Kinshasa et Bangui franchissent une nouvelle étape dans le renforcement de leur coopération en matière de défense et de sécurité. Les deux pays ont signé, ce vendredi 21 août 2026, à l’Hôtel de la Défense, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, deux mémorandums d’entente portant sur la formation militaire et le renseignement militaire.
Ces deux instruments, signés en marge de la participation du ministre centrafricain à Kinshasa aux activités organisées à l’occasion du dixième anniversaire du CHESD, de la clôture de l’année académique 2025-2026 et du lancement de la nouvelle session 2026-2027 au CHESD et à l’ESAM, viennent donner un contenu concret à l’Accord de coopération militaire signé à Kinshasa le 18 octobre 2024. Ils prennent également en compte les recommandations issues de la rencontre bilatérale tenue à Bangui du 9 au 11 mai 2026, consacrée notamment à la sécurité de la frontière commune et au renforcement de la coopération entre les deux armées.
Alors que la République démocratique du Congo fait face à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le ministre centrafricain de la Défense nationale et de la Reconstruction de l’armée, Rameaux-Claude Bireau, a réaffirmé, lors de cette cérémonie, l’engagement de Bangui en faveur d’une coopération étroite avec Kinshasa. Selon lui, rapporte la cellule de communication du ministère de la défense de la RDC, la République centrafricaine ne servira jamais de base arrière pour une quelconque attaque contre la République démocratique du Congo.
Pour le ministre centrafricain, la signature de ces deux instruments traduit bien plus qu’une simple formalité administrative ou juridique. Elle constitue, selon lui, la manifestation d’une volonté politique de consolider les relations entre les deux pays.
« Ma joie est d’autant plus grande que, lors de la rencontre de Bangui, nous avons revisité les problèmes liés à la sécurisation de notre frontière commune, à la formation, à l’entraînement des militaires, ainsi qu’au partage de renseignements militaires. Pour consolider cette situation, nous avions décidé ensemble de procéder à la signature, dans un bref délai, des instruments juridiques y relatifs. La rencontre de ce jour s’inscrit effectivement dans la droite ligne de notre engagement commun. La signature de ces instruments constitue, à nos yeux, bien plus qu’un simple acte administratif ou juridique, mais une volonté ferme de renforcement de nos liens fraternels », a fait savoir Rameaux-Claude Bireau, ministre de la Défense nationale et de la Reconstruction de l’armée de la République centrafricaine.
La formation militaire au cœur du partenariat
Le premier mémorandum porte sur la formation militaire. Pour le ministre centrafricain, le renforcement des compétences constitue un élément essentiel dans la construction d’une armée moderne et professionnelle. À travers cet accord, la République centrafricaine entend notamment renforcer les possibilités de formation de ses officiers, sous-officiers et militaires du rang au sein des écoles, institutions et centres de formation de la RDC.
« Le premier instrument que nous allons signer aujourd’hui porte sur la formation militaire. En effet, la construction d’une armée moderne, professionnelle, républicaine, disciplinée et respectueuse des droits de l’homme passe inéluctablement par l’investissement dans le capital humain, qui est au centre de tout développement. Une armée forte n’est pas seulement une armée dotée de moyens matériels. Elle est avant tout une armée disposant de militaires bien formés, capables d’exercer leurs responsabilités avec compétence, discipline, patriotisme et sens élevé du devoir », a-t-il déclaré lors de son intervention.
Rameaux-Claude Bireau a, à cet égard, salué l’expérience de la République démocratique du Congo dans la formation des cadres militaires centrafricains.
« À travers ce mémorandum, nous souhaitons donc renforcer les possibilités de formation de nos officiers, sous-officiers et militaires de rang, à travers le renforcement de leurs capacités dans les écoles, institutions et centres de formation de la République démocratique du Congo. Je salue, à cet égard, l’expérience de la RDC dans la formation militaire des cadres centrafricains », a ajouté le patron de la Défense de la RCA.
Le renseignement militaire, un domaine stratégique
Le second mémorandum concerne le renseignement militaire, un domaine considéré comme stratégique face à l’évolution des menaces sécuritaires dans la région. Le ministre centrafricain estime qu’une coopération renforcée dans ce secteur permettra aux deux pays de mieux anticiper les risques auxquels ils sont confrontés.
« Le deuxième instrument soumis à la signature est le mémorandum qui porte sur un domaine tout aussi stratégique : le renseignement militaire. Dans le contexte sécuritaire actuel, aucun État ne peut prétendre assurer efficacement la protection de son territoire s’il ne dispose pas d’un système de renseignement performant. Le renseignement constitue, en effet, l’un des principaux instruments de prévention des crises », a indiqué le ministre centrafricain de la Défense.
Au nom du président de la République, chef de l’État et chef suprême des armées, du gouvernement et du peuple centrafricain, il a réaffirmé l’entière disponibilité de son pays à poursuivre, à approfondir et à consolider la coopération entre les Forces armées centrafricaines et les Forces armées de la République démocratique du Congo.
« En raison de notre proximité géographique et de la nature transfrontalière de certaines menaces, le partage d’informations et de renseignements pertinents permettra de mieux appréhender les menaces susceptibles d’affecter la sécurité de nos deux pays. Nous allons sortir d’une logique de sécurité séparée à une logique de sécurité collective : un problème transfrontalier, une réponse coordonnée », a-t-il ajouté dans son discours.
Kinshasa mise sur une coopération concrète
Du côté congolais, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, a présenté la signature de ces deux accords comme une étape importante dans la consolidation du partenariat militaire entre Kinshasa et Bangui. S’adressant à son homologue centrafricain, il a notamment souligné la portée politique de sa présence à Kinshasa, en tant que ministre de la Défense de la République centrafricaine et représentant personnel du président Faustin-Archange Touadéra.
« La République centrafricaine et la République démocratique du Congo ne sont pas seulement deux États voisins. Ce sont deux nations sœurs, liées par l’histoire, la géographie, les relations humaines, les échanges entre nos populations et une responsabilité commune face aux défis sécuritaires de notre sous-région », a déclaré Guy Kabombo Muadiamvita.
Pour le ministre congolais, la frontière commune ne doit pas être perçue comme une simple ligne de séparation, mais comme un espace de responsabilité partagée et de coopération.
« Notre frontière commune doit être regardée non comme une ligne de séparation, mais comme un espace de responsabilité partagée, de concertation permanente et de coopération. C’est pourquoi nous devons travailler ensemble pour en faire un espace de paix, de sécurité, de stabilité et de développement au bénéfice de nos deux peuples », a-t-il ajouté dans son discours.
Guy Kabombo Muadiamvita a rappelé que les discussions engagées à Bangui avaient permis d’identifier plusieurs priorités, notamment la sécurisation de la frontière, la formation militaire, l’échange de renseignements, la coordination opérationnelle et le suivi des recommandations.
Les experts des deux pays avaient également recommandé l’activation de la commission technique paritaire, la désignation de points focaux, la formalisation des mécanismes d’échange d’informations ainsi que la mise en place de procédures de notification rapide et de traitement concerté des incidents frontaliers.
« La rencontre de ce jour s’inscrit dans la continuité de l’accord de coopération militaire signé ici à Kinshasa le 18 octobre 2024, ainsi que des travaux tenus à Bangui du 9 au 11 mai 2026 sur la sécurité frontalière. À cette occasion, nos deux délégations avaient convenu de donner un contenu concret à notre coopération, notamment dans les domaines de la sécurisation de la frontière commune, de la formation militaire, de l’échange de renseignements, de la coordination opérationnelle et du suivi des recommandations adoptées », a-t-il rappelé.
Et de poursuivre :
« Les experts de nos deux pays avaient également souligné la nécessité d’activer la commission technique paritaire, de désigner des points focaux, de formaliser les mécanismes d’échange d’informations, de renforcer la formation et de mettre en place des procédures de notification rapide, de vérification et de traitement concerté des incidents frontaliers. »
Des accords appelés à produire des résultats
La signature des deux mémorandums marque ainsi, selon Kinshasa, le passage d’une volonté commune à la mise en œuvre d’instruments opérationnels. Guy Kabombo Muadiamvita a insisté sur la nécessité de faire de ces accords de véritables outils de travail, de suivi et d’évaluation.
La mise en œuvre de ces engagements devrait notamment reposer sur la désignation de points focaux, l’élaboration d’un calendrier opérationnel et l’instauration d’un mécanisme de suivi régulier.
« Aujourd’hui, en procédant à la signature des mémorandums d’entente relatifs à la formation militaire et au renseignement, nos deux ministères franchissent une étape très importante. Nous passons de l’expression d’une volonté commune à la mise en place d’instruments pratiques destinés à produire des résultats. Ces instruments doivent nous permettre de mieux former, mieux anticiper, mieux coordonner et mieux agir ensemble face aux menaces communes. Ils traduisent surtout la volonté de nos deux Chefs d’État de voir la coopération militaire entre la République démocratique du Congo et la République centrafricaine devenir un levier concret de paix, de sécurité et de stabilité », a affirmé le VPM de la Défense de la RDC.
La cérémonie de signature s’est déroulée avec les honneurs militaires, au rythme des fanfares des FARDC. Elle s’est achevée par une photo de famille et un cocktail, dans une atmosphère fraternelle et conviviale. À travers ces deux mémorandums, Kinshasa et Bangui affichent ainsi leur volonté de faire de leur coopération militaire un instrument concret au service de la paix, de la sécurité et de la stabilité de leurs deux pays.
Ces efforts de Kinshasa avec certains États voisins s’inscrivent dans le cadre du renforcement de la vigilance des FARDC face aux menaces transfrontalières, dans un contexte où les efforts diplomatiques censés ramener la paix peinent encore à produire les résultats escomptés sur le terrain
Clément MUAMBA