La RDC appelle l’ONU à une action "cohérente et déterminée" après le rapport de HRW sur le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira 

La ville d'Uvira
La ville d'Uvira

La République démocratique du Congo, par le biais de son ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent auprès des Nations Unies, a dressé mercredi 8 avril 2026  devant le Conseil de sécurité de l’ONU un tableau sombre de la situation humanitaire et sécuritaire dans l’Est du pays, marqué par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda.

Lors de cette session consacrée à la réflexion sur le renforcement de la sûreté et de la sécurité du personnel humanitaire, du personnel des Nations unies et du personnel associé, ainsi que de leurs locaux et de leurs opérations, le diplomate congolais a évoqué le dernier rapport de Human Rights Watch relatif à l’occupation de la ville d’Uvira par cette rébellion. Il a également sollicité une action internationale cohérente de la part de l’ONU face à ce drame.

"Le rapport de Human Rights Watch, publié le 1er avril 2026, sur l’occupation de la ville d’Uvira par le M23, confirme la participation active des forces rwandaises à la prise de la ville et documente des abus graves commis durant les premiers jours : exécutions sommaires, enlèvements, restrictions des mouvements et de l’expression, exécutions ciblées d’hommes et de garçons accusés sans preuve d’appartenir à des groupes d’autodéfense, viols de femmes et de filles, notamment lorsqu’elles se rendaient seules dans leurs champs. Trois charniers ont déjà été identifiés et de nombreuses personnes enlevées restent portées disparues. Ces faits rappellent l’urgence d’une action internationale cohérente et déterminée", a plaidé le représentant de la RDC auprès du Conseil de sécurité de l'ONU.

L’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a salué la tenue de cette réunion au regard des tendances et du nombre sans cesse croissant d’incidents signalés dans de nombreuses zones de conflit.

"En tant que pays directement affecté par des conflits récurrents, la République démocratique du Congo accorde une attention particulière à la protection des populations civiles d'une manière générale. Le constat est sans appel : celles-ci continuent de payer un lourd tribut des conflits, en tant que victimes de violences récurrentes et de déplacements forcés, notamment de violences sexuelles et de graves violations du droit international humanitaire. Dans un contexte géopolitique marqué par la fragmentation et la multiplication des crises, il y a lieu de s’interroger sur la manière dont une coopération fondée sur le droit international peut renforcer l’unité, la stabilité et la protection effective des civils dans les zones de conflit", a-t-il indiqué.

Des fosses communes ont été découvertes dans la ville d’Uvira, chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, avec au moins 210 corps. Ces chiffres ont été révélés  jeudi 2 avril 2026 par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi.

Selon le gouverneur, cette découverte macabre a été faite seulement trois jours après le retour de l’administration provinciale dans la ville, après le retrait de la rébellion de l’ADF/M23, appuyée par le Rwanda.

Selon lui, ces informations viennent d’être confirmées par Human Rights Watch (HRW). Des chercheurs de l’ONG affirment avoir documenté de graves abus commis par le groupe armé M23 et des forces militaires rwandaises lors de la prise de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, en décembre 2025.

Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale, et Clémentine de Montjoye, chercheuse sur la région des Grands Lacs, se sont rendus à Uvira en mars 2026, après le retrait du M23 en janvier. Dans le rapport rendu public le jeudi 2 avril 2026, ils indiquent avoir interrogé de nombreux habitants victimes d’exactions pendant l’occupation de la ville, qui a duré un peu plus d’un mois.

Selon leurs témoignages, les combattants du M23, appuyés par des forces rwandaises, sont entrés dans la ville le 10 décembre 2025 et ont mené des opérations de fouilles systématiques, accusant des hommes et des garçons d’appartenir aux milices pro gouvernementales dites « Wazalendo ». Des dizaines de civils auraient été exécutés ou enlevés, et plusieurs restent portés disparus

Face à ce tableau macabre, le chef de l’exécutif provincial du Sud-Kivu attire l’attention de la communauté internationale et l’invite à accorder une attention particulière à la situation en RDC, comme elle a pu le faire pour d’autres crises dans la région des Grands Lacs. Selon lui, les événements qui se déroulent dans l’Est de la République démocratique du Congo s’apparentent à un génocide, dont la reconnaissance tarde à se faire.

Clément MUAMBA