Le groupe armé M23 a utilisé des conteneurs sans lumière ni aération pour détenir des civils et au moins deux journalistes dans l'est de la République démocratique du Congo, révèle une enquête de Reporters sans frontières (RSF) publiée lundi, basée sur des témoignages et des images exclusives.
Selon les informations recueillies par RSF, plusieurs de ces conteneurs se trouvent dans la cour du bâtiment de l'Assemblée provinciale de Goma, dans le quartier Himbi, dont le M23 s'est emparé après la prise de la ville en janvier 2025. Un second site a été identifié à proximité de la Radio-Télévision nationale congolaise, vers le Mont Goma.
Des conditions inhumaines
Les prisonniers sont entassés par dizaines dans ces boîtes métalliques, sans lumière ni fenêtre, selon les témoignages recueillis par RSF. « Jusqu'à 80 » personnes y seraient enfermées simultanément, selon l'un des journalistes concernés. Une seule sortie quotidienne est autorisée à l'aube pour les besoins des détenus, qui ne sont nourris qu'une ou deux fois par jour d'un mélange de haricots et de maïs. Plusieurs témoins font état de coups de fouet infligés par des soldats du M23, et de décès survenus à l'intérieur des conteneurs.
« Là-bas, on est entre la vie et la mort : pas de visites, aucun traitement digne de l'être humain, et des tortures quotidiennes », décrit un ancien prisonnier, dont l'identité a été anonymisée par RSF pour des raisons de sécurité.
Les survivants sont parfois transférés, après plusieurs semaines de détention, vers d'autres lieux, dont la prison centrale de Munzenze à Goma, rouverte en juillet 2025 sous le contrôle du M23.
Des preuves visuelles
RSF dit avoir authentifié des images circulant sur les réseaux sociaux, montrant la cour de l'Assemblée provinciale fin 2025, avec une trentaine de personnes en file indienne sous la menace d'un homme armé, et deux conteneurs rouge et jaune clairement visibles, ainsi qu'un troisième de couleur bleue.
L'analyse d'une image satellite du même site, prise en novembre 2025 par l'entreprise Planet Labs, a permis à RSF d'identifier plusieurs structures correspondant aux descriptions des témoins. La comparaison avec un cliché de 2023 montre que ces structures n'étaient pas présentes avant la prise de Goma par le M23.
Ces lieux correspondent à des sites de détention informels dans lesquels des actes de torture et des exécutions sommaires sont pratiqués, selon une enquête d'Amnesty International publiée en mai 2025.
Le M23 dément
Contacté par RSF, le porte-parole de la coalition AFC/M23, Lawrence Kanyuka, a qualifié ces révélations d'« informations totalement infondées », les attribuant à « une campagne de propagande orchestrée par Kinshasa visant à ternir l'image de notre organisation ». Selon lui, le mouvement ne procède à « aucune arrestation de journalistes » et ces derniers circulent librement « chaque jour dans les zones libérées ».
Une centaine de journalistes en fuite
RSF souligne que depuis la prise de contrôle de Goma, la situation des journalistes dans l'est de la RDC n'a cessé de se dégrader. En un an, une centaine de journalistes ont dû fuir la région pour échapper aux représailles. L'AFC/M23 exerce par ailleurs un contrôle accru de l'information, notamment à travers son département Communication, qui interdit notamment aux médias de parler d'occupation dans les zones sous son contrôle.
Deux journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions dans la région des Grands Lacs, d'autres ont été menacés et des médias ont été pillés et occupés, selon RSF, qui doit publier un rapport détaillé sur la situation des journalistes des Grands Lacs le 26 mars 2026.