La détérioration persistante de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, marquée par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des territoires des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, s’est invitée, jeudi 20 août 2026, au Palais du Peuple, à Kinshasa, lors de la cérémonie de clôture de l’année académique 2025-2026 et d’ouverture de la session 2026-2027 à l'ESAM (École Supérieure d'Administration Militaire et au Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), organisée également à l’occasion du dixième anniversaire de cette institution devenue un cadre stratégique de formation et de réflexion au niveau régional grâce à la participation de ressortissants de plusieurs pays africains.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Président burundais et Président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, ainsi que du ministre de la Défense nationale du Congo-Brazzaville, Raymond Zéphirin Mboulou, représentant le président Denis Sassou-Nguesso, et du ministre de la Défense nationale et de la Reconstruction de l’armée de la République centrafricaine, Claude Rameaux Bireau, représentant le président Faustin-Archange Touadéra. Plusieurs membres du gouvernement congolais, des autorités militaires et judiciaires ainsi que d’autres personnalités ont également pris part à la cérémonie.
Dans son discours, le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a placé cette célébration dans le contexte sécuritaire difficile que traverse la République démocratique du Congo, particulièrement dans sa partie orientale. Il a évoqué les violences armées, les ingérences étrangères, les déplacements forcés ainsi que l’exploitation et le trafic illicite des ressources naturelles.
« Cette célébration ne saurait être détachée des graves exigences du temps présent. Elle intervient alors que notre Nation traverse l’une des séquences les plus décisives de son histoire contemporaine. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, nos populations continuent de payer un lourd tribut à la violence armée, aux ingérences étrangères, aux déplacements forcés ainsi qu’à une économie de prédation nourrie par l’exploitation et le trafic illicite de nos ressources naturelles. Face à cette épreuve, notre détermination ne vacille pas », a déclaré Félix Tshisekedi dans son discours.
Face à cette situation, le Chef de l’État a réaffirmé la détermination des autorités congolaises à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. Félix Tshisekedi a également insisté sur la conception de la paix défendue par la RDC. Pour lui, la recherche d’une solution au conflit dans l’Est du pays ne doit se traduire ni par l’acceptation du fait accompli ni par l’oubli des victimes. Cette position, a-t-il précisé, guide l’engagement de la RDC dans les différentes initiatives diplomatiques en cours en faveur du retour de la paix dans l’Est du pays.
« La souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la République démocratique du Congo ne sont pas négociables. Nous voulons la paix, mais nous voulons une paix qui ne soit ni la résignation devant la force, ni l’oubli des victimes, ni la consécration du fait accompli. Nous voulons une paix juste, vérifiable et durable, une paix fondée sur le retrait des forces étrangères non invitées, la cessation de tout soutien aux groupes armés, leur désarmement effectif, la protection des populations civiles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur chaque portion du territoire national. C’est cette exigence qui guide notre engagement dans les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine ainsi que dans les processus de Washington et de Doha », a fait remarquer le Président Félix Tshisekedi.
Le CHESD, dix ans au service de la pensée stratégique
Revenant sur l’activité du jour, Félix Tshisekedi a indiqué prendre la parole avec « une fierté légitime et un profond sens de la responsabilité » à l’occasion du dixième anniversaire du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD).
Il a rappelé qu’il y a dix ans, une ambition avait pris corps : doter la République démocratique du Congo d’un lieu d’excellence consacré à la réflexion sur la sécurité nationale, à la préparation de la décision stratégique et à la formation des femmes et des hommes appelés à servir l’État au plus haut niveau.
« Dix ans plus tard, cette ambition est devenue une institution. Dix années de réflexion, de formation et de dialogue civilo-militaire ont progressivement fait du CHESD le principal creuset national d’une pensée stratégique congolaise, ouverte sur l’Afrique et résolument tournée vers l’avenir. En réunissant officiers, hauts fonctionnaires, diplomates, universitaires, chercheurs et responsables venus de plusieurs pays frères, le Collège a fait de la diversité des expériences une source d’intelligence collective et de sa vocation régionale l’une de ses plus grandes forces », a déclaré Félix Tshisekedi
Pour le Président de la République, le développement d’une pensée stratégique nationale constitue un enjeu majeur de souveraineté. Il estime qu’un État qui renonce à penser lui-même sa sécurité risque de voir d’autres acteurs définir, à sa place, ses priorités et ses stratégies en fonction de leurs propres intérêts. Dans cette perspective, le Chef de l’État a rendu hommage aux dirigeants successifs du CHESD, à ses enseignants, à son personnel, à ses partenaires, à ses auditeurs ainsi qu’à son réseau d’anciens, saluant leur contribution à l’édification de cette institution.
« Je rends un hommage appuyé à ses dirigeants successifs, à ses enseignants, à ses personnels, à ses partenaires, à ses auditeurs ainsi qu’à son réseau d’anciens, à toutes celles et tous ceux qui, par leur vision, leur savoir et leur engagement, ont contribué à édifier le CHESD. La République exprime aujourd’hui sa gratitude, car le CHESD est bien davantage qu’une institution de formation. Il est une école du discernement, de l’anticipation et de la responsabilité, un lieu où la République apprend à voir loin, à penser juste et à décider souverainement. »
Félix Tshisekedi a ensuite insisté sur le lien entre la pensée stratégique et la souveraineté nationale
« Lorsqu’une nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place, selon leurs intérêts, leurs priorités et leurs stratégies. La souveraineté commence donc par l’esprit, par la capacité de comprendre les menaces, de définir nos intérêts vitaux et de choisir, en toute indépendance, les moyens de les défendre » a ajouté le Chef de l’État.
Cette activité intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement préoccupant pour la République démocratique du Congo, marqué par la persistance des violences armées dans sa partie orientale et par l’évolution des formes de conflictualité sur le continent africain. La situation est notamment caractérisée par la poursuite des offensives du M23, soutenu par le Rwanda selon les autorités congolaises et plusieurs rapports internationaux, ainsi que par l’occupation de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation met davantage en évidence la nécessité, pour la RDC, de renforcer ses capacités de défense, de renseignement, d’anticipation et de réponse aux nouvelles formes de menaces, dans un environnement régional marqué par des enjeux géopolitiques et sécuritaires complexes.
Cette dynamique intervient également dans un contexte où les différentes initiatives diplomatiques et médiations engagées en vue de parvenir à une désescalade et à une solution durable à la crise dans l’Est du pays peinent encore à produire des résultats tangibles sur le terrain. D’où l’importance accordée à la formation des cadres militaires et civils en matière de stratégie, de défense et de sécurité, notamment à travers le Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), appelé à contribuer à la réflexion stratégique et à l’anticipation des défis sécuritaires auxquels la RDC et le continent africain sont confrontés.
Cette activité intervient alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) poursuivent un processus de réforme visant à renforcer leurs capacités opérationnelles, leur professionnalisation et leur modernisation, afin de disposer d’une armée capable de défendre efficacement l’intégrité territoriale et les intérêts nationaux.
Clément MUAMBA