L’Association des jeunes écrivains congolais (AJECO), en collaboration avec le club de littérature citoyenne Le Pouvoir des mots, a organisé, samedi 11 avril, à la bibliothèque Karibuni, un atelier d’écriture consacré à la chanson congolaise, autour du thème : « La littérature de la rumba ».
Ce moment a mêlé créativité, partage et éveil de la sensibilité poétique congolaise. L’activité a débuté dans une atmosphère rythmée, rendant hommage aux œuvres de grandes figures de la musique congolaise telles que Franco Luambo, Mbilia Bel ou encore Fally Ipupa.
Pour favoriser une immersion totale dans le thème de la journée, la quasi-totalité des échanges s’est déroulée en lingala, l’une des langues nationales de la RDC.
« Il est indispensable que nous échangions, écrivions et lisions ensemble en langue nationale, car certains mots ou certaines réalités sont difficiles à transmettre aisément en français », a déclaré Florian Luzayadio, artiste et membre de l’AJECO.
Et d’ajouter :
« Voilà pourquoi l’AJECO a jugé bon de se réunir régulièrement pour discuter de tout ce qui concerne la littérature congolaise ».
Premier intervenant et co-initiateur de l’activité, Bayuwa Di-Mvuezolo, écrivain-chercheur, a introduit son exposé par une écoute publique suivie d’une analyse approfondie de la chanson Aspirine de Koffi Olomidé.
Il a souligné que la poésie s’exprime très souvent à travers les chansons que nous avons l’habitude d’écouter, de chanter et de danser, sans toujours prendre le temps d’en comprendre le sens profond. Dans ce cas précis, il s’agit de la rumba.
Appelée également « danse de la hache », la rumba tirerait ses origines de certaines traditions de la RDC et représenterait une manière de célébrer la vie. L’intervenant a également évoqué une dimension « scientifique » de la rumba, assimilée à un mouvement de translation, comparable à celui de la Terre autour du Soleil.
Animée par Dieu Nduki Sensei, écrivain, la deuxième partie de l’atelier a porté sur la place de la rumba dans la littérature congolaise. Selon lui, la littérature africaine se distingue de la littérature occidentale par son ancrage dans l’oralité. Les ancêtres africains, particulièrement en RDC, considéraient que l’intelligence reposait sur la capacité à mémoriser et transmettre des paroles importantes sans recourir à l’écriture.
« La littérature congolaise bantoue repose davantage sur l’oralité », a-t-il affirmé, ajoutant que la rumba constitue l’une des premières formes de poésie congolaise.
La question de l’écriture d’une chanson de rumba a été abordée par l’écrivain Joyeux Ngoma. Il a expliqué que la majorité des chansons de rumba congolaise sont écrites en lingala, une langue qu’il qualifie de « naturellement poétique et rythmique ».
« Les figures de style, véritables habits des mots, occupent une place essentielle dans l’écriture de la rumba », a-t-il souligné.
Pour lui, la rumba est avant tout une forme de dialogue entre l’auteur et son destinataire, souvent dans une dimension introspective. Il insiste sur la nécessité pour l’auteur de s’immerger pleinement dans la situation décrite afin de mieux la retranscrire.
Par ailleurs, il a précisé que l’écriture d’une chanson ne nécessite pas forcément un rythme dès le départ. L’essentiel réside dans le texte et le message à transmettre. La mélodie vient ensuite naturellement, car commencer par le rythme pourrait influencer les paroles et compromettre l’authenticité de l’œuvre.
Kalukula Keren, Stagiaire UCC