Tanganyika : Kalemie paralysée par une grève des commerçants contre l’insécurité et nouveau poste de péage au port, le gouverneur Kitungwa parle d’une démarche « suicidaire »

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Les activités commerciales ont tourné au ralenti ce mercredi à Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, à la suite d’un appel à des journées « ville morte » lancé par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), antenne locale. Marchés, magasins et stations-services sont restés fermés une bonne partie de l’après-midi, paralysant l’économie de la ville. Ce mouvement se poursuit ce jeudi dans certains territoires dont Kongolo.

À travers ce mouvement, les opérateurs économiques entendent dénoncer l’insécurité grandissante à Kalemie, qu’ils estiment préjudiciable à leurs activités. Ils s’opposent également à l’instauration d’un nouveau poste de péage à l’entrée du port de Kalemie, installé dans l’enceinte de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).

« Ce poste de péage va nous étouffer. C’est une initiative inopportune au regard de la situation actuelle », déplore un commerçant à la place Kisebwe. 

Dans une correspondance adressée à la mairie de Kalemie, la FEC locale appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour rétablir la sécurité sur l’ensemble de la ville. L’organisation patronale exige également le respect des procédures légales dans la mise en place du nouveau poste de péage.

« La FEC exige le respect des procédures légales en la matière et appelle à la prise de mesures urgentes pour rétablir la sécurité », peut-on lire dans cette lettre signée par Jules Mulya, président de la FEC/Kalemie.

Décision inopportune : Kalemie est dans la ligne rouge 

Réagissant à cette mobilisation des opérateurs économiques, le gouverneur de la province du Tanganyika, Christian Kitungwa, se dit surpris par la forme prise par la démarche de la FEC, qu’il juge précipitée et non conforme aux usages institutionnels.

« La démarche de la FEC est légitime. C’est de son droit et nous sommes là pour ça. Mais ce qui étonne, c’est qu’aucune procédure n’a été suivie. Ils n’ont même pas demandé à rencontrer l’Autorité provinciale avant de déclencher leur mouvement », a déclaré le gouverneur.

Le mouvement s'est poursuivi même dans les territoires, comme celui de Kongolo. Ce jeudi,  les activités commerciales sont restées fermées au marché central. Les populations réclament l’annulation de la taxe de péage récemment instaurée par les autorités provinciales.

Pour Christian Kitungwa, le contexte sécuritaire impose plutôt une mobilisation collective 

« Il ne faut pas préparer le matelas pour l’ennemi. La ville de Kalemie est dans la ligne rouge et nous nous organisons pour résister, défendre et barrer la route à l’ennemi », a-t-il réagi. 

L’autorité provinciale a néanmoins rassuré qu’elle travaille à la prise de mesures urgentes pour renforcer la sécurité des personnes et de leurs biens. Elle a, par ailleurs, encouragé le dialogue entre les autorités et les opérateurs économiques avant toute action susceptible de perturber la vie socio-économique de la ville.

Pour rappel, la situation sécuritaire demeure tendue à Kalemie, ville de l’ex-Katanga, voisine de l’Est de la République démocratique du Congo. La présence de déserteurs, les mouvements récurrents de réfugiés ainsi que la recrudescence des cambriolages alimentent un climat d’inquiétude au sein de la population, dans une ville encore loin de retrouver la stabilité.

José Mukendi