Doha. Au sujet du pillage des ressources naturelles de la RDC par le Rwanda, Félix Tshisekedi a affirmé que la République démocratique du Congo multiplie les efforts pour fermer les différents circuits de pillage, longtemps orchestrés avec des complicités internationales.

"D’autant plus que ce pillage s’est longtemps fait avec des complicités internationales, puisque les ressources pillées en RDC étaient écoulées sur certains marchés mais aujourd’hui, alors que toutes ces portes commencent à se refermer, cela explique l’agitation que vous observez. Le Rwanda sent l’étau se resserrer progressivement autour de lui. Pour ma part, je suis convaincu que nous aurons un aboutissement heureux. Quand? Je ne sais pas parce que les négociations évoluent souvent par phases : parfois elles avancent, parfois elles se bloquent à cause d’incidents sur le terrain ou d’autres paramètres qui rentrent en compte", a fait savoir le Président Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, Félix Tshisekedi a indiqué qu’en signant l’accord de Washington avec le Rwanda, sous les auspices de l’administration Trump, il avait été rappelé aux parties la nécessité d’honorer leurs engagements et de ne pas souiller l’honneur des États-Unis d’Amérique. Le chef de l’État a insisté sur le caractère libre et volontaire de cet engagement, soulignant que le respect des accords conclus demeure essentiel pour la crédibilité des processus de paix en cours.

"Une chose est certaine : cela nous a été clairement dit aux États-Unis après la signature des accords. En apposant nos signatures, nous avons engagé l’honneur et l’image des États-Unis. Et les États-Unis n’accepteront pas que cet honneur et cette image soient entachés, souillées. Nous étions libres de refuser de signer cet accord ou de ne pas nous engager. Mais si nous décidons de ne pas respecter nos engagements, nous ne serons pas libres d’échapper à la colère ou à la déception des États-Unis Je crois que cela est très clair", a fait savoir Félix Tshisekedi

Et d'ajouter :

"Et je pense aussi qu’il est tout à fait normal que les États-Unis, que nous avons sollicités pour cet accord de paix, considèrent que si nous avons accepté de venir à Washington pour signer cet accord, nous devons maintenant le respecter. Personne n’a été contraint de signer. Nous sommes venus librement et nous nous sommes engagés librement. Il faut donc respecter cet engagement".

À en croire le Président Félix Tshisekedi, c’est ce qui explique les sanctions observées depuis un certain temps. Il a apporté son soutien à ces sanctions et estime que celles-ci auraient dû être mises en œuvre dès le début de l’agression rwandaise.

"Je les encourage, parce que nous les réclamons depuis 2022, depuis le début de cette guerre et de cette agression. Nous demandions ces sanctions et aujourd’hui elles commencent à être appliquées. Tant mieux, pourvu que cela continue, parce que notre objectif reste le rétablissement de la paix, de la stabilité et surtout de l’intégrité de notre territoire", a souligné Félix Tshisekedi. 

Alors que le round de négociations tenu à Montreux, en Suisse, du 13 au 17 avril 2026, entre des représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), en présence de représentants des États-Unis d’Amérique, de l’État du Qatar et de la République du Togo (en tant que médiateur de l’Union africaine), était perçu comme une opportunité de relancer le processus de Doha, en suspens depuis la signature de l’Accord-cadre en novembre 2025 et des termes de référence du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu en février 2026, la réalité sur le terrain demeure inchangée, sans résultats concrets dans la mise en œuvre des engagements convenus en Suisse.

Ce constat intervient après l’expiration du délai de dix jours convenu par les parties pour procéder à la libération des prisonniers, mesure destinée à renforcer la confiance. Passé ce délai, aucun prisonnier n’a été libéré, en dépit de la bonne volonté affichée par les différents protagonistes, notamment la rébellion de l’AFC/M23 et Kinshasa. Cette impasse diplomatique continue d’avoir un impact négatif sur la situation sécuritaire, marquée par la poursuite des combats dans l’est de la République démocratique du Congo.

Parallèlement, depuis la signature du communiqué conjoint de Montreux, comme lors des précédents rounds de discussions tenus à Doha, la situation reste caractérisée par des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et de non-respect des engagements. Il en est de même pour le processus de Washington, où des réunions se tiennent régulièrement sans avancées concrètes sur le terrain, Kinshasa comme Kigali interprétant les dispositions de l’accord selon leurs propres lectures, ce qui rend difficile sa mise en œuvre effective.

Clément MUAMBA