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« L’ESU n’est pas un butin de guerre » : Jean-Baptiste Kasekwa plaide pour la levée de la suspension des activités académiques à Goma et Bukavu et préconise une réponse diplomatique aux mesures de l’AFC/M23

Université de Goma

L’ancien député national Jean-Baptiste Kasekwa, appelle à la levée de la suspension temporaire des activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire (ESU) de Goma et Bukavu, actuellement affectés par le conflit et sous contrôle de l’AFC/M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans un plaidoyer intitulé « L’ESU n’est pas un butin de guerre » adressé aux présidents des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat avec copie pour information au chef de l'État et à l'UNESCO, l’ancien député élu de Goma invite notamment la représentation nationale à interpeller la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations (ESURSI), Marie-Thérèse Sombo, afin de privilégier les démarches diplomatiques et de saisir les instances internationales pour amener l’AFC/M23 à respecter la neutralité des établissements universitaires dans les zones sous son contrôle. Le gouvernement justifie cette décision par ce qu’il qualifie d’« ingérence de l’AFC/M23, supplétif du Rwanda », dans le fonctionnement de certaines institutions publiques d’enseignement supérieur et universitaire après la mise en place de nouveaux comités de gestion dans les institutions d’enseignement.

Dans le document consulté par ACTUALITE.CD ce jeudi 3 septembre, M. Kasekwa rappelle que, malgré l’occupation de Goma et Bukavu par l’AFC/M23 depuis janvier et février 2025, le gouvernement congolais avait jusque-là maintenu la continuité des activités de l’enseignement supérieur et universitaire dans les deux provinces. Il salue cette orientation, qu’il considère comme conforme aux principes de protection de l’éducation en période de conflit armé consacrés notamment par la Résolution 2601 (2021) du Conseil de sécurité des Nations unies.

Selon lui, la décision prise le 20 août dernier par le ministère de l'ESURSI de suspendre les activités académiques et para-académiques pour l’année académique 2026-2027 dans 11 établissements publics de Goma et Bukavu, bien qu’elle vise à préserver la légalité institutionnelle, risque de lourdement pénaliser les étudiants.

« Si cette décision vise à préserver la légalité institutionnelle, elle pénalise de plein fouet une communauté d’environ 44 000 étudiants. En pratique, les restrictions imposées compromettent gravement le parachèvement de l’année académique 2025-2026 en perturbant la sérénité des examens de seconde session et en plongeant la jeunesse de l’Est dans une profonde détresse éducative. Quant aux mesures d’accueil et d’intégration des étudiants concernés dans les établissements situés dans les zones dites “non affectées par les conflits”, leur application effective se heurte à plusieurs difficultés qui les rendront pratiquement inopérantes », a-t-il fait remarquer.

Pour appuyer son argumentaire, il cite notamment le risque que les dirigeants de l’AFC/M23 contraignent les membres des comités de gestion à ne pas faciliter le retrait rapide des dossiers de scolarité des étudiants concernés, afin d’empêcher ces derniers d’aller s’inscrire ailleurs. Il évoque également les difficultés que pourraient rencontrer les parents, durement appauvris par la guerre, pour supporter les frais académiques élevés dans les établissements privés viables de Goma et Bukavu, estimés entre 650 et 800 dollars par an, alors que ces frais variaient entre 250 et 320 dollars dans les établissements publics au sein desquels les activités sont suspendues.

D’après cet élu honoraire, les parents auront également du mal à réunir les moyens financiers nécessaires aux déplacements, au logement et à la restauration des étudiants concernés dans des milieux universitaires éloignés. Il souligne par ailleurs que la circulation routière entre Goma et Butembo/Beni est actuellement bloquée par l’AFC/M23, officiellement dans le cadre des mesures préventives contre la maladie à virus Ebola.

Par ailleurs, parmi les membres du personnel concernés par les nominations du mouvement AFC/M23, certains avaient été initialement nommés par le gouvernement de la République en 2023. Ils ont continué à exercer pleinement leurs fonctions jusqu’au jour où ils ont été reconduits à ces mêmes postes par l’AFC/M23.

Leur situation administrative devrait donc, selon Jean-Baptiste Muhindo Kasekwa, être examinée individuellement et avec lucidité. Pourtant, dit-il, la ministre a ordonné la suspension du paiement des rémunérations de l’ensemble du personnel visé par ces nominations. De surcroît, une procédure de révocation est engagée à l’encontre de tous, indistinctement. Selon lui, cette approche globale mérite d’être reconsidérée.

En même temps, il estime que l’éventualité de voir le mouvement AFC/M23 imposer, par défi, la poursuite des activités académiques dans les établissements concernés pourrait entraîner une escalade aux conséquences gravement préjudiciables pour le personnel académique, scientifique, administratif et ouvrier.

En effet, a-t-il fait savoir, d’une part, ledit personnel pourrait être contraint par les dirigeants de l’AFC/M23 d’assurer ses prestations sous la menace de torture ou d’emprisonnement arbitraire. D’autre part, selon lui, il s’exposerait à une nouvelle mesure de radiation par le ministère de l’ESU, au motif d’avoir exercé ses fonctions sous l’autorité de l’AFC/M23, en violation de l’arrêté de l’autorité légalement établie.

« Conscient de la gravité des préjudices subis par les 44 000 étudiants de Goma et Bukavu, ainsi que par les milliers de membres des personnels académique, scientifique, administratif et ouvrier des institutions concernées, je sollicite l’intervention de la représentation nationale et soumets à votre haute attention les recommandations urgentes ci-après : interpeller la ministre de l’ESU afin de reconsidérer la suspension des activités académiques dans les établissements publics de Goma et Bukavu, en privilégiant plutôt les démarches diplomatiques. Elle devrait également examiner au cas par cas les dossiers du personnel concerné par les nominations arbitraires et illégales de l’AFC/M23, afin d’individualiser strictement les sanctions », a-t-il écrit.

Jean-Baptiste Kasekwa plaide également pour la saisine urgente de cinq institutions : le Conseil de sécurité de l’ONU, l’UNESCO, l’Union africaine, la SADC et l’EAC. Selon lui, ces organisations devraient coordonner leurs actions en vue d’amener l’AFC/M23 à respecter la neutralité des établissements de l’ESU dans les zones occupées.

Selon l’exécutif congolais, cette ingérence se manifeste notamment par l’éviction de comités de gestion régulièrement investis et l’installation irrégulière de membres du mouvement rebelle à des responsabilités académiques. Le gouvernement affirme que ces mesures ont été prises pendant les vacances académiques, à la charnière entre deux années universitaires, afin de limiter leur impact sur les étudiants et de préserver la régularité de leurs parcours académiques

Clément MUAMBA


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