La quatrième édition du Forum des jeunes sur la gouvernance de l’Internet en République démocratique du Congo (Youth IGF RDC) s’est tenue ce jeudi 20 août à Kinshasa. Placée sous le thème « Jeunesse, Souveraineté numérique et Gouvernance inclusive », la rencontre a réuni des jeunes, des représentants du secteur privé, des institutions publiques, des organisations internationales et différents acteurs de l’écosystème numérique.
Le forum, organisé en format hybride avec une participation en présentiel et à distance, entendait offrir aux jeunes Congolais un espace de dialogue sur les politiques et les enjeux liés à Internet, tout en favorisant leur implication dans les décisions qui façonnent l’avenir numérique du pays.
Au cœur des échanges : l’inclusion numérique, les infrastructures et la connectivité, la souveraineté des données, la cybersécurité, la protection des données personnelles, l’intelligence artificielle et le leadership de la jeunesse.
« La connectivité, un défi majeur »
Le premier panel, consacré à la connectivité, aux infrastructures, à l’inclusion et à la souveraineté numérique, a notamment posé la question des obstacles à une connexion durable d’une grande partie de la population congolaise.
Pour Erick Kisisa Muzanda, directeur technique de Standard Telecom Congo, le principal frein réside dans le déficit d’infrastructures de base, notamment dans le domaine énergétique.
« Sans électricité, on ne peut pas parler de connectivité. Le déploiement des réseaux et de la fibre optique doit aller de pair avec le développement des infrastructures énergétiques », estime-t-il.
Selon lui, la RDC doit également renforcer son maillage en fibre optique afin de relier les différentes régions du pays. Il a particulièrement insisté sur la nécessité de développer des liaisons aussi bien est-ouest que nord-sud, afin d’éviter que les efforts de connexion ne se concentrent sur quelques axes seulement.

Le responsable a également évoqué les limites des solutions satellitaires. À ses yeux, des technologies comme Starlink peuvent contribuer à réduire la fracture numérique, mais ne sauraient, à elles seules, répondre aux besoins d’un pays de la taille de la RDC.
Il a ainsi plaidé pour une combinaison entre fibre optique, électrification et solutions de connectivité adaptées aux zones rurales.
Les échanges ont également mis en évidence la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents acteurs intervenant dans le développement numérique.
Serge Lumuna, prenant la parole en tant que membre du Fonds de développement du service universel (FDSU), a estimé que la RDC dispose déjà de plusieurs initiatives et projets visant à améliorer la connectivité, mais que leur impact pourrait être renforcé par une meilleure coordination et une communication plus efficace autour des réalisations.
Il a notamment appelé les jeunes à ne pas considérer les pouvoirs publics ou les opérateurs comme les seuls responsables de la résolution des problèmes liés à l’accès à Internet.
Cette intervention a insisté sur l’importance, pour la RDC, de défendre ses intérêts stratégiques dans le secteur numérique et de renforcer ses capacités nationales.
Des projets pour rapprocher Internet des zones rurales
Du côté du Fonds de développement du service universel (FDSU), Marie-Laure Lepas Kanda, directrice générale adjointe, a indiqué que des collaborations sont en cours avec d’autres structures publiques, notamment l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER).
L’objectif est notamment de tirer parti des zones où des infrastructures énergétiques sont déployées afin d’y favoriser également l’accès aux services numériques.
Le FDSU travaille par ailleurs avec la Société congolaise des postes et télécommunications (SCPT) autour de la mise en place de centres communautaires numériques. Ces espaces devraient notamment permettre de fournir des points de connectivité et des accès Wi-Fi aux populations environnantes.
Cette approche vise à rapprocher les services numériques des populations qui restent éloignées des grandes zones urbaines.
Internet : un outil de travail et non un luxe
La question du coût de l’accès à Internet a également été abordée au cours du forum. Une partie importante de la population congolaise demeure confrontée à des difficultés d’accès liées notamment au prix des services et à la disponibilité des infrastructures.
Interrogé sur les mesures destinées aux populations à faibles revenus, Daddy Yogo Ngbabendo, Vice-Président de Airtel Africa, a affirmé que l’ambition de son entreprise était de faire de l’Internet un outil accessible au plus grand nombre.
Il a notamment évoqué le déploiement récent d’une solution reposant sur une technologie de connexion directe au satellite, développée en partenariat avec Starlink, et présentée comme permettant d’étendre la couverture à différents endroits du pays.
« Nous voulons faire de l’Internet, pas un objet de luxe, mais qu'Internet soit accessible à tout le monde », a-t-il déclaré.
Daddy Yogo Ngbabendo a ainsi comparé Internet à un outil de travail devenu indispensable aux professionnels comme aux étudiants.
L’intelligence artificielle au cœur de la souveraineté numérique
La quatrième édition du Youth IGF RDC a également consacré une table ronde spéciale à l’intelligence artificielle.
Sous le thème « De la stratégie à l’action : comment faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, d’innovation et d’opportunités pour la jeunesse congolaise ? », les échanges ont porté sur les perspectives offertes par l’IA, mais aussi sur les conditions nécessaires à son développement en RDC.
Pour les participants, l’enjeu ne consiste plus uniquement à consommer les technologies développées ailleurs. La RDC doit également développer des compétences, des données, des infrastructures et des capacités locales lui permettant de participer à la conception et à l’utilisation de ces technologies.
Cette quatrième édition du Forum des jeunes sur la gouvernance de l’internet en RDC a également rappelé aux jeunes Congolais les opportunités de participation aux prochains rendez-vous internationaux consacrés à la gouvernance numérique.
Le Forum africain sur la gouvernance de l’Internet doit notamment se tenir à Accra, tandis que le Forum mondial sur la gouvernance de l’Internet est annoncé à Nairobi, au Kenya, du 14 au 18 décembre 2026.
Ces rencontres constituent, selon les organisateurs, des espaces permettant aux jeunes de poursuivre les discussions engagées au niveau national, de partager leurs expériences et de faire entendre leurs préoccupations dans les débats internationaux.
James Mutuba