Lors du Space live organisé jeudi par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancien vice-président Azarias Ruberwa, voix reconnue sur les questions sécuritaires et communautaires à l'Est de la RDC, a dressé un état des lieux préoccupant de la situation dans les Hauts Plateaux, en particulier à Minembwe.
Un cessez-le-feu régulièrement violé
Interrogé sur la situation sécuritaire réelle sur le terrain, au-delà des communiqués officiels et des chiffres souvent contestés, Azarias Ruberwa a d'emblée dressé un constat alarmant : si des décisions de cessez-le-feu ont bien été convenues, celui-ci est, selon lui, violé de manière régulière par chacune des parties au conflit. Concernant Minembwe plus précisément, il a indiqué que la population avait connu environ deux mois de répit relatif, avant qu'une situation de nouveau très préoccupante ne s'installe : selon lui, des bombardements de drones sont à nouveau signalés, laissant présager une reprise à grande échelle des activités militaires dans la région.
Un blocus dénoncé comme constitutif de crimes
L'ancien vice-président a dénoncé les conditions de vie imposées à la population de Minembwe, évoquant un blocus empêchant l'accès aux marchés, qu'il a qualifié de constitutif de crimes au regard du droit international. Il a lancé un appel à la cessation effective des hostilités et à l'arrêt des combats, non seulement pour les Hauts Plateaux, mais pour l'ensemble des territoires affectés à l'Est du pays, plaidant pour que « la paix et la réconciliation » prévalent.
Une situation humanitaire qu'il juge catastrophique
Sur la situation des populations civiles, Azarias Ruberwa a évoqué des destructions massives, maisons, écoles, hôpitaux, résidences et bétail, ainsi que des déplacements de population, résultant selon lui du refus des troupes gouvernementales et des troupes burundaises de permettre l'accès de la population aux marchés. Il a réclamé l'ouverture d'une enquête internationale, affirmant n'avoir « jamais vu » de situation comparable, où des forces gouvernementales cibleraient pendant plusieurs mois leur propre population.
Une alliance contestée avec les troupes burundaises
Le point le plus frappant de son intervention concerne les critiques adressées à l'armée congolaise elle-même. Azarias Ruberwa a affirmé ne pas comprendre l'intérêt, pour les FARDC, de s'allier avec des troupes burundaises qu'il accuse d'avoir endeuillé la population pendant onze ans, dans une coalition qui aurait rendu la vie des habitants « pratiquement inimaginable ». Il a par ailleurs relevé la persistance de combats dans plusieurs autres localités de l'Est, Fizi, Baraka, ainsi que dans le Masisi et à Walikale, appelant à ce que le respect du cessez-le-feu ne se limite pas à Minembwe.
Un appel à une « paix des braves »
Il a conclu cette partie de son intervention en appelant à une « paix des braves », mettant en garde contre la tentation, pour l'une ou l'autre partie, d'imposer une paix par les armes plutôt que par la négociation, une logique qui, selon lui, ne fait que prolonger la guerre et ses coûts humains, sans bénéfice réel pour aucune des parties impliquées.