Invité du Space live organisé mercredi par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi est revenu sur sa gestion budgétaire durant l'avancée de l'AFC/M23 dans l'Est du pays en 2024, période pendant laquelle il occupait encore ce poste.
Un effort de guerre assumé sans sacrifier les grandes dépenses de l'État
Interrogé sur la manière dont il avait géré les finances publiques en pleine offensive rebelle, Nicolas Kazadi affirme avoir contenu la menace « du mieux qu'il pouvait », reconnaissant la difficulté particulière d'exercer la fonction de ministre des Finances en temps de guerre, sous une pression qu'il décrit comme considérable. Il revendique néanmoins avoir maintenu, durant cette période, l'ensemble des grandes dépenses habituelles de l'État, comme si le pays n'était pas en guerre : le paiement régulier des salaires, un niveau d'investissement public qu'il qualifie d'exceptionnel dans l'histoire récente, l'organisation des Jeux de la Francophonie, ainsi que la tenue des élections sur financement propre, des résultats qu'il considère, avec le recul, comme remarquables compte tenu du contexte.
Interrogé sur la capacité financière du pays à soutenir un effort de guerre prolongé sans sacrifier les autres secteurs, alors que les processus de Washington et de Doha peinent à améliorer durablement la situation sécuritaire dans l'Est, l'ancien argentier de l'État répond sans détour qu'il ne souhaite pas une telle prolongation, même dans l'hypothèse où les moyens existeraient. Il établit un lien direct avec le constat sur le faible ressenti populaire des progrès économiques : selon lui, il est illusoire d'espérer une amélioration tangible du quotidien des Congolais tant que le pays continue de mobiliser des ressources considérables dans un conflit qu'il juge évitable.
Il qualifie la guerre de « pire des choses », rappelant l'ampleur des défis structurels auxquels le pays doit déjà faire face, pauvreté, déficit d'infrastructures, pour justifier qu'aucun acteur raisonnable ne puisse souhaiter la poursuite du conflit. Il affirme à ce titre soutenir pleinement la signature de l'accord de Washington ainsi que celui conclu avec le Rwanda, exprimant le vœu que ces processus produisent enfin des résultats concrets. Pour Kazadi, le véritable enjeu du pays demeure le développement économique : une paix durable permettrait, selon lui, de recentrer l'attention sur les enjeux économiques tout en donnant au pays les moyens de se doter d'une armée véritablement dissuasive, capable de prévenir toute nouvelle agression. Il conclut en exprimant sa confiance dans la capacité du Chef de l'État à mener à bien ces accords.