Budget 2026 : le Reged pointe des allocations insuffisantes pour la santé, de l’éducation et de l’agriculture

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La société civile congolaise, sous la conduite du Réseau de gouvernance économique et démocratie (Reged), a publié lundi 29 décembre 2025 son rapport intermédiaire d’analyse du projet de loi de finances 2026 (PLF 2026). Cette démarche s’inscrit dans le cadre du projet ENCORE, financé par la Banque mondiale et coordonné par le Comité de pilotage et d’orientation de la réforme des finances publiques (COREF), avec pour objectif de promouvoir la bonne gouvernance financière à travers la transparence budgétaire et la participation citoyenne.

Dans ce rapport, la société civile alerte sur l’insuffisance des ressources allouées à trois secteurs jugés prioritaires : la santé, l’éducation et l’agriculture. Selon le Reged, les enveloppes prévues dans le PLF 2026 ne permettent pas de répondre efficacement aux défis structurels auxquels ces secteurs sont confrontés.

Santé : des crédits en nette régression

D’après l’analyse du Reged, le budget alloué au secteur de la santé s’élève à 5 488,2 milliards de francs congolais, soit 10,23 % du budget général. Cette part est en recul par rapport au budget rectificatif de 2025, où la santé représentait 13,5 % des dépenses publiques.

Éducation : une baisse continue

La part consacrée à l’éducation connaît également une diminution significative. Elle s’établit à 12,41 % du budget général en 2026, contre 17,72 % en 2025, soit une baisse de 5,31 points de pourcentage.

Agriculture : loin des engagements de Maputo

Concernant l’agriculture, le Reged dénonce le non-respect de l’engagement de Maputo, qui recommande l’allocation d’au moins 10 % du budget national à ce secteur. Dans le PLF 2026, les dépenses d’investissement prévues pour l’agriculture ne représentent que 1,97 % du budget général, soit environ 1 058,7 milliards de francs congolais. Une situation qui, selon la société civile, révèle un sous-financement structurel incompatible avec les priorités nationales et régionales.

Le Reged pointe également la forte dépendance extérieure du secteur ainsi que le faible soutien aux investissements productifs.

Intervenant lors de la présentation du rapport, le directeur exécutif du Reged, Bishop Abraham Djamba Samba wa Shako, a rappelé le caractère cyclique du suivi budgétaire mené par la société civile.

« Le travail que nous faisons sur le processus budgétaire est un travail continu. Il y a des secteurs que l’on considère comme prioritaires, même si ces priorités peuvent évoluer. Toutefois, il existe des secteurs de base sur lesquels nous insistons constamment : la santé, l’éducation et l’agriculture, pour des raisons évidentes. Notre rôle, en tant que société civile, est de veiller au respect des engagements et des normes. Tant que ces problèmes ne seront pas entièrement résolus, nous continuerons à les soulever, avec d’autres arguments si nécessaire », a-t-il déclaré.

Le responsable du Reged a également insisté sur la nécessité de développer les infrastructures hydrauliques et énergétiques, qu’il considère comme des leviers indispensables au développement des secteurs sociaux et productifs.

Des avancées saluées

Malgré ces critiques, le Reged salue certaines évolutions positives du PLF 2026, notamment l’augmentation de 94,35 % de la ligne budgétaire « Interventions économiques, sociales, scientifiques et culturelles ». Celle-ci est passée de 688,9 milliards CDF (279,2 millions USD) dans la version initiale du PLF 2026 à 1 338,9 milliards CDF (542,7 millions USD) dans le texte adopté par l’Assemblée nationale.

Recommandations de la société civile

Dans ses recommandations, le Reged propose notamment :

  • de porter le budget de la santé à 15 % du budget national, conformément aux accords d’Abuja ;
     
  • de ramener la part de l’éducation à 20 %, en ligne avec les engagements internationaux ;
     
  • d’allouer 10 % du budget à l’agriculture, conformément à l’engagement de Maputo ;
     
  • de renforcer la fiabilisation des recettes non fiscales ;
     
  • de soutenir la digitalisation de la collecte des recettes ;
     
  • d’améliorer la traçabilité des ressources publiques, notamment celles de la DGRAD et des recettes minières.

Sur le plan sécuritaire, la société civile recommande également le renforcement de la Police nationale congolaise ainsi que le financement adéquat des comités locaux de sécurité.

Un budget en hausse pour 2026

Pour rappel, la loi de finances 2026, adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat, prévoit un budget global de 54 335,8 milliards de francs congolais, soit environ 22 milliards de dollars américains. Ce budget, promulgué fin 2025 par le président de la République, Félix Tshisekedi, affiche une progression de 17 % par rapport à l’exercice 2025 et met l’accent sur la sécurité, la santé, les infrastructures et les réformes fiscales.

Grâce Guka