Dans un contexte marqué par la persistance des conflits et la fragilité des institutions, la question de la paix durable en République démocratique du Congo (RDC) apparaît désormais indissociable de celle des droits des femmes.
Ce mardi 17 mars, en marge de la Journée internationale des femmes, célébrée cette année sous le thème "Droits. La justice. Action. Pour toutes les femmes et filles", la Monusco a organisé à Kinshasa un “Peace Circle” (Cercle de paix). Cette rencontre a réuni des femmes leaders, des jeunes ainsi que des représentants de la société civile autour d’un espace d’échange et de réflexion.
L’initiative visait à repenser les fondements de la paix durable. Au cœur des discussions, une conviction de plus en plus partagée dans les sphères diplomatiques et citoyennes : investir dans les femmes ne relève pas uniquement d’un impératif moral, mais constitue une véritable stratégie de stabilisation.
Les participants ont particulièrement insisté sur la nécessité de lever les obstacles à une justice équitable. Parmi les défis évoqués figurent les lois discriminatoires, la faiblesse des mécanismes de protection juridique ainsi que les normes sociales préjudiciables, qui continuent de freiner l’accès des femmes et des filles à leurs droits.
Le dialogue a ainsi articulé plusieurs approches, combinant débats politiques, récits d’expériences vécues et expressions artistiques, dans une volonté de croiser les regards et de proposer des pistes concrètes pour une paix plus inclusive et durable.
Une invitée d’«honneur » au cœur du dispositif
La rencontre a été marquée par la participation de Maryam Bukar Hassan, connue également sous le nom d’Alhanislam, première Défenseure mondiale de la paix des Nations Unies. Poétesse, conteuse, défenseure culturelle et activiste nigériane, elle mobilise l’art et le storytelling comme outils de dialogue, de guérison et de transformation sociale.
À travers ses performances de spoken word et ses engagements mondiaux, elle amplifie des voix souvent inaudibles et relie les conversations politiques à des expériences humaines vécues. Dans son rôle de Défenseure mondiale de la paix, elle œuvre à promouvoir des récits inclusifs, promouvoir l'agenda Femmes, Paix et Sécurité, et inspirer un nouvel investissement dans les efforts de consolidation de la paix à travers le monde.
Devant les participants, elle a insisté sur le potentiel des femmes congolaises dans les processus de reconstruction : « Elles sont prêtes à être des piliers de résilience », a-t-elle affirmé, appelant à reconnaître et renforcer leur rôle dans les dynamiques de paix.
Justice et paix : un lien structurel
Les discussions ont largement insisté sur l’accès des femmes à la justice, considéré comme un levier central de consolidation de la paix. Dans les contextes fragiles, comme celui de la RDC, les intervenants ont rappelé que l’absence de justice alimente l’instabilité.
Lois discriminatoires, protections juridiques insuffisantes, normes sociales contraignantes : autant d’obstacles identifiés par les participants comme des freins à l’égalité. « Lorsque les femmes ne peuvent pas accéder à la justice ni participer à la prise de décision, la paix reste incomplète », ont souligné plusieurs panélistes.
Ce constat s’inscrit dans l’agenda international “Femmes, Paix et Sécurité” (WPS), qui promeut une participation accrue des femmes dans les processus de paix. Les échanges ont ainsi tenté de répondre à une question centrale : comment démontrer aux décideurs que cet investissement est une condition de stabilité à long terme ?
L’art, vecteur de guérison et de mobilisation
Au-delà des approches institutionnelles, le “Cercle de paix” a mis en avant le rôle de l’art comme outil de transformation sociale. À travers des performances de poésie et de spoken word, animées par Do Nsoseme et Maryam Bukar Hassan, les participants ont exploré de nouvelles formes de narration capables de relier politiques publiques et expériences vécues.
Maryam Bukar Hassan a annoncé, dans ce cadre, l’intégration de femmes rencontrées à Bunia dans sa plateforme « True My Voice », un projet dédié à l’expression des jeunes artistes. L’initiative vise notamment à accompagner des femmes confrontées à des traumatismes, afin de favoriser leur reconstruction et leur engagement communautaire.
Cette approche a trouvé un écho particulier chez les intervenants congolais. Pour Jean-Marc Matwaki, chef de programme à Radio Okapi, « l’artiste est à la fois créatif et observateur ; il reflète les réalités sociales et contribue à l’éducation de la société ». Selon lui, les arts constituent « un moyen puissant pour promouvoir la paix, le dialogue et la cohésion sociale ».
Dans un contexte de conflit, l’artiste devient ainsi un acteur clé, capable de sensibiliser, dénoncer les injustices et transmettre des valeurs. Mais cette responsabilité implique un accès à une information fiable : « On ne peut transmettre que ce que l’on connaît », a-t-il rappelé.
Inscrit dans le programme onusien "Écoutez-nous : Agis maintenant pour un monde pacifique", le “Cercle de paix” s’appuie sur une vision élargie de la paix, définie non seulement comme l’absence de conflit, mais comme un état fondé sur la justice, la dignité et la sécurité.
James Mutuba