Est de la RDC : afflux de patients et défis d'accès aux soins, le CICR tient tête et vole au secours des combattants blessés à Fizi

Une jeep du CICR dépose un blessé à l'hôpital
Une jeep du CICR dépose un blessé à l'hôpital

Les défis sont énormes dans la prise en charge des blessés de guerre dans l’Est de la RDC, alors que les combats entre les forces gouvernementales et des groupes armés s’accentuent. Ce à quoi, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’emploie actuellement à Fizi, dans le Sud-Kivu. Plus de 50 blessés alités, un ou plusieurs nouveaux cas chaque jour, l'engouement des patients issus des groupes de porteurs d'armes s'accroît à l'hôpital général de Fizi. Dans la cour, certains s'entraînent pour une réadaptation physique, d'autres attendent le dernier mot du personnel soignant. À l'intérieur des blocs se trouvent des patients incapables de se mouvoir sous suivi permanent des médecins ou sous perfusion. 

Cette structure sanitaire, débordée des blessés, est appuyée par le CICR en logistique et en expertise pour répondre à la crise qui s'amplifie suite aux combats aux environs du territoire de Fizi.

Des vies sauvées grâce à l'appui du CICR 

Des plaies bandées ou des membres amputés, les dizaines de patients se remettent petit à petit de leurs blessures. Ils deviennent des moralisateurs pour les nouveaux vénus. Regroupés dans deux blocs et sous deux tentes dressées pour la circonstance, ils restent, ce jeudi 29 janvier, unanimes face à l'assistance du CICR. 

« Je suis venu de Minembwe où j'ai été blessé suite aux affrontements. Depuis mon arrivée à Fizi, je suis pris en charge par les médecins. Je ne pensais qu'à la mort, mais là mon état de santé s'améliore grâce au CICR », témoignage Jean Akola, blessé par balle à la jambe droite.

Shabani Ushambale est hospitalisé depuis trois mois. Il renaît d'une grave blessure après des tumultueux moments d'incertitude. Père d'une famille, il garde l'espoir de retrouver les siens.

« Après que j'ai été touché par balle à la ligne de front à Luvunge, le CICR m'a emmené jusqu'à hôpital de Fizi. J'ai trois mois ici. Chaque jour, je reçois ma cure et je mange trois fois par jour. La même organisation nous dote de non vivre pour la survie. J'ai failli perdre ma vie, et peut-être d'autres en ont perdu pour n'avoir pas eu la chance d'être dépêchés ici. Je n'ai ni argent ni cadeau à donner, je dis simplement merci ».

À Kasado Masera, assis sur son lit de malade de témoigner pour sa part : « Atteint par balle à Makobola en décembre, j'apprécie la rapidité et le suivi régulier des médecins. Le pansement se fait comme il le faut. Ma grande victoire est de voir des signes de guérison un mois et demi après mon hospitalisation ».

Le CICR évite le pire

À mi-janvier, un afflux de blessés a fait déborder l'hôpital général de Fizi. Plus de 115 patients étaient alités pour une structure qui n'a qu'une capacité de 25 lits pour cette catégorie. Dr. Achacha Essysombe Frez, médecin directeur de l'hôpital de Fizi parle des dizaines de blessés retransferés dans les centres de santé après traitement pour désengorger  cette structure sanitaire. Le pire a été évité grâce à l'intervention du CICR, reconnaît-il.

« Nous étions obligés de renvoyer certains cas simples dans les centres de santé pour continuer les soins. Nous étions devant un grand défi, heureusement le CICR a écouté, il est venu nous appuyer. Il a déployé des chirurgiens pour la prise en charge. Cela nous a évité d'avoir beaucoup de décès », témoigne le médecin directeur.

Au regard de nombreux défis, le CICR rassure de son implication et continue de prendre en charge les blessés par balle qui parfois, proviennent des zones enclavées et sans accès humanitaire. Pour Zoubga  Robert, infirmier du poste opératoire du CICR, le garanti d'accès aux axes de ravitaillement permettra d'apporter l'assistance médicale aux blessés qui parfois meurent faute d'évacuation rapide. 

« Ce sont des combattants jeunes qui sont plus touchés. Le CICR a des répondants au niveau périphérique pour ses soins primaires. Ceux-ci facilitent la stabilisation des patients et l'évacuation. Si la situation sécuritaire ne s'améliore pas, il y aura un danger pour la population qui n'aura pas accès aux soins. En dépit de cela, le CICR fera toujours le possible pour aller vers les blessés et les soigner. Dans la zone, nous nous confrontons aux défis logistiques. Il y a des matériels qui n'arrivent pas en temps faute d'accès dans cette zone », déclare-t-il.

Sur la route de l'aide humanitaire, le CICR surmonte les défis des zones inaccessibles. Ses agents font face à la complexité de la prolifération de porteurs d'armes et le délabrement des routes exigeant de longs contours qui retardent la réponse appropriée à la crise sanitaire et d'autres piliers. 

Alors que les lignes de front bougent sur cinq différents axes, il se présage une nouvelle vague de blessés au-delà de ceux venus  des zones de santé de  Fizi, Uvira, Maniema, Tanganyika actuellement pris en charge. La situation empire faute d'accès à des zones de ravitaillement en médicaments. Quoi qui en soit, le CICR élargit son paquet d'appui dotant des médicaments aux structures sanitaires et capacitant les personnels soignants locaux. Si une équipe d'eau et d’habitat réhabilite la chaîne d'adduction d'eau, celle de sécurité économique tend à s'installer pour compléter l'aide holistique sur terrain au profit de la population de Fizi. 

Dieubon Mughenze, envoyé spécial à Fizi