Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'analyste Patrick Mbeko a livré une analyse critique de la manière dont Kinshasa a conduit ses négociations avec le Rwanda, s'interrogeant notamment sur la portée réelle du protocole d'accord signé avec les FDLR. Pour lui, la question centrale demeure : à quoi ce texte va-t-il réellement servir, et Kigali va-t-il vraiment y perdre son principal argument sécuritaire ?
Selon l'analyste, la lecture rwandaise du dossier n'obéit pas à une simple logique d'échiquier stratégique. Il insiste sur un principe cardinal de toute négociation : comprendre le « logiciel » de son adversaire plutôt que de se complaire dans sa propre grille de lecture. D'après lui, Kinshasa a commis une erreur fondamentale en intégrant trop tôt dans le débat public la terminologie sur les FDLR, tombant ainsi dans ce qu'il appelle le piège du Rwanda, piège qu'il dit avoir signalé dès le début des discussions, notamment dans son ouvrage dont le chapitre le plus long, 78 pages, est consacré à la question rwandaise.
Patrick Mbeko développe le concept de « fabrication de l'ennemi », théorisé selon lui par Pierre Conesa, qu'il applique à la stratégie rwandaise : Kigali se serait construit une menace, les FDLR, pour justifier sa propre politique régionale. Il rappelle également ce qu'il nomme le « prisme israélien », soit la tendance de la communauté internationale à analyser le dossier congolais à travers le souvenir du génocide rwandais de 1994, un héritage de culpabilité occidentale que Kigali saurait, selon lui, habilement exploiter, un mécanisme qui aurait déjà permis au Rwanda d'agir avec une relative impunité lors de la première guerre du Congo, dont les massacres ont fait l'objet du rapport Mapping des Nations unies publié en 2010.
L'analyste pointe aussi les limites techniques des négociateurs congolais, notamment dans l'Accord de Washington, où selon lui aucune mention explicite de l'« agression rwandaise » n'apparaît. Il relève que Kigali y a introduit la notion de « mesures défensives », un terme que la partie congolaise n'aurait pas su clarifier ni encadrer, laissant planer une ambiguïté sur ce que Kinshasa serait censé lever concrètement.