La République démocratique du Congo (RDC) et l’Angola veulent renforcer leur coopération pour mieux lutter contre la criminalité liée à la faune sauvage, au bois et aux autres ressources naturelles. Une réunion de haut niveau consacrée à cette problématique s’est tenue ce vendredi 21 août à Kinshasa, à l’initiative de l’African Wildlife Foundation (AWF), en partenariat avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et l’Instituto Nacional da Biodiversidade e Áreas de Conservação (INBAC) d’Angola.
Ces assises ont réuni des représentants des administrations forestières, des douanes, des services d’immigration, de la Police ainsi que d’autres organismes chargés de l’application de la loi en RDC et en Angola. L’objectif est de mettre en place des mécanismes concrets pour mieux prévenir, détecter et réprimer les trafics transfrontaliers liés à la faune et aux ressources forestières.
Selon Joe Kassongo, responsable senior de la lutte contre la criminalité faunique à l’AWF, cette initiative s’inscrit dans un projet consacré à la lutte contre le trafic illégal de la faune, du bois et d’autres ressources naturelles en RDC.
Le projet repose sur trois axes principaux : renforcer les capacités des agents opérant dans les zones sources, améliorer les capacités en matière de poursuites et de jugement, et consolider la coopération transfrontalière.
« Nous avons voulu aborder cette question avec une approche holistique », a-t-il expliqué, soulignant l’importance d’une collaboration avec les pays voisins, notamment l’Angola, identifié comme l’une des principales voies de sortie des produits issus du trafic de la faune et du bois.
Le corridor de Lobito, un nouvel enjeu
La coopération entre la RDC et l’Angola prend une importance particulière dans le contexte du développement du corridor de Lobito, qui relie notamment les zones minières du sud de la RDC à la façade atlantique via l’Angola.
Pour l’AWF, le développement de cette infrastructure constitue une importante opportunité économique, mais pourrait également accroître les risques de trafics illicites si les mécanismes de contrôle ne sont pas suffisamment renforcés.
Des points focaux pour faciliter l’échange d’informations
L’un des principaux résultats attendus de la rencontre est l’élaboration d’un plan d’action sur la coopération transfrontalière. Celui-ci devrait notamment permettre d’identifier des points focaux au sein des différentes institutions et de définir les modalités d’échange d’informations entre les services congolais et angolais.
Pour Joe Kassongo, cette coordination doit permettre aux agents confrontés à un cas de trafic de savoir rapidement quel service contacter de l’autre côté de la frontière.
« L’important, c’est que le trafiquant ou les marchandises soient saisis, que ce soit en RDC ou en Angola », a-t-il expliqué, estimant qu’une telle capacité de réaction renforcerait l’effet dissuasif de la lutte contre la criminalité environnementale.
Le partage d’informations sensibles devrait, quant à lui, s’effectuer par les voies et canaux officiels prévus par les législations des deux pays.

L’ICCN alerte sur l’ampleur du trafic
Prenant la parole, le directeur général de l’Institut congolais pour la conservation de la nature ( ICCN ), Yves Milan Ngayngay, a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération avec les pays voisins.
« Nous devons travailler ensemble », a-t-il déclaré, saluant la participation des autorités et experts angolais ainsi que l’implication des différentes structures congolaises, notamment la Direction générale des Douanes et Accises ( DGDA) ainsi que l'Office congolais de contrôle ( OCC).
Le responsable de l’ICCN a également alerté sur la place occupée par la RDC dans les circuits de transit des espèces protégées, notamment l’ivoire.
Il a évoqué l’interception récente d’une cargaison de pointes d’ivoire et déploré les conséquences de ces trafics sur l’image internationale de la RDC.
Pour Yves Milan Ngayngay, la persistance du phénomène pourrait notamment s’expliquer par la faiblesse de certains contrôles, la méconnaissance des espèces protégées et, dans certains cas, la corruption.
« Quand ça sort maintenant, c’est la République qui est salie », a-t-il souligné, appelant à un renforcement des contrôles aux frontières et à une meilleure coordination entre les différents services.
Anticiper les risques liés au corridor de Lobito
Pour Antoine Tabu, coordonnateur pays de l’AWF en RDC, la lutte contre la criminalité faunique doit être pensée à l’échelle continentale. L’organisation intervient notamment à trois niveaux : lutter contre le braconnage, combattre les trafics et agir sur la demande dans les pays destinataires.
Dans cette perspective, le corridor de Lobito constitue un nouvel enjeu. Son développement pourrait faciliter les échanges commerciaux légaux, mais aussi offrir de nouvelles opportunités aux réseaux criminels.
« Nous sommes conservationnistes, on veut anticiper la possibilité d’un braconnage à grande échelle », a déclaré Antoine Tabu.
L’AWF indique avoir déjà organisé des formations dans plusieurs provinces congolaises, notamment dans la Tshopo, le Bas-Uélé, le Kongo-Central et la Tshuapa, afin de renforcer les capacités des agents en matière de détection et de répression des infractions liées à la faune sauvage.
L’organisation travaille également à l’amélioration de la qualité des procès-verbaux et des dossiers transmis aux cours et tribunaux, afin de favoriser des poursuites judiciaires solides.
L’Angola plaide pour une coopération fondée sur la confiance
Côté angolais, Filemona Ilda Tumba Casanje, cheffe du département juridique du ministère de l’Environnement et représentante de l’INBAC, a estimé que cette rencontre constituait une occasion importante d’approfondir la coopération entre les deux pays.
Elle a insisté sur la nécessité de renforcer le partage d’informations et la coordination entre les institutions compétentes.
« La nature de ce crime au-delà de la frontière exige des réponses appropriées », a-t-elle déclaré, évoquant notamment la mise en place de points de contact institutionnels, le partage d’informations ainsi que l’organisation d’activités communautaires et d’échanges techniques et professionnels entre les deux pays.
Pour la représentante angolaise, cette coopération doit reposer sur la confiance, le respect des compétences de chaque institution et la prise en compte des législations nationales.
Vers une coopération élargie aux autres pays voisins ?
Si les travaux actuels se concentrent sur l’axe RDC–Angola, l’AWF envisage également, à terme, une coopération plus large avec d’autres pays de la région, notamment la Zambie, la Tanzanie, l’Ouganda et le Burundi.
Pour l’organisation, la lutte contre les réseaux de criminalité environnementale ne peut se limiter au territoire d’un seul État. Les chaînes de trafic traversent les frontières et impliquent des pays de provenance, de transit et de destination.
César Olombo