39ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l’UA: les efforts africains face à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC mis à rude épreuve 

Arrivée d'Evariste Ndayishimiye à Addis Abeba pour le Sommet de l'UA
Arrivée d'Evariste Ndayishimiye à Addis Abeba pour le Sommet de l'UA

Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie, déroule actuellement le tapis rouge à ses hôtes venus participer au traditionnel sommet annuel des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA), prévu du 14 au 15 février 2026. Ce 39ᵉ sommet, précédé de plusieurs autres activités, notamment la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l'Union africaine, est organisé sous le thème : « Assurer une disponibilité durable de l'eau et un assainissement sûr pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063 ».

Durant ces deux jours, les chefs d'État se concentreront sur la gestion de l'eau, l'insécurité alimentaire, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et la sécurité. L'un des temps forts de ce sommet sera la passation de la présidence tournante de l'Union africaine au président burundais Évariste Ndayishimiye, qui succédera à son homologue angolais João Lourenço. Les deux chefs d'État sont déjà sur place en Éthiopie. Outre cette passation de pouvoir, les crises continentales resteront également au centre de l’attention, en particulier la situation dans l’est de la République démocratique du Congo, en Libye, au Sahel et au Soudan, ainsi que les situations de catastrophes naturelles et d’urgences humanitaires.

Conformément aux résolutions de la 1321ᵉ réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, tenue le 29 décembre 2025, et selon le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération, de l'Intégration africaine et des Togolais de l'extérieur, dirigé par le professeur Robert Dussey, le Togo devrait faire le point à Addis-Abeba sur sa médiation menée au nom de l’UA dans le conflit des Grands Lacs opposant Kinshasa à Kigali. Ces dernières semaines, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, a multiplié les déplacements dans la région  notamment en RDC, au Rwanda, au Burundi et en Ouganda pour tenter de faire avancer le processus de paix.

Bien plutôt ce sommet et dans le cadre des efforts africains, la République d’Angola a proposé l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et le groupe armé M23 à partir de midi mercredi 18 février, a annoncé la présidence angolaise. Cette proposition fait suite à une rencontre tenue  à Luanda entre le président angolais João Lourenço, le président congolais Félix Tshisekedi, le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine, et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant des anciens chefs d’État désignés par l’UA comme facilitateurs du processus de paix en RDC.

Selon le communiqué de la Présidence angolaise, la date proposée reste conditionnée à une « déclaration publique d’acceptation » des parties concernées, à savoir Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23 soutenue par le Rwanda. L’Angola précise par ailleurs que l’annonce du début de la phase préparatoire du dialogue intercongolais, appelée à se dérouler à Luanda, interviendra en temps utile. 

Cette dynamique diplomatique a été précédée par une réunion de haut niveau tenue à Lomé, au Togo, le 17 janvier 2026, consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Initiée par Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’est de la RDC, cette rencontre a réaffirmé sa volonté de travailler en étroite coordination avec les États-Unis et le Qatar, afin d’encourager les différentes parties à honorer leurs engagements.

À l’issue de cette réunion de Lomé, l’Union africaine avait précisé l’architecture de sa médiation pour le processus de paix dans l’est de la RDC. Cette nouvelle architecture est placée sous l’autorité de Faure Essozimna Gnassingbé et appuyée par cinq cofacilitateurs, chacun chargé d’un volet spécifique, ainsi que par un secrétariat conjoint associant l’Union africaine et plusieurs organisations régionales.

La dynamique africaine qui ne veut plus être attentiste intervient dans un contexte où malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre une nouvelle fois après un longue période au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Clément MUAMBA