En République démocratique du Congo, le secteur des jeux d’argent et de hasard est en passe de franchir un nouveau cap. Alors que cette industrie connaît une croissance rapide et une multiplication des opérateurs, son expansion a attiré l’attention du gouvernement à travers le ministère des Finances qui a engagé un processus de réforme et de modernisation. L’objectif est de faire de ce secteur un véritable levier de mobilisation des recettes publiques, tout en renforçant la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement des activités illicites.
C’est dans ce contexte que le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent, Dieudonné Ntumba a présidé vendredi 29 mai 2026, une réunion avec les opérateurs du secteur au Centre financier de Kinshasa. Organisée conformément aux résolutions et recommandations du Conseil des ministres, cette rencontre marque le lancement d’une série d’activités destinées à moderniser et à mieux structurer ce secteur en pleine expansion.
Dans son allocution de circonstance, Dieudonné Ntumba a souligné l’importance d’une collaboration étroite entre l’État et les opérateurs afin de garantir une concurrence saine, d’assurer une meilleure régulation du marché et de prévenir la criminalité financière.
"Le rôle de l'État n'est pas d'empêcher les activités économiques, mais de les encadrer. Cette réunion s'inscrit dans la vision du gouvernement dirigé par la première ministre Judith Suminwa Tuluka de moderniser et d'assainir le secteur des jeux d'argent, tout en protégeant les personnes vulnérables et en luttant contre l'offre illégale", a déclaré le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent, Dieudonné Ntumba.
Poursuivant son intervention, Dieudonné Ntumba a rappelé que la République démocratique du Congo figure actuellement sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une situation qui limite les investissements étrangers et affecte le secteur bancaire national.
Le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent a insisté sur l’urgence de réformer ce secteur afin de renforcer la crédibilité du pays sur la scène internationale. Selon lui, cet objectif passe par une régulation rigoureuse et un contrôle accru des flux financiers, dans le but de lutter efficacement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Il a, à cet effet, salué les efforts engagés par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, pour mettre en œuvre les réformes nécessaires et aligner le secteur des jeux d’argent sur les standards internationaux en matière de transparence et de gouvernance financière.
"L'une des initiatives clés présentées lors de la réunion est la mise en place d'une plateforme de régulation centralisée. Cette plateforme permettra de surveiller en temps réel les transactions et les flux financiers des opérateurs de jeux, assurant ainsi une mobilisation optimale des recettes publiques. Les opérateurs sont invités à collaborer étroitement avec la cellule de surveillance pour intégrer leurs systèmes à cette nouvelle infrastructure", rapporte la Cellule de surveillance des jeux d’argent.
Dans le même registre, Dieudonné Ntumba a rappelé que le projet de loi relatif aux jeux d’argent et de hasard en République démocratique du Congo est actuellement en cours d’examen au Parlement. En date du 4 décembre 2025, l’Assemblée nationale avait déclaré recevable ce projet de loi destiné à doter le pays d’un cadre juridique moderne en matière de régulation des jeux d’argent et de hasard. Déposé le 23 juin de la même année par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, le texte avait été présenté en séance plénière par la vice-ministre des Finances, Grâce Yamba Kazadi, avant d’être transmis à la Commission économique et financière (ÉCOFIN) pour un examen approfondi en vue de son adoption.
Selon le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent, cette réforme législative constitue une étape déterminante dans le processus d’assainissement et de modernisation du secteur, appelé à fonctionner désormais selon des normes conformes aux standards internationaux.
"Cette législation, attendue de longue date, remplacera les lois datant de l'époque coloniale et fournira un cadre juridique moderne pour encadrer le secteur. En attendant, la cellule de surveillance continue de jouer un rôle central dans la mise en œuvre de mécanismes de régulation", a-t-il soutenu dans son intervention.
La réunion s'est conclue sur une note positive, les opérateurs ayant exprimé leur soutien aux initiatives de régulation. Le coordonateur de cette cellule a réaffirmé l'engagement du ministère des Finances à maintenir un dialogue permanent avec les opérateurs pour garantir une mise en œuvre harmonieuse et conforme de la réforme. En travaillant ensemble, le secteur des jeux d'argent en RDC peut espérer un avenir plus stable et prospère, aligné sur les standards internationaux.
Au nom du Ministre des Finances, Didier Bobwa Wese, chargé du système d'information et du monitoring des opérations des jeux a détaillé la nécessité de cette régulation pour pallier les risques sociaux et économiques associés aux jeux d'argent. Il a encouragé les opérateurs à participer activement à cette transformation, qui promet de rendre le secteur plus transparent et compétitif. Avec le soutien du ministère des Finances, dit-il, cette régulation devrait non seulement protéger les parties prenantes, mais aussi améliorer la réputation internationale de la RDC dans la gestion des flux financiers.
De son côté, le responsable commercial et marketing de PixLab RDC, a exprimé sa satisfaction quant à l'initiative. Il a souligné l'importance d'un cadre régulé pour permettre aux opérateurs de mieux exercer leurs activités. Selon cette cellule, les prochaines étapes incluront des sessions techniques pour finaliser l'intégration des opérateurs à la plateforme de régulation. Une collaboration continue est essentielle pour renforcer la crédibilité et la compétitivité du secteur, tout en assurant la protection des joueurs et des opérateurs.
Le processus de réforme de ce secteur a été enclenché depuis le gouvernement Sama Lukonde et à l'époque de Nicolas Kazadi comme ministre des Finances. Le secteur des jeux d'argent en République Démocratique du Congo génère plus d’un milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel, pour seulement un million versé à l'État, avait révélé l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi dans une interview accordée à quatre médias congolais. Cette disproportion est due, selon lui, à une prolifération d'opérateurs illégaux et à un manque de contrôle rigoureux.
En mars 2023, Nicolas Kazadi, ancien argentier national, avait signalé l'existence de 139 opérateurs illégaux ou irréguliers dans le secteur des jeux en RDC, déplorant l'absence de statistiques fiables sur leurs revenus. En 2022, les recettes fiscales issues de ce secteur n'ont atteint qu'un milliard de francs congolais (environ un million de dollars), un montant que Nicolas Kazadi jugeait "insuffisant" par rapport au potentiel économique.
Selon l'ancien ministre des Finances, la taille du marché actuel et des acteurs en présence donne des estimations supérieures à 100 millions USD au titre de la Taxe Unique sur les mises des parieurs une année après la mise en place d’une Autorité de Régulation dotée du Central Monitoring System (CMS).
Clément MUAMBA