Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala mardi, le Sénateur Jean Bamanisa Saïdi, cadre du Mouvement de Libération du Congo (MLC), s'est exprimé longuement sur les grandes questions politiques du moment : le dialogue national, la nomination aux entreprises publiques, la crise sécuritaire à l'Est, et le projet de révision constitutionnelle porté par le Président Félix Tshisekedi.
Sur le dialogue et la gouvernance publique
D'entrée, le Sénateur a tenu à replacer le dialogue dans une perspective de méthode de gouvernance plutôt que de simple négociation politique : « Le dialogue, c'est une méthode de gestion tant civile que étatique et même sécuritaire. Donc le dialogue ne peut jamais être exclu, mais maintenant il faut savoir dans quel sens on veut aller. » Il s'est interrogé sur la finalité réelle de certains dialogues : « Est-ce que chaque dialogue, c'est pour repositionner des personnes qui ne seront pas passées ? »
Revenant sur une tribune publiée récemment, il a insisté sur la nécessité de règles claires pour l'accès aux fonctions publiques : « J'ai apprécié qu'on commence à faire maintenant des appels à candidature et soumission des candidatures suivant des règles. » Il a toutefois appelé à la vigilance pour que ce processus échappe à toute récupération politique : « Nous avons demandé à ce que des structures spécialisées puissent les accompagner pour le faire, et que ça ne soit pas repris par le politique ou l'ethno-communautaire. »
Il a dénoncé les effets du clientélisme : « Avec cette politique de positionnement communautaire et de clientélisme politique, on n'arrive pas à avoir de bons résultats. » Saluant certaines nominations d'experts par le chef de l'État à la tête d'entreprises publiques, il a exprimé le vœu que « le dialogue ici politique ne soit pas une question de partage de gâteaux. »
Sur les formats de dialogue et la crise à l'Est
Interrogé sur les divergences entre opposition et majorité concernant les formats de dialogue, l'opposition réclamant l'inclusion de l'AFC/M23 et de Joseph Kabila, condamné à mort par la justice congolaise, tandis que le pouvoir s'y refuse, le Sénateur a défendu une approche de complémentarité entre forces politiques : « J'ai plutôt une approche où on a besoin des uns des autres. Dans un pays qui se construit comme le nôtre, on n'est pas encore un pays où l'opposition et la majorité pourraient fonctionner comme dans des pays avancés et développés. »
Concernant les groupes armés, il a plaidé pour la fermeté, s'appuyant sur son expérience de gouverneur de l'Ituri : « On doit être ferme, on doit être dur pour qu'il n'y ait que la compétitivité du travail et de l'expertise qui puisse être valable, et pas des données politiques armées. » Évoquant la possibilité que certains Congolais passent un jour devant des juridictions communautaires, il a conclu prudemment : « Je ne sais pas prévoir du tout ce qui va se passer, mais ce que j'espère, c'est que les citoyens congolais arrêtent de prendre des armes pour pouvoir se retrouver politiquement. »
Sur le changement constitutionnel
Interrogé sur la volonté du Président Tshisekedi de changer la Constitution par voie du référendum, Bamanisa Saïdi a reconnu porter lui-même des revendications précises : « Je peux vous dire, par exemple, que j'ai trois, quatre articles que je voudrais vraiment qu'on change dans la Constitution. C'est le statut de Kinshasa, c'est la caisse de péréquation, et deux, trois autres articles. » Il a néanmoins appelé à la mesure : « Chaque groupe politique veut garder le pouvoir le plus longtemps possible. Mon souhait le plus ardent, c'est que nous puissions le faire dans la fraternité, dans le dialogue, et que nous puissions trouver le juste milieu. »
Invité à préciser s'il soutenait une révision ou un changement complet de la loi fondamentale, le Sénateur a été clair : « Dans un premier temps, c'est une révision. Moi, personnellement, c'est une révision. »
Sur le référendum et un éventuel troisième mandat
Concernant le principe même d'une consultation populaire, Bamanisa Saïdi s'est montré prudent, faute de connaître le contenu exact des questions envisagées : « On ne connaît pas les questions qui vont être posées. Donc on n'a pas encore élaboré les questions qui vont être posées, donc on ne s'est pas encore prononcé à ce niveau. »
Le Sénateur a conclu en affirmant sa volonté de peser dans ce débat, sans trancher davantage sur la question d'un troisième mandat : « On est dans des groupes politiques qui vont pouvoir peser. Et si ma petite voix pèse, je ne manquerai pas de le faire. »