Le président rwandais Paul Kagame a reçu ce mercredi 2 septembre à Kigali, James Swan, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, ainsi que Huang Xia, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs.
Au centre des échanges, renseigne la présidence rwandaise, figurait la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où la persistance des violences continue de susciter des préoccupations aux niveaux régional et international.
« Leurs discussions ont porté sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes du conflit dans l’Est de la RDC et à son impact sur la sécurité du Rwanda », rapporte la présidence rwandaise.
Cette tournée régionale du patron de la MONUSCO intervient avant son intervention devant le Conseil de sécurité, prévue ce mois de septembre pour présenter la situation sécuritaire en RDC et permettre au Conseil de sécurité d’évaluer la mise en œuvre de son mandat, à trois mois de l’expiration de la dernière prorogation du mandat de la mission, prévue en décembre 2026.
Avant sa rencontre avec Paul Kagame, le chef de la MONUSCO avait également eu des échanges avec le chef de la diplomatie rwandaise. Selon le ministère rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, « les discussions ont porté sur l’évolution de la situation régionale, notamment dans l’Est de la RDC, et sur les efforts en cours pour instaurer la paix et la stabilité dans la région ».
Certains officiels rwandais se sont toujours montrés critiques à l’égard de la MONUSCO, l’accusant notamment d’incapacité de restaurer la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo en dépit de sa présence depuis plus de 20 ans.
La rencontre entre le chef de la MONUSCO et les dirigeants rwandais intervient après une série de divergences, dont la dernière est liée à la question du rapatriement des FDLR. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, avait accusé la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUSCO) d’avoir rapatrié au Rwanda des civils congolais présentés comme d’anciens combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), mettant ainsi en cause le processus de vérification conduit dans le cadre du programme onusien de désarmement.
Dans un message publié sur le réseau social X, le chef de la diplomatie rwandaise affirme que « depuis le mois d’octobre de l’année passée, 81 personnes rapatriées par la MONUSCO, en tant qu’ex-combattants FDLR, se sont plus tard révélées être des civils congolais de père et de mère, sans aucune origine rwandaise et sans aucun antécédent dans des groupes armés ». Selon lui, le Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE) a été invité à examiner ces cas. Il affirme également que 69 de ces personnes ont déclaré, lors d’entretiens, avoir accepté de se présenter comme d’anciens combattants des FDLR « sous promesse de bénéfices » accordés aux ex-combattants rapatriés par le centre rwandais de démobilisation de Mutobo.
« Dans ce processus de désarmement et de démobilisation des ex-combattants, le professionnalisme, la rigueur et la probité des agents DDR de la MONUSCO doivent être des valeurs cardinales », avait écrit M. Nduhungirehe.
Ces accusations interviennent au lendemain du retour en RDC de 39 personnes que la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC) présente comme des ressortissants congolais « s’étant faussement identifiés comme d’anciens combattants FDLR ». Selon l’organisme rwandais, un processus de vérification a conclu qu’ils ne remplissaient pas les critères d’éligibilité au programme de démobilisation.
La MONUSCO avait confirmé le retour de ces 39 personnes, tout en précisant qu’elle « n’était pas présente » lors de leur transfert vers la RDC et qu’elle « n’a été impliquée à aucun titre » dans cette opération. La mission des Nations unies rappelle que, dans le cadre de son programme de désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation (DDRRR), elle procède, avant tout rapatriement vers le Rwanda, à un processus de vérification en plusieurs étapes afin d’évaluer l’éligibilité des personnes concernées.
Seuls les dossiers jugés recevables sont ensuite transmis à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC), chargée de les examiner et de donner son approbation finale avant le départ des personnes depuis la RDC. La MONUSCO affirme demeurer attachée à « l’indépendance, l’intégrité et la transparence » de ce processus.
Ces accusations interviennent dans un contexte marqué par de profondes divergences entre les parties au conflit concernant la mise en œuvre des engagements issus des initiatives diplomatiques en cours, par des accusations mutuelles ainsi que par la poursuite des hostilités sur le terrain entre les forces gouvernementales et l'AFC/M23 appuyée par le Rwanda
Clément MUAMBA