La préparation mondiale aux épidémies est "structurellement fragile" tant que les vaccins et traitements ne sont développés que pour les pathogènes des crises passées, avertit une tribune publiée vendredi dans le British Medical Journal (BMJ) à propos de l'épidémie d'Ebola Bundibugyo qui frappe la RDC et l'Ouganda depuis mai 2026.
Signée par Daniela Manno (London School of Hygiene and Tropical Medicine) et Bikioli-Bolombo Freddy (Université de Kinshasa), la tribune note que le virus Bundibugyo a été identifié pour la première fois en 2007 en Ouganda, il y a près de vingt ans, et qu'il n'existe à ce jour ni vaccin approuvé ni thérapeutique validée spécifiquement contre cette souche.
Les auteurs attribuent cette lacune à la logique d'investissement qui gouverne le développement pharmaceutique : les industriels, les gouvernements et les bailleurs de fonds priorisent les pathogènes responsables d'épidémies fréquentes ou menaçant des pays à fort pouvoir d'achat. Bundibugyo, qui n'avait causé que deux épidémies limitées avant 2026, n'a jamais réuni ces conditions.
La tribune pointe également une conséquence concrète de cette logique dans le cas présent : les premiers tests diagnostiques utilisés ciblaient la souche Zaïre, responsable des épidémies précédentes. Ils sont revenus négatifs. Ce sont des tests plus larges, dits pan-filovirus, qui ont permis d'identifier Bundibugyo. Si ces outils n'avaient pas été disponibles, le retard de détection, déjà estimé à plusieurs semaines, aurait pu être encore plus important.
Les auteurs rappellent que les épidémies d'Ebola peuvent être maîtrisées sans vaccin, grâce à l'isolement des malades, au traçage des contacts, aux enterrements sécurisés et à l'engagement des communautés. Mais ils insistent sur un point : ces capacités reposent sur des personnels formés et des systèmes de santé maintenus entre les crises, deux conditions que les coupes dans le financement international de la santé mondiale ces dernières années ont sérieusement fragilisées.
L'épidémie d'Ebola Bundibugyo en cours a dépassé les 900 cas suspects et les 220 morts au 25 mai 2026, selon l'IRC, essentiellement dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu, en RDC, avec sept cas confirmés en Ouganda. L'OMS a déclaré l'état d'urgence de santé publique de portée internationale le 18 mai 2026.