Au cours du mois de janvier 2026, la situation humanitaire et celle des droits humains a continué à se dégrader en raison des attaques continues menées par divers groupes armés, notamment l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), les Forces démocratiques alliées (ADF) et la Coopérative de développement du Congo (CODECO), les wazalendo, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), la Convention pour la révolution populaire (CRP). Ces attaques, dirigées contre les civils, ont été accompagnées d’affrontements entre ces groupes armés et les forces de défense et de sécurité, d’après un rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) rendu public ce lundi 6 avril.
"Le BCNUDH a documenté 439 violations et atteintes aux droits humains dans tout le pays, soit une diminution de 27 pour cent comparé au mois de décembre (607 violations et atteintes). Au moins 97 pour cent de ces violations et atteintes ont été documentées dans les provinces affectées par le conflit armé avec 411 d’entre elles commises dans les provinces du Nord-Kivu (242), du Sud-Kivu (122) et de l’Ituri (42)", dit le rapport qui ajoute:
"La majorité de ces violations et atteintes, soit 70 pourcent, sont imputables à des groupes armés, notamment l’AFC/M23 responsable de 140 atteintes aux droits humains, les Wazalendo (56), les ADF (27), divers groupes Maï-Maï (15) et les FDLR (10). Les agents de l’Etat ont été responsables de 135 violations des droits humains, soit 30 pour cent, en particulier les membres des Forces armées de la République démocratique du Congo-FARDC (90 violations) et de la Police nationale congolaise (31 violations)".
Sur le plan de la protection individuelle, le BCNUDH dit avoir documenté 10 cas de protection individuelle, dont deux résultant des menaces proférées par des FARDC ; cinq imputables à des autorités judiciaires (deux), administratives (un) et de services de renseignements (deux) ; trois par des éléments de groupes armés (un pour M23/RDF) et deux autres par les Wazalendo. Ces cas ont été enregistrés dans six provinces : Ituri (deux cas) ; Equateur (un cas) Haut-Uélé (un cas) ; Tshopo (deux cas) ; Nord Kivu (un cas) et Sud Kivu (trois cas). A l’issue de l’examen de ces cas par le BCNUDH, 10 bénéficiaires (tous des hommes, neuf défenseurs des droits de l’homme et un journaliste), ont bénéficié des conseils en autoprotection pour améliorer leur sécurité.
Au cours du mois de janvier, sept poursuites judiciaires ont été engagées par les juridictions militaires à l’encontre de deux militaires des FARDC, quatre éléments de la PNC et un civil pour des infractions relatives à des violations et atteintes aux droits humains. A l’issue des procès, un militaire des FARDC et deux agents de la PNC ont été condamnés, tandis que deux agents de la PNC, un militaire des FARDC et un civil ont été acquittés.
Les atteintes et violations des droits de l’homme dans l'Est de la République démocratique du Congo interviennent dans un contexte prolongé d’intensification des violences et des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa, aux forces gouvernementales sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation aggrave davantage le contexte sécuritaire et humanitaire, alors même que la communauté internationale fait face à une pénurie de financements de l’aide humanitaire, mettant en danger la vie des populations civiles.
Face à cette situation, des appels se multiplient en faveur d’un cessez-le-feu entre les parties afin de donner une chance aux processus politiques, notamment au dialogue, en vue de régler la crise sécuritaire en cours. Toutefois, la situation ne change guère sur le terrain, où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine des violations du cessez-le-feu. La situation semble même s’aggraver ces derniers mois avec l’usage de drones. La rébellion de l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’utiliser ces engins contre des populations civiles dans des zones densément peuplées, des allégations que le gouvernement congolais rejette.
Sur le plan diplomatique, le statu quo persiste également. Le processus de Washington prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, tandis que celui de Doha se concentre sur la crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées enregistrées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, ce qui alimente la méfiance entre les parties et favorise la reprise des hostilités sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA