Édito de NKUY KIMBUNGU Wally Walter (chercheur en Sciences Politiques/UNIKIN)
L’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à l’efficacité diplomatique. Réunis à Luanda, les médiateurs africains ont confié au président angolais João Lourenço la mission de consulter l’ensemble des parties impliquées dans la crise congolaise. Sur le principe, le signal est fort : l’Afrique entend piloter elle-même la résolution d’un conflit qui menace sa stabilité régionale.
Mais un mandat de consultation ne vaut que par sa capacité à produire des résultats. La médiation angolaise devra dépasser le stade protocolaire pour imposer une dynamique crédible : un cessez-le-feu effectif, des garanties sécuritaires claires et une perspective politique structurée. Sans échéancier précis ni mécanisme de suivi, le risque est grand de voir s’ajouter un processus supplémentaire à une longue série de dialogues inaboutis.
Dans cette équation, la posture du président Félix Tshisekedi est stratégique. Sa présence à Luanda consacre l’adhésion officielle de Kinshasa au cadre régional. Son déplacement à Washington, à l’occasion du National Prayer Breakfast, rappelle que la crise congolaise se joue aussi dans les cercles d’influence internationaux. Cette double séquence illustre une réalité : la RDC doit naviguer entre ancrage africain et partenariats occidentaux. L’équilibre est délicat. Trop d’extraversion affaiblirait la légitimité continentale du processus ; trop de repli limiterait les leviers diplomatiques disponibles.
Washington, justement, est devenu un théâtre parallèle. Le tête-à-tête de Martin Fayulu avec des responsables américains montre que l’opposition congolaise entend peser dans la définition des paramètres de sortie de crise. En internationalisant son plaidoyer, Fayulu rappelle que la légitimité d’un éventuel accord dépendra aussi de son acceptabilité politique interne.
Dans le même registre, la rencontre entre l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo et Moïse Katumbi souligne l’existence d’une diplomatie discrète, faite de consultations bilatérales et de tentatives de rapprochement. Ces échanges, loin des projecteurs, participent à la construction d’un climat de confiance minimal, indispensable à toute négociation sérieuse.
Trois conditions détermineront l’issue de cette séquence.
Primo, la crédibilité du médiateur. Lourenço devra démontrer son impartialité et obtenir un soutien explicite des instances continentales afin d’éviter toute suspicion de déséquilibre.
Secundo, l’inclusivité du processus. Ignorer certaines forces politiques, qu’elles soient présentes sur le territoire ou actives à l’étranger, reviendrait à fragiliser par avance tout compromis.
Tertio, la coordination entre partenaires africains et occidentaux. Les soutiens internationaux peuvent renforcer la pression en faveur d’une solution, à condition que l’initiative demeure politiquement portée par l’Afrique et perçue comme telle par l’opinion congolaise.
Luanda ouvre une nouvelle étape, mais rien n’est encore acquis. La RDC se trouve à la croisée des influences et des attentes. La médiation angolaise peut devenir un véritable tournant si elle transforme les consultations en engagements vérifiables. À défaut, elle ne sera qu’un épisode supplémentaire d’une crise qui s’enlise.
Le Congo n’a plus besoin de processus symboliques. Il attend des garanties, des décisions et une paix négociée avec rigueur. C’est à cette aune que sera jugée la diplomatie régionale.