La première édition du Salon des Bruits des Villes Africaines a été officiellement lancée jeudi 28 mai à l’Espace Prévert de Savigny-le-Temple, en France. Pour cette édition inaugurale, l’événement met à l’honneur la commune de N’djili, située à Kinshasa, autour du thème « Écouter N’djili ». Cette journée d’ouverture a rassemblé des élus, des responsables associatifs, des artistes, des habitants ainsi que des membres de la diaspora africaine, venus échanger sur les rapports entre la création artistique, la mémoire des territoires urbains et les dynamiques de coopération internationale.
L’événement s’inscrit dans le cadre du jumelage entre Savigny-le-Temple et N’djili, un partenariat qui sert de fil conducteur à cette programmation mêlant installation sonore, arts visuels, cinéma et échanges citoyens.
Dès leur arrivée, les visiteurs ont été plongés dans une expérience sensorielle grâce à une ambiance sonore composée d’enregistrements réalisés dans la commune de N’djili. Dans la Halle de l’Espace Prévert, ils ont également découvert les créations de plusieurs artistes, notamment Houda Ajili, Brunel Mangani, Starlette Matata, Raha Maleki et Roger Beley, réunis sous la direction artistique de Méga Mingiedi.
La cérémonie d’ouverture s’est poursuivie par une série de prises de parole institutionnelles et artistiques, visant à rappeler les objectifs du projet et sa portée symbolique.
Première à prendre la parole, Évelyne Lebault, présidente du comité de jumelage Savigny-sans-Frontières, a souligné l’importance des relations tissées depuis plusieurs années entre les deux collectifs.
Elle a notamment insisté sur le rôle des échanges associatifs, culturels et citoyens dans la vitalité des jumelages, rappelant que ces partenariats ne prennent tout leur sens qu’à travers des initiatives concrètes impliquant directement les habitants.
Son intervention a permis de replacer le Salon des Bruits des Villes Africaines dans une dynamique plus large de coopération décentralisée et d’ouverture internationale.
« Faire entendre autrement les villes africaines »
L’initiateur du projet, Niamba Malafi, coordinateur artistique du Salon, a ensuite présenté la philosophie d’"Écouter N’djili".
Dans son mot, il a retracé le cheminement du projet depuis Kinshasa jusqu’à Savigny-le-Temple. Selon lui, l’ambition du Salon est de proposer un autre regard sur les villes africaines en s’intéressant à leurs sons, à leurs mémoires et aux récits qui façonnent leur quotidien.
« Les villes africaines sont souvent racontées à travers leurs difficultés. Nous avons voulu les raconter autrement, à travers leurs voix, leurs ambiances, leurs rythmes et les expériences humaines qui les traversent », a-t-il expliqué.
Le coordinateur a également mis en avant la dimension sociale de l’initiative, notamment à travers la mobilisation en faveur de la future médiathèque MutuBuku Émilie Flore Faignond, projet culturel en cours de développement à N’djili.
Cette médiathèque vise à favoriser l’accès aux livres, à la lecture et aux ressources culturelles pour les habitants de la commune kinoise.
La municipalité salue une initiative porteuse de lien social
Dans son allocution, Marie-Line Pichery, maire de Savigny-le-Temple, a salué la mobilisation des différents partenaires ayant contribué à l’organisation de cette première édition. Elle a rappelé le rôle central de la culture dans le renforcement du vivre-ensemble et dans la construction du dialogue entre les populations.
Elle a également mis en avant la diversité culturelle qui caractérise Savigny-le-Temple et l’intérêt d’initiatives permettant de valoriser cette pluralité à travers des échanges avec d’autres territoires.
La maire a enfin souligné la portée symbolique du projet dans le cadre du jumelage avec N’djili, estimant que les coopérations culturelles constituent un levier important pour rapprocher les habitants et encourager la compréhension mutuelle.
Une immersion sonore au cœur de N’djili
Point central de cette première journée, l’installation sonore immersive « Écouter N’djili » a été dévoilée au public dans l’espace Micro-Folie de l’Espace Prévert.
Conçue à partir d’enregistrements réalisés dans les espaces publics de la commune de N’djili à Kinshasa, l’œuvre propose un voyage sensoriel au cœur des réalités sonores de N’djili.
Marchés, transports, conversations de rue, activités quotidiennes ou encore ambiances urbaines composent une mosaïque sonore destinée à faire découvrir la ville autrement.
Associant dispositifs audio, projections visuelles et scénographie immersive, l’installation invite également à une réflexion plus large sur les transformations des espaces urbains africains contemporains et sur les manières de raconter les villes à travers des approches artistiques.
De nombreux visiteurs ont salué l’originalité de la proposition ainsi que sa capacité à susciter une expérience à la fois esthétique et émotionnelle.
Selon les organisateurs, plusieurs participants ont évoqué une découverte inattendue de N’djili, à travers des éléments du quotidien rarement mis en avant dans les représentations habituelles des villes africaines.
À l’issue de sa visite, Marie-Line Pichery a exprimé son intérêt pour cette démarche artistique et a proposé d’envisager à l’avenir une création similaire consacrée aux sons et aux mémoires de Savigny-le-Temple.
Une réflexion autour de la rumba congolaise et de sa transmission
La programmation s’est achevée avec la projection d’un documentaire de la réalisatrice Yamina Benguigui consacré à la rumba congolaise et à ses figures féminines.
La séance a été suivie d’un échange avec le public portant sur plusieurs thématiques : la préservation de la mémoire culturelle africaine, la place de la rumba dans l’histoire du Congo, le rôle des femmes dans les récits patrimoniaux ainsi que les liens entre musique, identité et résistance culturelle.
Les discussions ont donné lieu à une participation active des spectateurs et à plusieurs témoignages sur l’importance de la transmission des patrimoines musicaux entre générations.
Inscrite depuis 2021 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, la rumba congolaise demeure un marqueur majeur de l’identité culturelle congolaise et continue de nourrir de nombreux travaux artistiques et académiques.
James Mutuba