Le processus de paix de Doha, sous l’égide de l’État du Qatar et consacré à la gestion de la crise entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), entend franchir une nouvelle étape ce lundi 24 août 2026 dans son volet relatif à la mise en œuvre des engagements communs convenus dans le cadre de ce processus. Il s’agit de la première mission de vérification du cessez-le-feu, prévue à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+).
Le déploiement de cette mission à cette date fait suite aux engagements convenus à l’issue de la retraite d’évaluation tenue du 17 au 21 août en Suisse entre les représentants de Kinshasa et ceux de l’AFC/M23. Selon le communiqué final rendu public à l’issue de cette rencontre, les deux parties ont notamment évalué l’état de mise en œuvre de l’Accord-cadre signé à Doha et adopté une feuille de route pour la poursuite des négociations sur les différents protocoles restants, en vue de parvenir à la signature d’un accord de paix censé rétablir la paix et l’autorité de l’État dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC)
La mission de vérification du cessez-le-feu à Minembwe est perçue comme le premier test concret sur le terrain des nouveaux engagements pris au terme de ce nouveau round de discussions menées en Suisse dans le cadre du processus de Doha. Selon la source citée, elle intervient après une mission de reconnaissance effectuée le 20 août avec l’appui logistique de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), destinée à préparer cette opération de vérification.
« Les parties se sont félicitées des progrès continus accomplis dans la mise en œuvre du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+), notamment la création de son Secrétariat, et de la mission de reconnaissance du MCVE+, menée le 20 août avec l’appui logistique de la MONUSCO, en amont de la première mission de vérification du cessez-le-feu du MCVE+, prévue le 24 août à Minembwe. Les Parties ont convenu de l’importance d’une méthode normalisée pour le signalement des allégations de violations du cessez-le-feu », renseigne le communiqué final rendu public à l’issue des discussions.
Minembwe, une zone particulièrement sensible
Le choix de Minembwe pour cette première mission revêt une importance particulière. Située dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, cette zone reste marquée par une situation sécuritaire fragile et des tensions persistantes, souvent à l’origine d’accusations mutuelles liées au non-respect des engagements pris entre les deux parties.
En dépit des récentes accusations faisant état de l’expulsion "sans motif"d’un officier de Kinshasa des zones sous contrôle de l’AFC/M23, le déploiement du MCVE+ doit permettre de mesurer la capacité du mécanisme à fonctionner concrètement dans une zone affectée par les violences et à établir les faits de manière concertée.
Au-delà de la mission elle-même, son déroulement sera suivi avec attention par les partenaires de la RDC impliqués dans la résolution de la crise, afin de déterminer si le nouveau dispositif peut contribuer à réduire les accusations contradictoires entre les parties et à renforcer la confiance autour du cessez-le-feu.
Cette démarche s’inscrit également dans le cadre de l’un des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Washington. La RDC et le Rwanda s’étaient engagés à mettre pleinement en œuvre leur accord de paix du 27 juin 2025 et à désamorcer immédiatement les tensions autour de Minembwe. L’annonce avait été faite à l’issue de la sixième réunion du Comité conjoint de suivi (JOC) de l’accord, tenue en juin 2026 à Londres, au Royaume-Uni. Des représentants de la RDC, du Rwanda, des États-Unis, du Qatar, du Togo, médiateur de l’Union africaine, ainsi que de la Commission de l’Union africaine avaient participé à cette rencontre.
Une nouvelle étape après les discussions en Suisse
La réunion tenue en Suisse, pour la deuxième fois après celle organisée en avril dernier, a également débouché sur l’adoption d’une feuille de route destinée à encadrer la poursuite du processus de Doha.
Selon le communiqué final, cette nouvelle feuille de route fixe différentes étapes ainsi qu’un calendrier pour les négociations des protocoles restant à conclure. Les parties ont toutefois précisé que l’ordre dans lequel ces protocoles seront négociés ne détermine pas nécessairement l’ordre dans lequel ils seront appliqués. La création du secrétariat du MCVE+ et l’organisation de la première mission de vérification constituent ainsi les principales avancées opérationnelles annoncées à l’issue de cette retraite d’évaluation.
Ce mécanisme, voulu et réclamé par les partenaires de la RDC engagés dans les initiatives diplomatiques visant à résoudre la crise sécuritaire, s’inscrit dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu signé à Doha entre les deux parties en octobre 2025. Toutefois, sa mise en place, en prélude à son déploiement effectif, intervient dans un contexte où Kinshasa et l’AFC/M23 continuent de s’accuser mutuellement de nouvelles attaques contre les civils et de violations des engagements pris.
La mise en place de ce dispositif ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à l’accord de cessez-le-feu signé à Doha entre les représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo et les délégués de l’AFC/M23 en octobre 2025, qui prévoyait déjà un mécanisme chargé d’en vérifier l’application. Les termes de référence, le mandat, la composition et le mode de fonctionnement de ce mécanisme ont ensuite été adoptés le 2 février 2026, toujours à Doha, sous l’égide de l’État du Qatar.
Le Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+) a pour mission de surveiller l’application du cessez-le-feu, d’enquêter sur les violations signalées et d’en rendre compte. L’Union africaine, le Qatar et les États-Unis y participent en qualité d’observateurs. Formalisé lors des pourparlers de Montreux, en Suisse, en avril dernier, ce mécanisme vise à assurer une surveillance conjointe du respect de la trêve entre Kinshasa et l’AFC/M23. Son déploiement effectif, marqué par l’arrivée récente d’officiers congolais à Goma, intervient toutefois dans un contexte où les deux parties continuent de s’accuser mutuellement de violations du cessez-le-feu.
Conformément à la résolution 2808 (2025), qui prolonge le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) jusqu’au 20 décembre 2026, la Mission est autorisée à appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que du mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment en apportant un soutien logistique et technique.
Clément MUAMBA