RDC : Monsenepwo défend le bilan de Tshisekedi sur la justice, entre réformes annoncées et contraintes de la guerre

Thierry Monsenepwo
Thierry Monsenepwo

Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala ce jeudi, Thierry Monsenepwo, cadre de l'Union Sacrée et PCA de Cobil SA, a répondu aux accusations de corruption généralisée formulées par Me Carlos Ngwapitshi. « On retient que : au Congo, vous n'avez pas d'argent, vous ne gagnez pas un procès. Non, mais c'est totalement faux », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant : « Je n'ai jamais dit que la justice était très bien au Congo, mais que cette justice va mieux. »

Sur la question des salaires des magistrats, il a élargi le constat à d'autres corps de l'État : « Il n'y a pas que les magistrats qui sont en difficulté de salaire. Il y a aussi nos militaires qui défendent le pays, il y a nos médecins, il y a les fonctionnaires. » Il a justifié cette situation par l'effort de guerre : « Notre armée fait face à plusieurs théâtres d'opérations : dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l'Ituri contre les ADF, dans le Maï-Ndombe et le Kwilu contre les Mobondo, dans la province de l'Équateur, dans le Nord-Ubangi, dans le Tanganyika et dans le Haut-Katanga. Ce ne sont pas des faits de l'esprit, ce sont des réalités. » 

Il a néanmoins concédé que « malgré cette situation sécuritaire déplorable qui absorbe énormément de fonds du trésor public, les magistrats ont quand même l'avantage de toucher un salaire décent. Je n'ai pas dit suffisant. »

Il a par ailleurs salué l'action présidentielle contre la corruption : « L'avocat Félix Tshisekedi est le premier président à avoir pris à bras le corps la question de la corruption », avant de retourner l'accusation contre une partie du barreau : « Il faut poser une question dérangeante : combien de magistrats ont été accusés par les avocats eux-mêmes pour corruption ? Très peu. » Il a ajouté : « Beaucoup d'avocats sont les intermédiaires actifs des pots-de-vin, proposant eux-mêmes des arrangements pour influencer les jugements. Pointer du doigt uniquement les magistrats, c'est oublier que certains avocats alimentent entièrement ce système. »

Monsenepwo a mis en avant plusieurs réformes engagées sous la présidence de Félix Tshisekedi : « Il y a eu énormément d'avancées. Je citerai par exemple les états généraux de la justice », qui ont permis, selon lui, l'adoption par le Conseil supérieur de la magistrature de « 59 résolutions et 8 recommandations ». Il a cité la numérisation des juridictions de commerce, « Ça a déjà commencé. Moi-même j'ai eu à avoir un dossier et ça nous a beaucoup aidé », ainsi que la création de « l'Inspection Générale des Services Judiciaires et Pénitentiaires ».

Sur le plan budgétaire, il a précisé : « Dans l'actuel projet budgétaire, il est prévu à peu près 800 milliards de francs congolais pour seulement la justice, pour le pouvoir judiciaire, contre environ la moitié pour l'année écoulée et bien moins lorsque le président de la République a pris le pouvoir en 2019. » Il a également annoncé « la prise en charge qui est prévue de 2500 nouveaux magistrats et un réajustement de 20% de leur salaire », ainsi qu'« un programme conjoint d'environ 54 millions de dollars... pour améliorer l'accès à la justice, renforcer l'état des droits et lutter contre l'impunité d'ici 2029 ».

Tout en reconnaissant la persistance des lenteurs judiciaires et de la corruption, « c'est vrai que ça reste long... ça c'est un fléau social », il a conclu : « Oui, il y a des réformes structurelles importantes qui sont en cours et les moyens alloués à la justice augmentent, ce qui traduit une volonté politique énorme de la part du gouvernement central. Toutefois, la qualité de la justice perçue par les citoyens dépendra surtout de la mise en œuvre effective de ces réformes. »