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Banyamulenge : Azarias Ruberwa dénonce des propos « racistes » de Martin Fayulu et le juge « disqualifié » pour diriger la RDC

Azarias Ruberwa Manywa, ministre de la décentralisation et réformes institutionnelles/Ph. ACTUALITE.CD

Lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala jeudi, l'ancien vice-président de la République Azarias Ruberwa a vivement réagi aux propos tenus récemment par Martin Fayulu au sujet de la communauté banyamulenge, qualifiant ces déclarations de « honteuses et scandaleuses » et s'interrogeant publiquement sur ce qu'il serait advenu de la RDC si l'opposant avait un jour exercé la fonction présidentielle.

Fayulu intervenant devant la diaspora en Belgique, avait notamment considéré que la communauté banyamulenge n'était pas une tribu congolaise. Ruberwa a condamné « fermement » les propos de Fayulu, estimant qu'ils « frisent le racisme ». Il a particulièrement dénoncé le ton employé par l'ancien candidat à la présidentielle, y voyant l'expression d'une méconnaissance de la Constitution congolaise et de la loi sur la nationalité, mais aussi de l'histoire des migrations des peuples d'Afrique centrale. « C'est choquant », a-t-il insisté, tout en reconnaissant à Fayulu des qualités intellectuelles, sans se prononcer sur ses compétences en matière de gouvernance.

Sur le plan juridique, l'ancien chef de guerre du RCD s'est appuyé sur l'article 10 de la Constitution congolaise, adoptée par référendum populaire, ainsi que sur l'article 6 de la loi relative à la nationalité, textes qui, selon lui, reconnaissent aux Banyamulenge la nationalité congolaise d'origine, et non le statut de simple communauté parmi d'autres. Il a également invoqué la loi fondamentale de 1960, selon laquelle toute tribu établie sur le territoire congolais à la date du 30 juin de cette année-là est réputée congolaise d'origine.

Ruberwa a par ailleurs contesté, chiffres et sources à l'appui, selon lui, la chronologie avancée par les détracteurs des Banyamulenge. Il a affirmé être arrivé au Congo dès 1894, et a cité des travaux évoquant une présence banyamulenge sur le sol congolais antérieure à 1885, évoquant notamment un ouvrage consacré à la région d'Uvira. Il a également comparé cette antériorité à celle d'autres communautés, avançant que les Bambala (tribu de Fayulu) ne seraient arrivés qu'après 1891, soit selon lui postérieurement à l'installation des Banyamulenge.

L'ancien vice-président a établi un parallèle entre les propos de Fayulu et ceux d'autres figures qu'il a qualifiées d'« extrémistes », accusant ces discours de viser à « embraser » le pays en confondant délibérément, selon lui, les populations installées avant 1885 et les réfugiés rwandais arrivés plus tardivement, notamment ceux ayant fui en 1994.

Ruberwa a également livré un témoignage personnel, évoquant une rencontre tenue en février dernier entre personnalités congolaises, dont Fayulu à Washington, notamment dans l'enceinte du Sénat américain. Il a dénoncé la réponse de Fayulu sur les massacres visant les Banyamulenge dans l'Est du pays, qu'il a jugée dénuée de toute compassion humaine. "Et les Congolais, les frères qui sont massacrés tous les jours. Pourquoi on parle Genocost ?", avait déclaré Fayulu à une question sur les "massacres de Banyamulenge". Pour Ruberwa, l'opposant Fayulu doit être considéré comme une personnalité « dangereuse pour la nation », tout en minimisant sa capacité de nuisance réelle.

Concluant son intervention, Ruberwa a estimé que ce niveau de mépris et cette indignité disqualifient, à ses yeux, Martin Fayulu de toute prétention à diriger un jour la République démocratique du Congo, qu'il s'agisse de la présidence ou même d'un simple mandat de député.

Les propos de Martin Fayulu visés par cette réaction ont suscité une vive controverse ces derniers jours, plusieurs voix de la société civile et de la classe politique congolaise s'étant également exprimées sur la question de l'appartenance nationale des Banyamulenge, un sujet récurrent et sensible dans le débat public congolais depuis plusieurs décennies.