15 à 30 % de la production mondiale de coltan sous contrôle du M23 : à l’ONU, Paris dénonce cet accaparement des ressources visant à alimenter la violence et à perpétuer les souffrances des populations

Illustration. Des creuseurs artisanaux dans une carrière d'exploitation de coltan à Masisi
Illustration. Des creuseurs artisanaux dans une carrière d'exploitation de coltan à Masisi

L'ambassadeur Jay Dharmadhikari, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies et chargé d’affaires par intérim, a salué la tenue du débat général au Conseil de sécurité de l’ONU consacré aux enjeux liés à l’énergie et aux minéraux critiques dans le monde. S’exprimant jeudi 5 mars 2026, après la Grèce, le représentant permanent adjoint de la France a estimé qu’il était important que le Conseil de sécurité se saisisse de ces questions, dans la mesure où elles constituent des menaces pour la paix et la sécurité internationales.

Prenant l’exemple du continent africain, le diplomate français a démontré dans quelle mesure la compétition mondiale autour des ressources minérales peut devenir un facteur de conflit et d’instabilité, mais aussi une source de revenus permettant d’alimenter ces conflits. Pour appuyer son argumentaire, l’ambassadeur Jay Dharmadhikari a évoqué le cas de l’Est de la République démocratique du Congo, dont une bonne partie est contrôlée par la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, indiquant que la zone sous contrôle rebelle représenterait entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan.

"La compétition pour le contrôle de ces ressources est en effet un facteur de conflit et d’instabilité, ainsi qu’une source de revenus pour les alimenter. Nous le voyons en Afrique, où les immenses richesses du continent sont livrées à la prédation des groupes armés qui les exploitent pour financer leurs activités, on organise le pillage pour le compte de puissances extérieures au continent. Cet accaparement des ressources par les groupes armés alimente la violence, prolonge les conflits et perpétue les souffrances des populations civiles. C’est le cas, par exemple, dans l’Est de la République démocratique du Congo, où le M23 contrôle entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan et finance ainsi sa propre expansion", a déclaré l'ambassadeur Jay Dharmadhikari, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies.

Alertant les Nations Unies sur les dangers qui guettent le monde, le représentant français à l’ONU a estimé que les choses doivent changer, dénonçant un modèle de prédation qui entrave le développement économique et social des États, privés des richesses de leurs propres sols. S’appuyant également sur le cas de l’Ukraine, le diplomate français a accusé la Russie de tout mettre en œuvre pour perturber le secteur énergétique ukrainien.

"À plus long terme, ces spoliations entravent le développement économique et social des États, privés des richesses de leurs propres sols. L'énergie est aussi utilisée comme outil de coercition et comme arme dans les conflits. Dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine, qui est entrée dans sa cinquième année, la Russie recourt à des frappes indiscriminées contre le réseau et les infrastructures énergétiques, cherchant intentionnellement à provoquer une crise humanitaire en plein cœur de l’hiver", a dénoncé le diplomate français lors de son intervention devant les États membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

Cette session intervient dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo fait face à une agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En toile de fond de ces agressions répétitives, Kinshasa y voit depuis longtemps des guerres économiques, selon les autorités congolaises, dont l’objectif principal serait la prédation et l’exploitation illicite des matières premières en RDC, tout en apportant un soutien militaire à des groupes rebelles, comme c’est le cas actuellement avec la rébellion de l’AFC/M23.

Du côté de Kigali, ces accusations sont rejetées. Depuis plus de trente ans, le Rwanda évoque la menace représentée par les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), qu’il considère comme une menace à sa sécurité en raison de leur idéologie génocidaire. Quant à son soutien militaire à la rébellion de l’AFC/M23, le Rwanda l’a toujours nié, malgré plusieurs éléments de preuve, notamment des rapports d’experts de l’ONU et de diverses organisations internationales. Kigali estime que les tensions entre Kinshasa et l’AFC/M23 relèvent d’une crise interne, liée à une prétendue maltraitance de la communauté tutsie.

Ces différentes questions ont été abordées dans le cadre des processus de Washington, qui traite des tensions entre Kinshasa et Kigali, ainsi que celui de Doha, qui s’intéresse à la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. Malgré ces initiatives pilotées par les États-Unis d’Amérique et le Qatar appuyées par l'Union africaine, des résultats concrets peinent à se matérialiser, et les hostilités se poursuivent sur le terrain, mettant en danger les populations civiles et aggravant une situation humanitaire déjà précaire, dans un contexte de baisse croissante des financements internationaux pour l’aide humanitaire.

Clément MUAMBA