Ituri : des réseaux transfrontaliers, des armes détournées des FARDC et des éléments de l’UPDF cités dans l’approvisionnement militaire de la CRP/FRP de Thomas Lubanga, selon l’ONU

Le Groupe d'experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo apporte de nouveaux détails sur l'implantation, l'arsenal et les opérations de la Convention pour la Révolution Populaire/Forces pour la Révolution Populaire (CRP/FRP), mouvement politico-militaire dirigé par Thomas Lubanga, ancien condamné de la Cour pénale internationale (CPI).

Dans leur rapport, parvenu à la rédaction d'ACTUALITE.CD et consulté  mercredi 1er juillet 2026, les experts indiquent que jusqu'à la fin du mois d'octobre 2025, le mouvement était essentiellement cantonné sur les rives du lac Albert, près de Nyamamba. Par la suite, il a renforcé son implantation dans le territoire de Djugu en y établissant trois camps principaux, son quartier général étant désormais installé à Bule, village natal de Thomas Lubanga.

« Jusqu’à la fin d’octobre 2025, la CRP/FRP est restée largement confinée aux rives du lac Albert, près de Nyamamba. Par la suite, elle a établi trois camps principaux sur le territoire de Djugu, son quartier général se trouvant actuellement à Bule, la ville natale de M. Lubanga. La CRP/FRP a eu recours à des réseaux de trafiquants régionaux opérant entre la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud pour se procurer des armes et des munitions. Elle a également confisqué ou détourné des stocks appartenant aux FARDC », explique le rapport.

Le Groupe d'experts de l'ONU fait également état d'allégations de livraisons d'équipements militaires par des éléments des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF). Les experts évoquent des témoignages concordants faisant état de transferts de matériel de guerre au profit de ce mouvement politico-militaire.

« Des témoignages concordants ont fait état de transferts de matériel de guerre à la CRP par des éléments des UPDF. Au début de décembre 2025, des éléments des UPDF ont livré du matériel à la CRP à Kasenyi, à Chomia, à Bule, à Jaiba et à Fataki, alors que les combats entre la CRP et les FARDC reprenaient. Depuis août 2025, la CRP/FRP multiplie les attaques contre les FARDC le long du lac Albert dans le but de prendre le contrôle de zones stratégiques du territoire de Djugu. Les FARDC ont riposté au moyen d'armes lourdes et de frappes aériennes », souligne le rapport.

Poursuivant son analyse, le Groupe d'experts précise que ces affrontements ont fait des victimes, y compris parmi les populations civiles. Depuis décembre 2025, les combats entre la CRP/FRP et les FARDC à Bule et dans les environs ont provoqué des déplacements massifs de population et donné lieu à des attaques contre des civils, aggravant davantage la situation sécuritaire dans cette partie de l'Ituri.

« La CRP/FRP a mis en place un système de taxation à la fois volontaire et coercitif afin de mobiliser des ressources à l'appui de ses efforts de guerre », ajoute le rapport du Groupe d'experts des Nations unies.

Depuis l'année dernière, Thomas Lubanga Dyilo, criminel de guerre et condamné déjà par la CPI a officialisé son mouvement dénommé la convention pour la révolution populaire. Selon le communiqué, la CRP se veut être le corps qui porte en lui l'esprit de changement qui anime tous les Congolais censés faire face à la mauvaise gouvernance politique du pays caractérisée par les détournements, la corruption, la kleptocratie, la kakistocratie, l'égocratie, le caporalisme, le patrimonialisme, le tribalisme, le népotisme, le clientélisme.

La C.R.P. se sent interpellée par la démission scandaleusement flagrante de l'Etat de sa mission régalienne, celle d'assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. Il en va sans dire que les manifestations les plus cruelles de cette démission se lisent particulièrement en Province de l'ituri, durant 8 ans, en termes de plusieurs milliers des morts et des personnes déplacées entassées dans de multiples sites de fortune s'apparentant aux camps de concentration, plusieurs centaines de milliers des réfugiés dans les pays frontaliers notamment l'Ouganda, des viols, des exactions, des violations massives des droits humains, des destructions méchantes des biens meubles et immeubles

La C.R.P. est révoltée de la complicité ignoble de la gouvernance militaire, pendant les quatre ans de l'état de siège, dans l'insécurité endémique de l'ituri et cela, à travers la manipulation et le parrainage des groupes armés, pour s'assurer et se rassurer de la conservation d'un pouvoir politique de tout temps asservissant et méprisant avec une propension aveuglante à l'exploitation minière criminelle.

En date du 17 mars 2006, Thomas Lubanga a été arrêtée en vertu d'un mandat d'arrêt émis par la CPI. Son procès, pour crime de guerre de « conscription et enrôlement de mineurs de moins de quinze ans et de leur utilisation pour participer activement à des hostilités »  a commencé le 26 janvier 2009,  et il a été reconnu coupable le 14 mars 2012,  et risquait une peine allant jusqu'à 30 ans. 

Le 10 juillet 2012, la Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale (CPI) a condamné Lubanga à une peine totale de 14 ans d'emprisonnement, ordonnant également que le temps écoulé entre la remise de Lubanga à la CPI en 2006 et le jour de la condamnation soit déduit de la peine de 14 ans, ce qui signifie qu'il passerait 6 ans de moins en prison. Il a été libéré de prison en 2020.

Après sa libération, il a fait partie de la Task force présidentielle mise en place par le Chef de l'État Félix-Antoine Tshisekedi pour sensibiliser les populations de l'Ituri à la paix et à ne pas se livrer aux groupes armés. Malgré les multiples missions menées sur terrain,il n'y a pas eu des résultats escomptés et le concerné avait vu son élection comme député de l'Ituri être annulée et remplacée par une autre personne.

Clément MUAMBA