RDC : après l’arrêt avant dire droit, la Haute Cour entame l’instruction au fond de l’affaire opposant l’auditeur général au lieutenant-général Philémon Yav

Lieutenant-général Philémon Yav dans la salle d'audience
Lieutenant-général Philémon Yav dans la salle d'audience

L’affaire opposant le lieutenant-général Philémon Yav Irung à l’auditeur général des FARDC, s’est poursuivie mardi 20 janvier devant la Haute Cour militaire. Lors de la dernière audience, la Haute Cour avait pris en délibéré le mémoire unique de la défense du prévenu poursuivi notamment pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline. 

L’audience de mardi a débuté par le prononcé de l’arrêt avant dire droit. Après examen du mémoire unique des avocats du prévenu, dans lequel ils sollicitaient également la libération de leur client, la plus haute juridiction militaire a jugé la requête recevable mais non fondée, et a ordonné la poursuite de l’instruction de l’affaire.

Les avocats du général Philémon Yav avaient soulevé plusieurs exceptions, notamment l’incompétence de la Haute Cour militaire, l’engagement des poursuites sans autorisation préalable du président de la République, le caractère arbitraire de l’arrestation de leur client, l’atteinte à sa dignité, ainsi que l’établissement de procès-verbaux en violation de la loi. Ils avaient, à cet effet, sollicité la mainlevée de la détention préventive, l’écartement des débats des procès-verbaux contestés, ainsi que la déclaration d’incompétence de la juridiction militaire.

Le prévenu a été interrogé sur les accusations portées contre lui par l’auditeur général des FARDC. Selon ce dernier, le prévenu aurait posé des actes constitutifs de trahison en entretenant des intelligences avec une force étrangère, en l’occurrence le Rwanda. Plus précisément, selon l'auditeur, le prévenu avait reçu un message du Secrétaire particulier de James Kabarebe accusant le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Peter Cirimwami auprès de Philémon Yav de bloquer « leur plan ». « Ce Peter Cirimwami Nkuba retarde sérieusement notre projet », aurait écrit le proche de Kabarebe.

En réaction, le prévenu, le lieutenant-général Philémon Yav Irung, a rejeté toute existence ou réception d’un tel message sur ses téléphones. Il a estimé que l’auditeur général agissait dans son rôle en tentant de le charger d’accusations qu’il juge « non fondées », exigeant de l’organe poursuivant d’en apporter la preuve devant la Haute Cour. L’ancien commandant de la troisième zone de défense a toutefois reconnu avoir reçu un message provenant d’un numéro inconnu et non enregistré dans son répertoire, mais dont le contenu serait différent de celui avancé par le ministère public.

Selon lui, ce message faisait état d’allégations selon lesquelles les FARDC collaboreraient avec les FDLR dans le but de déstabiliser le Rwanda. Il a précisé que ce message, reçu sur son téléphone, avait été transmis également au général-major Peter Cirimwami, alors commandant du secteur opérationnel Sokola II, chargé de superviser les opérations de contre-insurrection au Nord et au Sud-Kivu. À ce titre, ce dernier dirigeait les forces gouvernementales lors des opérations contre la nouvelle rébellion du M23. Le général Yav a indiqué avoir échangé avec Cirimwami qui était venu le voir pour lui faire part de ce message l'accusant de collaborer avec les FDLR dans les opérations militaires.

Se fondant sur les propos du feu général-major Peter Cirimwami, le général Yav a soutenu que ce dernier avait qualifié ce message de "guerre psychologique" visant à démoraliser les FARDC dans un contexte de conflit armé. Cette version des faits a été rejetée par l’auditeur général des FARDC, qui a affirmé que, lors de la confrontation avec feu le général Peter Cirimwami, il avait été clairement établi la véracité du message, lequel provenait, selon lui, des ennemis de la République.

En réaction, les avocats du prévenu ont dénoncé ce qu’ils ont qualifié d’" incohérences " dans la démarche du ministère public. Selon la défense, l’auditeur général ne disposerait d’aucune preuve probante à charge de leur client.

« L'Organe de la loi vous dit qu'ils ont arrêté le général Yav, il passe devant la Commission d’audition : nous lui avons demandé de donner ses téléphones en d'autres termes en arrêtant le général, l'auditeur n'avait même pas encore vu le message. Nous rappelons à l'Organe de la loi en Droit nul n'est tenu de témoigner contre lui-même donc il voulait obtenir les téléphones du général Yav pour qu'il lui donne les preuves de sa culpabilité, ça n'existe pas en droit », a fait savoir l'un des avocats de la défense, Maître Carlos Ngwapitshi Ngwamashi

La prochaine audience est programmée pour le mardi 27 janvier 2026. Sauf changement de programme, il est prévu de passer à l’étape des auditions de certaines personnes dont Sylvain Ekenge et Mwehu Lumbu.

Clément MUAMBA