RDC : l'actualité de la semaine vue par Rose Kahambu Tuombeane 
Dimanche 14 août 2022 - 11:55
Photo/droits tiers
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De l'évasion des détenus de la prison centrale de Butembo aux manifestations des jeunes contre la Monusco, en passant par la visite du secrétaire d'état américain Anthony Blinken  en RDC, la semaine qui s’achève a été riche en événements.  Rose Kahambu Tuombeane passe au crible chacun de ces faits marquants. 

Bonjour Madame Rose Tuombeane et merci de nous accorder de votre temps. Depuis notre dernière entrevue, des mises à jour ont-elles été effectuées au niveau de votre parcours?

Rose Kahambu Tuombeane : Oui, depuis notre dernier entretien, nous avons eu l'honneur de participer, grâce à l'invitation du bureau de l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies en RDC, à la 31è réunion technique sur la paix en RDC et dans la région des Grands lacs tenue à Nairobi du 7 au 9 Juillet 2022. Nous avons demandé aux délégués des États de la région des Grands lacs de  privilégier la vérité et la justice dans cette démarche avant de faire le plaidoyer pour la participation des femmes au processus de paix.

Dans la nuit de mardi à mercredi, plus de 800 personnes se sont évadées de la prison centrale de Butembo lors d'une attaque des ADF qui ont également tué des civils et des policiers. Quelle lecture faites-vous de cette évasion ? 

Rose Kahambu Tuombeane : au cours de cette attaque, 3 personnes dont deux policiers et un assaillant ont trouvé la mort. Cependant, à leur retour (les assaillants), alors qu'ils se livraient aux pillages des biens et des bêtes dans la commune de Bulengera, la population a pu attraper 3 ADF et les a brûlés vifs avant de remettre leurs armes aux autorités.

Au lendemain de l'attaque, c'est-à-dire jeudi 12 août, d'autres personnes ont perdu la vie dans une altercation entre les éléments de la PNC et les jeunes qui dressaient des barricades sur la route Butembo-Beni à l'entrée de Butembo, à Kangote. Après le passage des véhicules de la Monusco (dont les jeunes ainsi que la population demande le départ) nous déplorons la mort de 5 policiers et l'incendie des 3 véhicules de la police par des personnes armées inconnues. 

Pour  en revenir à l'attaque de la prison, nous condamnons avec la dernière énergie le fait que les ADF ont pu traverser la ville de la commune Bulengera à celle de Vulamba où se trouve la prison avant que les services interviennent en amont. Nous pensons aussi que cette collaboration entre la population et les autorités qui a toujours régné doit être renforcée et la vigilance doit être multipliée dans les deux camps. 

Nous pensons que cette première incursion des ADF dans la ville de Butembo qui s'inscrit selon les autorités militaires dans le cadre de renforcer l'effectif de ce mouvement, doit tous nous interpeller et cela à tous les niveaux. Il est clair que l'ennemi cherche à se renforcer pour augmenter sa force de nuisance. Au peuple et aux autorités d'agir avant que le pire ne se produise surtout que cela arrive au moment où la population est concentrée sur la campagne anti Monusco. Notre organisation (DYFEGOU) a depuis 2016 montré dans ses rapports le parallélisme entre ce mouvement et le M23 même s'il était déjà déchu à l'époque. Aujourd'hui, certaines personnes commencent à y croire. Le même ennemi menace au Nord et au Sud-Kivu pour que la balkanisation soit une réalité.

En attaquant la ville de Butembo où reste la force de la mobilisation communautaire contre l'ennemi,je pense que l'ADF voulait, à part son objectif de renforcer son effectif, prendre le pouls. Dieu merci, nous pensons que la mobilisation qu'il y a eu sera une leçon pour l'ennemi et une expérience à enrichir par la population.

Les activités ont été paralysées vendredi à Butembo par un groupe de jeunes probablement infiltrés par les miliciens ADF, selon la Société civile. Quelles sont vos recommandations pour un retour au calme ? 

Rose Kahambu Tuombeane : mes recommandations vont s'adresser aux autorités et à la population, en particulier les jeunes.

Aux autorités, je demande de renforcer la collaboration avec les populations et d'éviter des altérations mais plutôt d'orienter ou encadrer les initiatives des jeunes dans cette période où l'ennemi rôde autour de la ville. Le mariage civilo-militaire doit être renforcé. 

A la population en général et aux jeunes en particulier, de continuer à soutenir les autorités dans la sécurité de la ville tout en évitant la violence dans les actions.

Lors de son passage en RDC, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a appelé les gouvernements congolais et rwandais à cesser de soutenir les groupes armés. Qu'avez-vous pensé de ces déclarations du secrétaire de M. Blinken?

Rose Kahambu Tuombeane : nous saluons le passage du secrétaire d'État américain mais nous disons qu'il n'a pas atteint nos attentes. Nous nous attendions à des sanctions contre le Rwanda. Demander à la RDC de cesser de soutenir un groupe armé sans le citer, c'est être complice quand tout le monde sait que le péché de la RDC, c'est son hospitalité.

En Ituri, quatre Congolais ont été tués, deux Chinois ont disparu dans l'attaque d'un site minier. Les miliciens CODECO sont accusés d'être à la base de cette attaque. À ce stade, quels sont les mécanismes à mettre en place pour la réussite de l'état de siège ? 

Rose Kahambu  Tuombeane : le premier mécanisme, c'est de rendre compte du programme DDRC-S. La Codeco a signé récemment un acte de cesser le feu, mais elle continue à être à la base des tueries. Beaucoup de groupes armés qui étaient déjà pourtant prêts à déposer les armes risquent de s'impatienter et penser à une négligence. C'est le cas d'un groupe qui a abandonné le camp de transit à Masisi.

Le second mécanisme, c'est la force. L'état de siège, à son arrivée, avait promis d'user de la force envers les groupes armés qui n'allaient pas choisir le chemin de la paix, et il y a récidivisme, la force promise doit frapper . 

Le gouvernement provincial de Mai-Ndombe sollicite le déploiement d'un bataillon des FARDC pour stabiliser la situation sécuritaire dans le territoire de Kwamouth en proie aux violences communautaires entre les Teke et Yaka. 6 des 13 policiers dépêchés ont été tués selon la société civile locale. Pensez-vous qu'un bataillon militaire suffira à calmer les tensions ? 

Rose Kahambu Tuombeane :  je crois qu'un bataillon militaire peut aider à calmer la situation à condition qu'elle soit composée des éléments disciplinés, bien formés et engagés pour la cause de la paix au pays. Je dis cela car on sait qu'en RDC, l'armée a des petits soucis. Cependant, je crois qu'en cela la justice doit aussi faire son travail.  

Les médecins membres du Syndicat national sont en grève depuis le mois de juillet. Leurs revendications ne sont toujours pas de mise malgré les pourparlers avec le gouvernement. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement ? 

Rose Kahambu Tuombeane : je pense que le gouvernement doit se rappeler que la grève des agents de santé, les médecins, est une question de vie qui doit être traitée comme une priorité. J'attends que le gouvernement réponde aux revendications et dans la mesure où il peut répondre partiellement, qu'il donne des garanties qu'il va par la suite respecter.

Dans le cadre de la célébration de la journée internationale de la jeunesse 2022, le ministre Yves Bunkulu a encouragé les jeunes au patriotisme en s'engageant dans la police et l'armée. Adhérez-vous à ces propos? 

Rose Kahambu Tuombeane : je m'accorde à cette proposition du ministre de la jeunesse. Nous sommes également en train de conscientiser les jeunes pour la même cause. Cependant, j'encourage aussi le ministre à accompagner les plaidoyers des jeunes qui veulent voir une  réelle réforme au niveau de l'administration publique, à part le programme d'ENA, pour que les jeunes se retrouvent aussi nombreux dans ce secteur où on ne voit pas d'innovations. Le ministre doit aussi encourager et accompagner les jeunes à se préparer aux élections pour qu'ils fassent partie des gestionnaires du pays où des entités du pays afin que le Congo bénéficie aussi du potentiel de sa jeunesse.

Par ailleurs, le président de la CENI a annoncé que dans une phase pilote, les congolais résidant en Belgique, en France, aux Etats Unis, au Canada et en Afrique du Sud pourront également voter lors des prochaines échéances. Quels sont les préalables selon vous, pour que cette expérience électorale soit une réussite ? 

Rose Kahambu Tuombeane : c'est une très bonne chose de donner la chance aux compatriotes vivant dans d'autres pays de jouir aussi de leur droit civique. Mais les préalables selon moi, doivent être les garanties de la transparence de suffrages et la sécurité des voix lors du déplacement ou transfert. 

Au niveau continental, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé vendredi avoir rebaptisé les variants de la variole du singe, en remplaçant par des chiffres romains les noms de régions africaines, jugés stigmatisants. Quel est votre avis sur cette initiative ? 

Rose Kahambu Tuombeane : les Africains méritent mieux que cela. Nous voulons que les pays africains soient reconnus aussi pour leurs innovations.Rien que dans le domaine de la santé, il y a beaucoup d'innovations portées par des scientifiques Africains. Nous avons besoin de cette image positive de l'Afrique.

Mardi, ce sera la publication des résultats des élections au Kenya. Quelles sont vos attentes à l'issue de ce scrutin?

Rose Kahambu Tuombeane : j'espère que les résultats vont refléter la vérité des urnes et que la Commission électorale kényane va respecter toute la procédure ainsi que les étapes de leur loi électorale. Quand on se souvient des élections organisées la dernière fois dans ce pays dont les résultats avaient été contestés par l'opposant de l'époque et qui avaient entraîné la réorganisation des élections,(...) nous attendons vivement de la commission électorale des résultats incontestables et espérons qu'à l'issue de ces élections, nous aurons au Kenya, un Président qui va être vrai ami alors de la RD Congo pour l'accompagner dans sa recherche de la paix.

Le FBI a fouillé le domicile de l'ex président américain Donald Trump en son absence, dans le cadre d'une enquête sur la mauvaise gestion de documents classifiés. Que pensez-vous de cette action du service américain de renseignement ?

Rose Kahambu Tuombeane : sans maîtriser les lois des États-Unis d'Amérique, je pense que le mieux serait d'ouvrir une procédure de vérification et informer Trump des résultats et des conséquences qui pourraient suivre de tels résultats.

Un dernier mot ?

Rose Kahambu Tuombeane : je voudrais demander aux Congolais encore une fois de nous mobiliser, en tant que populations et dirigeants, contre l'agression qui a pris plusieurs formes pour nous détourner des agresseurs dont le Rwanda, l'Ouganda et tous ceux qui les soutiennent. Ils doivent sentir l'énergie de la solidarité congolaise. Derrière nos forces armées réformées, nous vaincrons. 

Propos recueillis par Prisca Lokale

 

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