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RDC : le Sénateur Bamanisa Saïdi dresse un état des lieux sans concession des infrastructures nationales

DROITS TIERS

Invité du Space live organisé ce mardi par Stanis Bujakera Tshiamala, Bamanisa Saïdi Jean, sénateur et auteur d'une proposition de loi portant principes fondamentaux des travaux publics, a livré un diagnostic approfondi de l'état des infrastructures en République Démocratique du Congo, pays dont il rappelle l'immense étendue géographique, savanes, fleuve, zones montagneuses, et son réseau hérité, estimé à plus de 150 000 kilomètres de routes, auquel s'ajoutent les chemins de fer, les voies fluviales et lacustres, ainsi que plus de 250 aéroports. Un patrimoine considérable, mais aujourd'hui dans un état qu'il juge globalement préoccupant, avec un impact direct sur la vie des citoyens et sur l'action de tous les gouvernements successifs.

Interrogé sur les secteurs les plus fragilisés, le sénateur n'a pas établi de hiérarchie : selon lui, c'est l'ensemble du réseau qui souffre, aussi bien en zones urbaines que rurales, y compris à Kinshasa, siège des institutions. Il salue toutefois un « réveil » récent des pouvoirs publics sur cette question, tout en insistant sur la nécessité d'une planification de long terme, rappelant que l'objectif de sa proposition de loi est précisément de poser un cadre que des décrets et édits provinciaux viendront ensuite décliner.

Sur la question des investissements récents, Bamanisa Saïdi reconnaît des efforts, mais les juge encore largement insuffisants au regard des besoins du pays. Il évoque une part du budget national consacrée aux infrastructures oscillant aujourd'hui entre 12 et 14%, en hausse notamment grâce à des mécanismes d'emprunts, ce qui traduit selon lui une prise de conscience du gouvernement, du chef de l'État et des citoyens. Il met cependant en garde contre la précipitation : sans encadrement rigoureux et sans mécanismes de suivi, prévient-il, le pays s'expose à un cycle sans fin de reconstructions dues à des travaux mal exécutés.

Concernant les causes profondes de la dégradation des infrastructures, l'analyse du sénateur prend une tournure historique. Il rappelle qu'à l'époque coloniale, le réseau routier existant suffisait à une population moins nombreuse et à une circulation de véhicules plus légers. Mais, selon lui, les crises politico-militaires qui ont suivi l'indépendance, notamment les rébellions de 1961 et 1967, auraient conduit les autorités de l'époque à percevoir les voies de communication terrestres comme des vecteurs de déstabilisation, facilitant les déplacements de groupes armés et de mercenaires. Cette lecture aurait, selon lui, orienté les priorités vers le contrôle du fleuve et de l'espace aérien, ce qui expliquerait le développement d'une flotte fluviale et aérienne autrefois considérée parmi les meilleures d'Afrique, au détriment de l'entretien du réseau routier et ferroviaire, dont le pays paierait aujourd'hui le prix.

Invité à établir un lien entre cet état des lieux et la qualité de la gouvernance publique congolaise, le sénateur pointe une gestion des infrastructures trop souvent assimilée à de simples marchés publics. Il déplore une tendance à saupoudrer les enveloppes budgétaires disponibles sur de multiples chantiers plutôt que de concentrer les moyens sur des travaux solides et durables, ce qui expliquerait la faible longévité de certains tronçons routiers, en violation des normes techniques, les routes rigides en béton pouvant théoriquement durer 40 à 50 ans avec peu d'entretien, contre 15 à 20 ans pour les routes bitumées, des durées de vie rarement atteintes dans les faits.

Enfin, interrogé sur la part respective de la volonté politique, des moyens financiers et du cadre institutionnel dans cette situation, Bamanisa Saïdi refuse de trancher pour un seul facteur, évoquant une responsabilité partagée. Il rappelle que le secteur des infrastructures a longtemps souffert d'un manque de portage institutionnel clair, en dépit d'une timide amélioration ces dernières années, et plaide pour une planification qui dépasse les cycles électoraux et s'inscrive dans une vision de plusieurs décennies, seule à même, selon lui, de répondre durablement aux besoins de la nation.