La culture du soja connaît une baisse significative autour de la cité de Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Depuis plusieurs années, de nombreux agriculteurs abandonnent progressivement cette culture, jadis considérée comme une culture porteuse. Pour cause : la faible production, le manque de débouchés rémunérateurs et un contexte socio-économique peu favorable.
Dans les champs de Kiwanja, le soja se fait de plus en plus rare. Plusieurs cultivateurs expliquent ce désintérêt croissant par des rendements en chute libre. C’est le cas de cette femme agricultrice rencontrée dans la zone, qui témoigne avec amertume.
"Avant, nous cultivions le soja et la récolte était bonne. Aujourd’hui, malgré les efforts fournis, la production a fortement diminué. Nous semons, mais nous récoltons très peu. Cela ne nous encourage plus à continuer", confie-t-elle.
Comme elle, de nombreux habitants de Kiwanja tournent le dos à cette culture. En plus de la baisse de la production, le manque de marché constitue un autre obstacle majeur. Kavira Marceline, une autre agricultrice de la place, déplore l’absence de débouchés fiables.
"Même quand on réussit à produire un peu de soja, il n’y a pas de marché sûr. Les acheteurs se font rares et les prix ne couvrent même pas les dépenses engagées. On finit par vendre à perte ou par laisser la récolte se détériorer", explique-t-elle.
Pour les spécialistes du secteur agricole, cette situation s’explique par plusieurs facteurs. Baudouin Bampoyiki, responsable du service de production au Centre de Développement Rural (CEDERU) Kibututu, évoque à la fois des problèmes techniques et le contexte sécuritaire et économique de la région.
"La baisse de la production du soja est liée à certaines pratiques culturales inadaptées, notamment l’utilisation de semences non améliorées et le non-respect des itinéraires techniques. À cela s’ajoute le contexte actuel dans la région, marqué par l’insécurité et les difficultés d’accès aux marchés, ce qui décourage les producteurs", analyse-t-il.
Face à ce tableau peu reluisant, des appels sont lancés pour un accompagnement plus soutenu des agriculteurs. Bigenginama Jacques, technicien de développement rural, estime que les organisations de développement ont un rôle crucial à jouer pour relancer cette filière.
"Il est urgent que les organisations de développement appuient les paysans, tant sur le plan technique que sur la recherche de marchés. Sans encadrement ni débouchés garantis, il sera difficile de convaincre les agriculteurs de revenir à la culture du soja", plaide-t-il.
En attendant une éventuelle relance de cette filière, de nombreux paysans de Kiwanja se tournent vers d’autres cultures jugées plus rentables. C’est notamment le cas du haricot vert, considéré actuellement comme plus prometteur et offrant un retour rapide sur investissement.